15/11/2006

Andromède

Mardi en fin d’après midi, il y avait une Volkswagen ratatinée dans le virage à l’entrée de Merzig, je suppose que le conducteur avait oublié de tourner le volant, tellement on est aujourd’hui bien plus préoccupé à lire le GPS, les informations de l’ordinateur de bord et écouter la musique ou les infos en manipulant les touches de son téléphone mobile. Tout de même je me suis demandé si le conducteur s’en était bien sorti.     
Les voitures actuelles sont assez sûres et les équipements sont devenus nombreux, peut-être trop et pourquoi pas standardisés ? Quelle utilité ont les doubles phares, pour quoi les Français ont-ils prétendus durant des décennies que la lumière jaune était plus convenable, le cordon de décharge électrostatique est-il efficace ? Toutes ces préoccupations doivent sembler bien futiles lorsque l’on se rend à une réunion où seront présents des personnages peu connus du grand public et cependant impressionnants pour le petit ingénieur électronicien que je suis.

 

J’étais extrêmement flatté d’avoir été appelé à participer à cette réunion bien que j’aie trouvé curieux le peu de publicité qu’on fasse autour d’elle et plus étrange encore le lieu de celle-ci. Vienne était pour moi une ville assez frivole où l’on devait entendre au coin des rues des petits chanteurs, déguster des cafés viennois, monter sur la grande roue et revoir le film d’Orson Welles, s’imaginer Kurt Waldheim en officier SS, regarder les écuyères au Prater.

 

— Il s’agit d’un symposium organisé par le Smithonian (musée qui détient plus de 142 millions d’objets et de spécimens au nom du peuple américain). Vous viendrez pour donner votre avis, une sorte de consultance, avait dit mon correspondant, un assistant du professeur de la faculté des sciences. Je ne m’imaginais pas être connu et ce n’est pas le chèque de cinquante mille euros qui m’avait décidé mais le fait qu’il semble certain que j’obtiendrais ainsi mon doctorat, les deux doigts dans le nez, cela avait été son expression, et puis, surtout, il m’avait annoncé la présence d’un délégué du MIT.      
Qui ne s’empresserait à vouloir fréquenter pendant quelques jours un de ces scientifiques qui semblait hors du temps ?

 

Je n’avais pas eu d’autres nouvelles, l’assistant étant depuis, m’avait-on dit, fort occupé à se laisser séduire par une certaine Aïda.

 

 

 

La rue était banale, l’immeuble était un parallélépipède de béton bête à pleurer, la porte d’entrée s’ouvrait sur un hall anonyme, des boîtes à lettres couraient le long du mur, une rampe de lumières rose et bleu du plus moche effet possible avec coquilles aluminisées, un tableau de boutons de sonnettes. Lumière violente, une caméra devait photographier celui qui appuyait sur n’importe quel poussoir.

 

Porte devant vous, ascenseur de droite, seizième étage annonça une voix impersonnelle.

 

 

 

— Tout est «clean». Nous l’avons suivi depuis Schaerbeek, qu’il a quitté hier en fin d’après midi. Il ne s’est arrêté que pour dîner hier soir au Kurpfalz Hotel, une auberge munichoise standard de bonne qualité près de la foire de Theresienwiese et y dormir.   
Il n’a pas téléphoné sur le combiné de l’hôtel et nous n’avons pas capté d’appel de son portable. Nous avons posé un émetteur dans le pare-chocs arrière de son véhicule et nous l’avons suivi de plus loin ce matin. Il a déjeuné au restoroute après Innsbrück et est allé directement se garer au parking de la RSA (Research atomical science) où divers panneaux laissent penser que le RSA est une filiale de la CCEA (Commission de contrôle de l’énergie atomique).

 

 

 

Satisfait par ce que lui apprenait son interlocuteur, Bodybuild raccrocha pour appeler aussitôt un numéro à Langley.

— L’opération « Inox » a débuté, Monsieur le directeur.

— Bien, tenez-moi informé.

