22/11/2006

Scorpio

 

Bien entendu, mon but en racontant cette histoire n’est pas de me donner le beau rôle ou de substituer des faits connus par des histoires inventées. Il faut bien dire que vivre cela est assez déstabilisant quand on imagine mal une autre vie que celle que mène ordinairement un étudiant en sciences dans un pays aux matins encore plus calmes que ceux de Corée. Vous doutez des faits ? Vous pourrez facilement les lire ailleurs, il y en a eu tant de reportages déjà. Avoir été choisi pour participer à un projet de recherche d’une part et être en sympathie, oserais-je dire « amoureuse » avec une Andromède suisse est très étonnant.
Et excitant         
Surtout Andromède.

 

Moi, Filérambo, au-delà de la simple relation des faits, je n’ai aucun message d’espérance à délivrer.

 

Je tenterai donc de limiter l'ourselve à une petite fraction de cette vaste histoire occulte, celle simplement qui m’a relié un instant à la bousculade que les sbires de la Cia ont – je l’ai appris plus tard, consignée sur leurs registres sous le nom de « Inox ». Cependant il est intéressant de maintenir à l’esprit de chacun que personne ne peut vraiment comprendre ce qui s'est produit à Kalam’m’bembe sans avoir une vue d’ensemble de l’évolution humaine et il importe de se poser des questions quant à la personnalité de Henri, cette dualité de pensée, cette ubiquité sensible...

 

Question sensibilité, j’ai bien compris aux réactions d’avant-hier que le problème majeur de la plupart d’entre nous reste le cul, emballé ou non par Slim Fast dans un jean pince-mite.     
Beau cul fesses jeans sont des mots clés des recherches glougloutisées de la communication moderne, bien plus que fonction intégrale selon Stolz – Fréchet et ce n’est pas Balsamo et les manteaux noirs, ce Jésus qui ne serait même pas né, l’étrange Himmler, Lucy, combien de mystères encore sans précision, sans définition... réunion de crise au Smithonian, colloques d’informaticiens de pointe, coupure de journaux « d’époque » concernant Tshombe, et puis l’autre, qui font recettes.

 

J’avais connu Henri par ailleurs, je suis donc devenu client régulier du salon TPC, du petit salon de thé jointif et du bistrot populaire, d’en face de la gare, voisin. Il faut dire que mes recherches me menaient régulièrement à la faculté proche où le professeur Girasole tenait chaire de carillon et autres musiques médiévales, un de mes dadas qui s’accorde fort bien avec mes travaux informatiques et ma thèse à venir sur la transmission et les mémoires.    
C’est l’assistante de Girasole, la charmante Gladys qui m’avait dit :

— Tu cherches un logement d’étudiant ? Demande à mon mari.

 

Son mari, couvreur connu n’avait rien sous la main ou sous le coude mais m’aiguilla vers le salon TPC où me dit-il Henri, le patron est un homme de ressources.          
Il l’était, je le savais, il le fut plus simplement en me disant de passer le matin quand Dimitri et son délicieux accessoire de bureau venaient prendre le café. Dimitri est un autre entrepreneur : maçonnerie, cloisons, toitures, plomberie, je ne vous laisse pas en plan !           
Dimitri m’aiguilla sur Maureen qui se pencha fort élégamment sur son carnet de bord et me fit signer un contrat de bail pour le petit deux pièces salle d'eau, kitchenette, balcon, vue sur jardin à deux pas, dans un immeuble vétustement rénové rue d’Omal. Question balcon et petit deux pièces, j’admirai celui de Maureen, elle savait se présenter, ce n’est que lorsque le premier mois fut écoulé que je constatai que j’avais loué l’espace vital au prix d’un voyage intersidéral ... Il faudra que j’apprenne à faire attention aux femmes, c’est encore ce que m’avait répété Andromède sur son dernier émile.