 

 

 

— Messieurs dit le grand barbu qui présidait la séance, depuis les années cinquante, l’exploration du passé a grandement été facilitée par l’apparition de sciences dérivées nouvelles, en particulier les recherches électroniques et nucléaires.   
Il faut convenir que plusieurs théories se sont développées concernant la naissance de la Terre, voire de l’Univers. Certains ont affirmé que la Terre se serait formée avant le soleil par condensation de particules à froid infirmant ou confirmant l’hypothèse du Big Bang de Lemaire.        
Il faut convenir que plusieurs théories se sont développées concernant l’apparition de la vie sur cette planète et l’on présuppose exact que l’homme sapiens aurait 70 à 80.000 ans. C’est une période fort courte durant laquelle on le voit passer du stade dit préhistorique au stade moderne. Ce petit moment aurait-il été influencé par des connaissances préétablies, insufflées ? Y aurait-il eu une ou des civilisations avant la nôtre ou même des apports d’autres civilisations ? La plupart des spécialistes occidentaux dont nous sommes répondent en chœur : Pas du tout, impossible.           
Tant de choses semblaient impossibles il y a vingt ans encore !

 

L’orateur remua sur sa chaise, se servit un grand verre d’eau minérale et poursuivit :

— Il faut revoir notre notion de recherche historique et nos idées de transmission d’informations. Les archéologues et paléontologues, les chercheurs de tout poil depuis deux cents ans surtout, tentent retracer notre passé à l’aide de notes écrites découvertes hasardeusement. Il n’est pas encore apparu évident aux yeux de tous que les informations relatives à nos civilisations, à notre passé peuvent avoir été consignées autrement. Lorsque l’on découvre sur un chantier moderne un ossement ou un vestige ressemblant à un objet «fabriqué », on se pose des questions simples, pour les ossements, les réponses sont rapides et nettes, précises et fiables. Pour les objets, il en va tout autrement. Certains d’entre eux sont classés dans nos musées comme objets de cultes par exemple en fait, parce que personne n’a pu imaginer qu’il pouvait s’agir d’un outil, d’un instrument, mieux encore d’une mémoire.
Pourquoi n’y aurait-il eu qu’une seule évolution linéaire civilisée au cours des 75.000 ans écoulés, parce qu’il n’y a pas de traces visibles répondent nos confrères. Visibles à nos yeux certes... mais invisible ne veut pas dire inexistant. Quels enregistrements infiniment lointains sont consignés dans nos gènes, combien de milliards d’informations pertinentes sont dissimulées à nos yeux. Ils ont des yeux et ne voient point ! Sans compter ce qu’on a entr’aperçu sans le comprendre : les cartes de Piri Reis, les pyramides mayas, le livre de Djian et peut-être des savoir étranges, le miroir de Dee. On se rappelle l’affaire des piles de Bagdad : Wilhem König visitant par hasard le musée de Bagdad s’aperçoit que ce qui y est classé comme pierres néolithiques plates sont en réalité des piles électriques. Que savons nous des encres sympathiques, des encres magnétiques, des supports récepteurs d’ondes hertziennes, électromagnétiques, des enregistrements ultra complexes actuellement contenus dans des cristaux classés pierres de joaillerie ou jeux d’enfants il y a quelques années encore. Des milliers d’ouvrages de très hautes technologies ne sont-ils pas enfermés dans ce qui nous semble être pierres poussières déchets. Qu’étaient réellement les Bouddha géants monolithes que les fanatiques musulmans ont dynamités il y a quelques années ? Comment auraient réagi nos arrière grands parents voire des scientifiques comme Lavoisier ou Boyle en trouvant dans leur jardin une bande magnétique, un disque actuel d’ordinateur ?

 

Une jeune dame poussant un chariot portant tasses et cafetière entra à ce moment, provoquant un peu de chahut bien nécessaire. Pourquoi pensai-je qu’elle ressemblait à une Yolène  dont j’avais entendu parler.

Le professeur Durite Von Schliessen [1] présenta alors rapidement les participants au colloque, je me sentis rougir lorsqu’il me cita comme chercheur actif en intelligence artificielle. Il me compara quasi à Sussman qui travaille dans le domaine des langages de programmation, de l'architecture des ordinateurs et dans la conception de circuits intégrés VLSI.

 

— Chers confrères, nous sommes donc ici réunis pour tenter d’explorer plus avant ces diverses pistes concernant notre passé et tenter d’en augurer un futur qui devrait nous rapprocher de l’âge d’or. Bien entendu, nous ne discuterons pas maintenant de ce que devrait être à notre sens cet âge d’or. Nous sommes ici pour trouver où des moyens alternatifs peut-être existant pourraient se cacher et en finir avec les Busch, les Ségolène, les Leterme, les Poutine, les Prodi, les Olmert, les Ben laden, les Happart et autres sisters and rigoletti brothers qui nous mènent directement dans une impasse sociologique mais aussi technologique par la paralysie volontaire de l’enseignement, de la recherche et de l’industrialisation efficace d’un monde qui devient surpeuplé.

 

Les propos devinrent alors plus techniques et en fin de journée chacun put exprimer son idée quant à un certain nombre de points précis telles les puces Scheme, la conception d'ordinateurs spécialisés dans certaines tâches et l’évolution du projet "Digital Orrery" (planétarium électronique), une machine conçue pour faire du calcul intégral de haute précision dans le domaine de la simulation de la mécanique céleste.       
Utilisant le "Digital Orrery", Sussman travailla avec Jack Wisdom à la recherche de traces numériques du mouvement chaotique des planètes situées au delà de la ceinture d'astéroïdes (Jupiter, Saturne, Uranus, Neptune, Pluton).       
Le "Digital Orrery" est conservé au Smithsonian Institution à Washington DC.

 

Je me lançai dans une longue discussion avec ma voisine de gauche et son vis-à-vis, tous deux défendant les thèmes chers à Fred Hoyle concernant l'idée controversée d’un Univers non issu d'une hypothétique explosion, mais qu'au contraire il conserve en permanence le même état par un processus de création continue de matière. J’adore ce genre de discussions qui me semblent rafraîchissantes après les calculs en tous genres, d’autant plus que je suis un peu dans une phase mystique, ayant récemment lu des ouvrages consacrés à Jésus le Nazaréen – qui n’aurait pas existé de l’an zéro à l’an trente-trois mais plus tôt (vers moins trois mille) ou au contraire, plus tard, vers l’an 800.

 

Nous étions une quinzaine à se déclamer l’un l’autre dans la petite salle lorsque celui qui nous avait accueillis à notre arrivée entra, suivi de deux jeunes dames en uniforme classique d’hôtesse. Chacun reçu un syllabus et une serviette à rabat contenant toutes les informations nécessaires relatives à un heureux séjour (quatre jours) à Vienne. Chacun devant par la suite accepter ou non de prendre une place dans l’écurie du professeur Durite chaperonnée désormais par son élève.

 

 

 

La plupart des participants étaient logés dans une confortable auberge située à quelques minutes du centre ville mais peu d’entre nous décidèrent de s’en aller ce soir-là, chacun avait fait du chemin en voiture ou en avion pour venir ici et l’après-midi avait été une journée de contacts, certes, mais aussi de réflexion. Des sujets complexes et controversés avaient été lancés et chacun de donner son opinion sur le carbone 12, sur l’hydrogène intersidéral, sur le calcul du temps et sur les possibilités de mettre des informations en mémoire sur des supports les plus divers. Pourquoi pas, même sur des supports vivants.

 

 

 

La salle à manger était assez occupée, la plupart des tables voyaient des convives déguster force jarrets de porcs et autres jambons, il y avait là des représentants de passage, des militaires américains, des touristes japonais, une table, la table, il n’y avait qu’une table, une attablée me faisait signe, mon interlocutrice de tout à l’heure.