 

Je crois que je l’aime. Andromède me parle au corps et à l’esprit, elle me parle de ce qui m’entoure et des amis que je me fais, elle écoute ce que je lui raconte mes conversations, cela la délasse dit-elle... délacer est ce que j’aurais aimé faire si elle avait été moins loin, Genève, c’est tout de même une trotte !      
Ainsi nous devisâmes de Melchior Tshombe qui avait été élevé par Arlette près d’Éghezée, dans un château renaissance qui se délabre aujourd’hui, du Texan Stewart Spade et de Bill Gates qui semblent en concurrence pour obtenir de l’indéfinissable et mettent des hommes « à eux » en place partout sur les chemins que nous, étudiants, analystes, matheux et passionnés d’informatique nous fréquentons. Et je lui appris que Henri et Dimitri semblaient associés réels dans ce salon de
coiffure. Un entrepreneur et un coiffeur ? Henri, je le connais depuis un moment, je l’ai dit, il avait sincèrement voulu, comme moi faire de la politique sociale, quelle blague ! dans un monde corrompu jusqu’à la huitième génération future ... Dimitri, c’est un mec sympa que j’apprends à découvrir. Un regard curieux sur les gens et les choses. On sent chez ce type-là « autre chose », on s’aperçoit que le point commun entre l’homme de béton et celui qui coupe les cheveux en quatre est un souvenir profondément enfoui d’un événement ou d’une personne. Charmeurs tous les deux, auraient-ils pompé l’air à une même jolie, autrefois ?

 

 

 

Tout avait été horrible et Dimitri n’avait rien oublié. Il savait qu’un jour où l’autre quelqu’un présenterait une nouvelle note et les intérêts de retard.

 

Dimitri Axis était venu de sa Grèce natale où quelques sbires de colonels égarés lui avaient fait des misères. Il avait eu des soucis d’immigration au pays d’Hugo et de Voltaire. Il y avait eu des rencontres, il y avait eu un contrat avec Mathuvu – qui, on le sut plus tard n’était autre que le frère de Mobutu Sese Seiko président ministre résident maréchal nommé à vie comme un vulgaire pion de communauté française, des travaux au château, l’installation sur l’Hulpia, la découverte d’un paysage nouveau et quelques promenades sur chemin boisé qui menait à la « Bombardière », étrange nom de la demeure non moins curieuse où vivait un chien – loup aux longues canines...

 

 

 

Tous sirotaient un petit apéro où trempaient des cerises cueillies cet été au jardin.

— On va avoir des ennuis à cause de Ségolène, dit-il.

 

Les Axis avaient des idées politiques, ils avaient longtemps été de gauche, avant de constater ce que la gestion socialiste leur inspirait. Dimitri était le plus virulent, fort de son passé anarchiste, et il se cabra dès que l'on parla gros sous et banquier Embusse. Il ne voulait en parler qu’avec Henri, et pensait que celui-ci était le seul à pouvoir lui rendre sa tranquillité d’esprit.

 

Jean-Paul entreprit de démolir son raisonnement, lui rappelant que le « coiffeur » semblait être, à y regarder plus près, un curieux aventurier, qu’il avait certainement une autre casquette, sinon plusieurs, pourquoi n’avait-il pas calmé le doute, l’angoisse chez Dimitri ? Que savait-il d’eux qu’eux-mêmes ne savaient pas, que savait Dimitri de ce qui avait suivi leur retour d’Afrique. Henri, ce n’est tout de même qu’un voisin exotique !

 

— Un voisin exotique qui t’a permis de t’installer en Namibie et d’en revenir avec de l’argent lança Dimitri.

 

Avec l’argent, Jean-Paul avait racheté cette ferme qui dominait l’Hulpia, plus tard, Dimitri était venu construire une grosse baraque en carré à deux cents mètres et les Tison s’étaient logés dans une jolie villa cernée d’un patio qui était ensoleillé toute l’année. La route était un cul de sac, à l’entrée, trois autres maisons étaient habitées par des gens du cru, ils avaient toujours été là, ils ne savaient même pas s’il existait des ailleurs, puis le chemin goudronné devenait pierraille et il fallait poursuivre deux bons kilomètres pour arriver à une barrière qui fermait la route.

Au-delà, un marquis local avait planté sa tente devenue demeure princière, tombée en ruines relevées, disait-on dans les campagnes, par un certain Henri, homme d’affaires...

 

Dans l’autre sens, après le carrefour de la Broque, au village, sept kilomètres plus bas, on ne savait rien d’autre sur l’Hulpia, sinon que cela avait été autrefois un camp romain, il y a longtemps.

 

Jean-Paul ajouta qu’il était évident que les socialistes allaient revenir infecter tout et qu’il fallait retrouver la valise, s’en débarrasser définitivement et le leur faire savoir.          
On n’allait tout de même pas remettre en jeu leurs existences bourgeoises !