— Venez donc vous asseoir ici, mon cher, prendre votre repas avec moi. Pour une fois, partageons une autre table que celle de travail.   
Andromède, une sympathie grandissante naissante nous ramena à NGC752, aux intelligences externes et tout doucement à des sujets aussi futiles que Boule de Neige, la fameuse nébuleuse NGC7662 située à 5600 années-lumière. Son enveloppe gazeuse, de presque une année-lumière de diamètre, affiche une magnitude de 9,20, tandis que son étoile centrale, dont la température dépasse les 75000 K, est de magnitude 12,50. Hoyle a enseigné au MIT, tu sais et moi-même j’ai suivi là bas des cours durant six mois. Expérience merveilleuse. Toutes les expériences sont merveilleuses ajouta Andromède en posant sa main sur mon poignet.

— Je suis moi-même plutôt Bergier répondis-je en trinquant les yeux dans son regard de velours. C’est rassurant de savoir que des scientifiques sont aussi des hommes et même parfois aussi excitant que les James Bond de cinéma. Hoyle aida à la conception de radars, fut espion et écrivain autant que prof d’univ, excellent ingénieur et chercheur dynamique, j’aurais aimé l’avoir comme prof, Bergier aussi d’ailleurs, tu te rends compte, dis-je en glissant du front au lèvres, au cou, au décolleté, elle avait de beaux seins...

— Que disais-tu ?

— Que Bergier n’aimait pas trop le bruit et la fureur, il avait déjà donné en 40 ! Plus tard, il a osé regarder Mai 68 d’un œil très critique : pour lui, c’était une démonstration de l'Interterror visant à montrer que l'on peut détruire un pays de l'intérieur, c’était ajoutait-il "la révolte des imbéciles contre l'intelligence" Il avait souvent des mots merveilleux, je me rappelle de : " les ovnis sont des hallucinations collectives provoquées par des extraterrestres".

— Tu serais alors un peu comme lui dit Andromède, ingénieur chimiste, alchimiste, espion, journaliste et écrivain. C’est vrai ajouta-t-elle en souriant de toutes ses dents carnivores tu ne serais pas un espion, toi ?

 

J'admirai la forme de sa bouche, le gracieux mouvement des lèvres, la façon raffinée qu'elle avait eut de s'asseoir en croisant les jambes lorsqu’elle était revenue du petit coin, cette atomiste qui travaillait m’avait-elle précisé au CNRS sur des projets de fission nucléaire.

 

— N’exagérons rien, je suis un simple étudiant, rien de plus, répondis-je en pensant que cela me plairait d’être son amant. On parla aussi de ceux qui écrivent. Asimov fut un sujet incontournable. L'ingéniosité d'Asimov est surtout d'être né au moment ou la crédulité humaine changeait de genre dans certains coins de notre belle planète bleue. Les livres, l'écriture et les intrigues sont plaisantes mais comme en toutes prospectives, il semble qu'il n'y ait aucune chance, à long terme, que de quelconques prévisions ordinaires et normales humaines se réalisent, l'homme, même très imaginatif reste en de ça, à mille lieues, de la réalité. Imaginons un homme très commun habitant l'Oubangui en 1950 ... découvrant un bout de plastique grand comme une carte de visite ... aurait-il pu imaginer que quelque part quelqu'un pouvait utiliser cette carte pour soutirer des billets de banque hors d'une fente dans un mur de métal ...d’ailleurs il n’imagine ni carte de visite ni carton ni métal contre un mur ni billet de banque et pourtant...

— Pourtant ?

— Pourtant il est bien là, au XXème siècle, vivant et heureux de vivre.

— Oui, tout cela est évident. Comme c'est dommage, ou heureux, que l'écriture de science-fiction ne soit que de la fiction ... Quel écrivain a imaginé le téléphone mobile ? Oui, magnifique et inconséquent, l'homme imagine sans cesse ce qui n'arrive pas tandis qu'un autre homme fabrique de l'imaginé indicible (ou plutôt jamais dit). Qu'est-il écrit sur le lingam inoxydable ? Et si c’est de cela que nous nous occuperions proposa-t-elle avec fougue. Il faut que tu viennes chez moi, il faut qu’on en parle.

 

 

 

Les quatre jours se sont merveilleusement déroulés. J’ai téléphoné à ma mère qui m’a dit que Robert avait téléphoné pour dire qu’il avait retrouvé Henri.

 

Jeudi, vendredi, retour Bruxelles samedi soir.

 

Discussions et conférences se sont succédées, les sujets étaient variés, un autre Belge parla de Flossenburg et de Mauthausen, de Dachau et des camps, il rappela que les systèmes sociaux s’y étaient remis à fonctionner. Les socialistes autrichiens tenaient les boutiques, les communistes tenaient le secrétariat. Il y avait jusqu’à l’horreur de la solution finale reconstitution des structures « extérieures ». À vrai dire, ajouta-t-il les recherches que nous faisons doivent nous amener dans une autre dimension universelle et là aussi, les mots perdent comme « là-bas » la plus grande part de leur sens. Heureusement ici, nous avons conscience de ce que nous faisons, de ce que nous voulons et des êtres que nous sommes tout autant que ceux qui nous entourent. Nous n’avons pas l’intention d’être des chercheurs spectateurs. Nous devons trouver par tous les moyens mis à notre disposition comment dominer autrement le formidable potentiel de violence qui dort au fond de l’âme collective. La réponse actuelle par la mise en place des institutrices écologistes qui sont les maîtres dominants de l’enseignement primaire et secondaire ne suffit pas, ne suffira pas.

 

Il y eut quelques applaudissements, je me réservai de reprendre contact avec ce concitoyen dès que je serais rentré au pays. Il faudrait aussi que je prenne contact avec Régine, la secrétaire de Stella.

 

 

 

Jeudi soir, j’ai bien vu que je marquais un point. Je suis arrivé à la salle à manger vêtu d'un superbe costume de flanelle grise, chemise bleu ciel, cravate de pure soie sauvage bleu foncé. Sans être grand et blond, j’avais des chaussures noires à talonnettes, a-t-elle pensé que j’étais coquet et que je faisais du show ou a-t-elle imaginé que j’étais d’un naturel élégant ?

 

 

 

J’eus un geste vers le poste de télévision mais en définitive, je décidai de me mettre au lit. Je me couchai. Je dors toujours nu plutôt qu’en pyjama. Les draps me donnèrent une impression de fraîcheur en glissant sur mon corps quand je tendis le bras pour éteindre la lumière. Je me mis sur le dos et je contemplai l’obscurité du plafond pensant à elle, évidemment, à qui d’autre ? Je pensai que demain je l’inviterais à prendre un dernier verre dans ma chambre et quand elle y entrerait, elle se déshabillerait et elle viendrait à côté de moi, sous moi, et je me fondrais en elle, je bande tout seul dans le noir et je me sens glisser dans le sommeil imaginant demain quand je l’envahirai, me glissant heureux et conquérant dans son vagin. J’ai mal dormi, j’ai pensé à Ginette et aussi à Sophie. J’ai sali les draps.

 

 

 

Le vendredi était une journée chargée. Je fis tout ce qu’un bon étudiant de faculté doit faire dès mon arrivée à la salle trente-deux qui était au treizième étage. Tiens, on n’avait pas peur des jeteurs de sorts, ici ?

Je souris et je bavardai puis je me fis sérieux et docte — et pourtant mon esprit était ailleurs, j’attendais l’arrivée d’Andromède qui n’était pas apparue au petit déjeuner. Me suis-je rendu compte à ce moment-là que j’étais atteint ? Les moments où je n’étais pas avec elle étaient éclipsés, comme si en moi une lumière s’éteignait quand elle n’était pas là et ne se rallumait que lorsque nous étions de nouveau proche.

Elle entra dans la salle de réunion bonne dernière, juste quelques instants avant que Durite Von Schliessen arrive.