 

Mike n’avait jamais eu de position politique précise. Il espérait plier le monde à son propre modèle, celui de la way of life américaine d’un homme libre, héritier pluriculturel et dégagé de tout ce dont les Daudet s’encombraient : Sécurité sociale, retraite, prévoyance, assurances diverses, tout un arsenal dont l’inanité le faisait rire aux larmes. Avec Hélène, il avait réussi ce tour de force de transformer une utopie en une réalité qu’ils vivaient tous les jours sur la colline de l’Hulpia, faire l’amour au milieu de leurs livres. Mike et Hélène vivaient de publications que des éditeurs voulaient bien leur prendre. Jean-Paul eut beau jeu de lui montrer que leurs années africaines ne comptaient pas, que les mémoires administratives étaient pires que la glu, que certains malhonnêtes pouvaient croire qu’ils avaient beaucoup d’argent et détenaient encore ces documents compromettant nombre de personnages « de gauche » en place. Rien n’a changé, il n’y a qu’à observer le cirque autour de l’hôtel de ville de Charleroi ou de Paris.

 

Et après un silence, il ajouta qu’il y avait peut-être autre chose, ...

 

— Autre chose ? demanda Rebecca, nerveuse.

Fatalement repris Jean-Paul, nécessairement. Quelque chose que nous ne sachions pas, quelque chose qui une fois encore nous relie, nous unit et que nous ignorons. Et ne me dit pas, lança-t-il à Mike, que c’est avec tes mots à quatre sous et tes poèmes que tu vas régler le problème. La parole, tu le sais, ne vaut rien, seule l’action compte.

 

La discussion s’éternisa, comme s’enlisent les arguments et contre-arguments, les petits faits et les grandes rancunes, il y eut des prises de position, on ne sut plus très bien de quoi l’on parlait, on ouvrit une bouteille de Vat 69 et un flacon d’ouzo. Jeanne, se déclara non solidaire d’une recherche de valise dont on ne savait même plus où elle était. Rebecca pleura. Ils s’emmêlèrent dans un tissu de contradictions et de questions sans réponse, comme s’ils avaient eu réellement le pouvoir de les résoudre.

 

Tard dans la soirée, Dimitri téléphona à la Bombardière.

— On a reparlé de Genève dit-il, presque à mi-voix.

— Tu as l’air nerveux, des soucis avec Baby, Alexandre a de la fièvre ?

— Je ne sais pas, non, à cause de Ségolène, je suis fébrile.

— Tu n’aimes plus les femmes ? Tu as quelque chose à craindre ? Tu m’en parleras, demain, au salon. Le téléphone, ce n’est que pour les rendez-vous et les commandes, tu sais. Allez, va dormir !

 

Dimitri raccrocha sans oser demander à Henri s’il savait, lui, exactement, ce qu’il y avait dans la valise. Bon sang, pourquoi ce n’avait-il pas été une valise RTL ?

 

 

 

Mike et Hélène firent l’amour dès qu’ils furent rentrés puis Mike se laissa aller, en faisant la moue, il se sentait en veine d’écrire de nouvelles lignes et cependant ne voulait pas quitter la chaleur d’Hélène. Il écrivait dans sa tête un de ses chapitres préférés, il se leva lorsque Hélène lui sembla endormie.

Il était bien au calme, face à l’Olivetti, avec seulement des mots qui affluaient de façon continue dans sa tête. Pouvoir des évocations ! Un état second s'était emparé de lui. Une connivence entre les touches du clavier et les circonvolutions de son cortex, entre la naissance des images et son corps qui s'éveillait à nouveau en entendant un bruit léger du côté de la chambre.

Il leva les yeux vers Hélène nue qui s’affichait dans l’encadrement de la porte et son regard le fit frissonner, elle murmura : " Viens ! "

Plus tard, elle eut de l’inspiration aussi et posa les jalons de trois nouveaux romans :

L’AFFAIRE BOULANOFF.

AGACEMENTS A AGADIR.

DANSE MACABRE A BELGRADE.

 

 

 

Hugues Marotte pensait depuis longtemps, et plus encore depuis l’arrivée d’un certain François, que l’Occident qu’il avait défendu contre la barbarie nazie était une civilisation mourante pleine de maisons de campagne, tandis qu’au loin s’avançait la horde des gueux sans toit. L’Europe du futur sera celle des Africains pouilleux ! On était loin du rêve de l’Eurafrique dynamique de Brouillard et des autres. Il y avait eu des hauts et des bas, des coulissades, des glissades, des déconfitures perpétuelles, le grand Jacques rentra sa morgue et l’on fit exploser le Rainbow Warrior, on aurait dû être félicité, on fut moqué et emprisonné, on devint lamentable, coupable, corvéable à merci. La civilisation se beurra, puis le monde noircit.   
Depuis la veille, il était à Bouvignes, un village étalé entre Chooz et Tihange où il avait, non loin du château, une résidence ardennaise secondaire et l’endroit lui avait semblé le meilleur pour suivre ce qui allait se passer inévitablement entre l’Hulpia et la capitale Walbanaise, sans compter les remous carolorégiens.