Elle portait une jupe velours noir et un petit chemisier vert manches trois quart, un peu léger pour la saison sans doute, elle tenait sur son bras un petit pull noir pour le cas où. Elle eut ce petit geste si féminin de remonter encore un peu les manches pour qu'on puisse admirer (a-d-mi-rer, rien que ça...) la douceur et le velouté des avant-bras. Le regard de chacun des participants glissa des bras aux hanches puis aux jambes gainées de chaussettes étonnantes, vert pomme, enfouies dans des bottillons de cuir noir vernis. Pour ce que j’en apercevais, ces jambes me semblaient merveilleuses tandis qu’elle avançait d’un pas franc sans savoir que tous la regardaient. J’avalai ma salive, je déglutis, elle ne tourna pas la tête vers moi mais vint s’asseoir à mes côtés et enfin, enfin, dit « Bonjour », à l’assemblée mais avec ses yeux dans les miens.

Ce soir, pensai-je, tu seras nue dans mes bras. Je mettrai la main sur la courbe de ton pubis, tes hanches se tendront vers ma main et tes cuisses s’ouvriront. J’apercevrai ta chair rose et chaude à travers la jungle de tes poils et je verrai ton sexe s ouvrir.

Puis je repris le cours de cette morne journée et j’essayai de tuer le temps jusqu’au moment de notre rencontre prévue à dix- huit heures pour l’apéritif du soir.

J’écoutai distraitement, je l’avoue, les orateurs successifs. Je retins toutefois que l’on répétait une fois de plus que la démocratie était difficile à vivre au quotidien, qu’elle obligeait le citoyen à prendre position donc à réfléchir et que c’est tout aussi emmerdant de se pencher sur les problèmes quotidiens que sur les soucis de grande envergure mais que la démocratie n’a d’alternative que la dictature et que là, non merci, on a donné.
L'industrialisation qui a été le cheval de bataille des deux siècles derniers est complètement essoufflée et les ébauches de solutions proposées n'ont aucune valeur, seul un changement radical de société, une société où l'argent money $ ne règne pas en maître peut nous apporter du neuf. La crise fondamentale dont on a aperçu le commencement vers 1970 dure et s'amplifiera au point de supprimer les emplois privilégiés par centaine de milliers. Les villes deviendront tentaculaires, les automobiles de plus en plus nombreuses rouleront à la queue leu leu sur d'interminables highways, l'Europe politico économico sociale amorcée par le traité de Rome du début des années cinquante sera en passe de trouver le bon créneau lors de la 1.203.458ème réunion qui décidera qu’on devra décider. Le pouvoir des chefs d'état s'effrite devant la pression des groupes de pression qui imaginent que la démocratie est de demander à la société d’arranger toutes leurs petites affaires, les infirmières, les péripatéticiennes, les professeurs de lettres, les receveuses de tramway. Les PDG multinationaux seront peu mais super puissants et  si on en reste où l’on est, ils domineront le monde auquel ils donneront une connotation dynamique, obligation pour les cadres supérieurs de jouer au golf le samedi et de regarder, pour une libido correcte le film X du mardi soir.         
Dans cet univers impitoyable mis en place à Dallas, le pouvoir des politiciens sera si réduit qu'ils se contenteront de vivre de pots de vin qu'ils toucheront dès qu'ils feront voter par leurs parlements respectifs des lois d'obligation de consommation ou d'usage de produits parfaitement inutiles, ceinture de sécurité boite de secours extincteurs et autres facéties qui vous sauvent la vie, c’est bien connu.

 

J’avoue avoir été distrait, tout cela est déjà inscrit sur mon ordinateur et sur celui de la maison blanche.

 

Je regarde Andromède s’en aller rapporter le plateau-repas. Ai-je dit que ce midi nous mangeons à la cantine des profs de l’université de Vienne ? Après cela nous irons écouter un spécialiste dont je n’ai retenu que la conclusion de l’exposé : La science n’est pas une vache sacrée compassée de tabous, il faut la bousculer, la violenter ! Dans le XXème siècle convulsif, entourés de miradors nous nous sommes laissés enfermer, il faut montrer aujourd’hui que l’à-venir ne dépend que de la science, les guerres les plus meurtrières ne soustrayant nullement à l’influence néfaste des esprits pervers.          
Je cherche depuis mercredi à qui Andromède me faisait penser, je combine alors le visage de cette Andromède avec d'autres cheveux, et le corps un peu Angèle, Catherine, oui, c'est à Catherine qu'elle ressemble, une des filles de mon cours de secondaire, une éclatante brune Italienne portant talons hauts et se passant du rouge à lèvres avant d'entrer en classe, celle-là avait tout à fait l'air d'une déesse antique. Le cul bien détaché du corps, elle faisait pâlir de jalousie la prof de bio des réthos, une vieille fille dans toute sa splendeur, un ange du genre studieux qui a fait l'école normale puis ses licences tandis que les autres se font faire des papouilles.

 

 

 

Elle tire les rideaux, ôte sa jupe, se met sur le lit, un malaise ineffable odeurs de greniers interdits m'empoigne les cinq sens, nous sommes étendus je me redresse un peu et je déboutonne ma chemise. J'étreins la fille, je ne risque aucun geste, tant pis si je passe pour un timide, je vais la laisser faire ce qu’elle veut.

Ce qu’elle a voulu fut divin.

 

 

 

Ce samedi matin, nous avons suivi plusieurs discours de savants atomistes.

Dans l’après-midi, nous avons convenu Andromède et moi de nous revoir.

Nous revoir rapidement. Elle prenait l’avion pour Cointrin, elle habite du côté d’Annemasse.

 

 

 

— Allô ?

— J’écoute, répondit Bodybuild occupé à tenter d’écrire le nouveau mot de passe sur son clavier noir.

— La collision a eu lieu.

— Parfait ! Continuez la surveillance. Avertissez-moi de tous contacts extérieurs.

 

 

 

— Pour l’instant, il a rangé sa voiture au parking du C&A puis il a traversé la chaussée à pied. Il n’a pas de mallette ou de valise, il marche assez vite, il se dandine un peu, il semble distrait. Il s’est arrêté face à la devanture du libraire puis devant celle du marchand de fruits exotiques.

— Il tourne dans l’entrée du Plazza et des deux mains il pousse la porte du salon de coiffure TPC.

— Continuez la surveillance, on ne le lâche pas d’une semelle.

 

 

 

— Tiens qui voilà, l’ami Filérambo s’exclama Henri en me voyant entrer. Tu avais pris rendez-vous ? Comment vas-tu ? Cela fait un bail, non ? Puis il se tourna vers un arrivant suivant en s’exclamant : ça alors ! André ! Tu avais oublié quelque chose ?

 

En vitrine :

Bonjour,
En son temps, vous nous aviez gentiment écrit un mot à propos du blog de Lou.
Vous avez été des centaines à le faire et croyez-le bien, chacun d’eux nous a beaucoup touché.
 
Suite à ceux-ci et à tous ceux reçus suite à la diffusion du film « Lettre à Lou » à la télévision, nous avons décidé de créer une Fondation (la Fondation Lou) et de mettre en vente un DVD au bénéfice intégral de celle-ci.



Ce DVD contiendra une version longue (80’) du documentaire « Lettre à Lou » et six autres programmes complémentaires autour de cette belle aventure.


 
Au bout de six mois d’un travail acharné pour réaliser tout cela, nous touchons au but, puisque la Fondation Lou est crée et que mercredi prochain – le 15 novembre 2006 -, sera mis en vente le DVD (que l’on peut déjà commander sur internet).


Dans la mesure où notre communication vous a touché, pouvons-nous vous demander un petit coup de pouce, un petit job d’ambassadeur qui ne vous prendra que quelques minutes : relayer l’information de la sortie de ce DVD tout autour de vous.


Avec les nombreuses sorties pour les fêtes, il sera très difficile de rester en tête des présentoirs si les ventes ne décollent pas rapidement. Nous n’avions pas d’autres choix de date de sortie pour de nombreuses raisons.


 
Si le DVD pourra être acheté partout en Belgique (Press Shop, Fnac, grandes surfaces et magasins spécialisés), il n’en est hélas pas encore de même ailleurs dont en France, à défaut de trouver un distributeur.
Vous pouvez néanmoins l’acquérir sur internet via le site de vente en ligne sécurisé MEDIADIS.COM
<http://www.mediadis.com> (qui a l’exclusivité pour garantir le prix unique).
 
Il nous semble évident qu’en cas de succès des ventes en France ou ailleurs, la Fondation Lou posera des relais dans ces pays pour ¦uvrer aussi à son but social, dont le premier objectif sera de mettre en place un service de soutien psychologique aux parents d’enfants différents, et ce dès le diagnostic.


 
En vous remerciant encore d’avoir pris le temps de nous écrire à propos du film et en vous remerciant d’avance pour votre aide éventuelle.


 
Bien à vous.


 
Pour la Fondation Lou


Luc Boland


 
Mémo « Comment nous soutenir » :



- En savoir plus sur la Fondation Lou <http://www.fondationlou.com/>
 
En achetant le DVD (vendu au prix unique de 18 Eur. (ou 17,99 car les commerces n’aiment pas les chiffres rond)  ;-)
Partout dans le monde :  Achat en ligne sur Mediadis.com  <
http://www.mediadis.com/video/detail.asp?id=158997>
En Belgique : internet, grandes surfaces, magasins spécialisés, librairies (press shop)
 
Mailing : quelques beaux effets « boule de neige » se sont déjà produits sur le net. Merci de relayer l’information à vos contacts en y glissant, pourquoi pas, un mot personnel.
 
Bouche à oreille : parlez-en autour de vous.
 
Référencement sur internet :
Mettre un article ou un lien sur votre site web, votre blog.
 
Augmenter notre visibilité sur internet en allant voir et en votant pour la bande annonce sur :
You tube
<http://www.youtube.com/watch?v=HMmHOEnlZI4>
Web2Zero (la télé de Karl Zero qui a aimablement mis en ligne la bande annonce)
Adresse
<http://leweb2zero.tv/video/lucb_504547936179a61>
Cela donne une visibilité non négligeable.
 
Affiches et cartes postales : à télécharger si vous le souhaitez.
<http://www.a-lou.com/A3-Fr.pdf>
<http://www.a-lou.com/A4 Fr+infos-BD.pdf>
<http://www.a-lou.com/A4 Fr+infos.pdf>
<http://www.a-lou.com/A4-Fr.pdf>
<http://www.a-lou.com/A4-seul-Fr.pdf>
<http://www.a-lou.com/Carte-Postale-R- Fr.pdf>
<http://www.a-lou.com/Carte-Postale-V- Fr.pdf>
 
Merci ;-)
 

 

 



[1] Selon certains, le docteur Durite Von Schliessen n’est pas seulement l’homme le plus riche de Flandre, c’est aussi le plus riche de Belgique. Cet entrepreneur à succès, ce chercheur de premier plan, fut véritablement élevé dans la pharmacie. Sa véritable percée fut réalisée grâce à la mise au point d’un médicament contre la diarrhée. “C’est ce qui nous a rendus riches”, reconnaît aujourd’hui Paul Durite. En 1957, il inaugurait sa première usine à Beersel. Trois ans plus tard, il occupait 300 salariés. En juin 1961, Durite vendait sa toute jeune entreprise au géant Johnson & Johnson, sous la forme d’une fusion, grâce à laquelle le “docteur Paul” recevait un joli paquet d’actions de Johnson & Johnson. Après la fusion, Durite demeura à la tête de son entreprise. Selon certaines rumeurs, Paul Durite toucherait un milliard de francs par an des États-Unis, rien qu’en droits de licence. Un chiffre qui n’a jamais été confirmé. En Belgique, Paul Durite contrôle le puissant holding QRS, qui possède des fonds propres à concurrence de 1,7 milliards et une valeur immobilière de 1,5 milliards. Le “docteur Paul”, aujourd’hui âgé de près de soixante-quinze ans, a laissé la gestion financière du groupe aux mains de son beau-frère, Frankie Vancauter, qui est par ailleurs administrateur de Total Fina, de Cobepa et de Fortis banque.

 

17:11 Écrit par Xian dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : lou, andromede, hoyle, bergier |  Facebook |