 

Depuis l’annonce de la victoire de Ségolène sur ses propres confrères, il fallait s’attendre à du remue-ménage, du ménage tout court, les femmes adorent faire le ménage, elles ont l’impression en secouant la poussière de participer activement à la vie commune, Robert Embusse avait déjà téléphoné deux fois et Hubert Bonacieux aussi. Le troisième appel vint de Bob Dinard, un baroudeur que l’on n’effrayait pas vite.

— Nous avons un problème, monsieur, ils ont arrêté le maire de Fontaine et s’intéressent aux investissements à Léopoldville.

— Kinshasa.

— Oui, oui, je ne m’y fais pas.

— Faudra bien, retéléphone-moi demain soir.

 

Marotte jeta un coup d’œil à son poignet orné d’une belle Seiko quartz. Il était un peu vieux jeu, il avait abandonné sa Lip quand il avait comprit que l’on se fichait éperdument de la solidarité des travailleurs et n’avait pas gagné assez pour s’offrir une Breitling qui vaut une sacrée poignée d’euros modernes et convertibles en dollars.  
Il était une heure et demie du matin. Les emmerdements commençaient.

 

 

 

Zwijndrecht, 51.14N 4.19E.

 

La Trilateral Commission est un organisme de réflexion international co-fondé en 1973 par David Rockefeller et Zbigniew Brzezinski (ancien conseiller du président Jimmy Carter). Il réunit des dirigeants des trois zones économiques principales : Amérique du Nord, Europe de l'Ouest, Japon. Parfois on se rencontre dans des endroits que personne ne connaissait avant, c’est l’orateur du jour qui choisit.           
Ce soir-là, Alexandre d’Avignon s’adressait à ses pairs en leur conseillant des méthodes modernes de communication, comme celle de s'adresser perpétuellement au public comme à des enfants.   
La plupart des publicités destinées au grand public, disait-il, utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-âge ou un handicapé mental. Exemple typique : la campagne TV française pour le passage à l'Euro ("les jours euro"). Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant. La raison en est simple, si on s'adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d'une personne de 12 ans.     
Il faut aussi disait-il, encourager le public à se complaire dans la médiocrité ainsi qu’à trouver "cool" le fait d'être bête, vulgaire, et inculte...

 

Alexandre d’Avignon s’ennuyait à discourir, cent fois sur le métier, redites et toujours la même eau au moulin, tandis que les interlocuteurs tendaient l’oreille, il pensait à germaine, une bonne amie chez qui il avait promis de passer après la réunion pour une partie de scrabble. D’Avignon aimait les choses simples, il n’aimait pas les complications, encore moins lorsque cela pouvait devenir souciant. Son téléphone de poche sonnait, il demanda aux gentils membres de bien vouloir l’excuser, saisit son appareil, appuya sur un bouton, répondit à voix suffisamment haute pour que le délégué américain l’entende : 
« Le problème avec les USA c'est qu'ils n'assurent pas le service après vente depuis quelques années : Amérique du Sud, Vietnam, Afrique, Bosnie, Afghanistan, Irak et j’en passe. Merci de m’avoir appelé, je verrai cela demain matin, bonne nuit. »

 

Sas van Gent 51.14N 3.47E

 

Dans le salon du petit hôtel qui abrite leurs rencontres, Amélie Poisson, actionnaire de la Kollosal Bank et son ami intime Nicollin Louis de la Nicollin Holding discutent des papys milliardaires.

— C’est inouï, dit-elle, James Simons, de Renaissance Technologies Corp, a gagné en 2005 plus de 1,5 milliard de dollars, soit près de 1,2 milliard d’euros ou encore cent mille Smic annuels, et le T. Boone Pickens, de BP Capital Management, avec «seulement» 1,4 milliard de dollars se classerait presque dans les pauvres ! Ces deux « managers » ont respectivement 68 et 78 ans, l’un est un universitaire, spécialiste des modèles mathématiques, tandis que l’autre est un tycoon de l’industrie pétrolière. Et je parle pas de ceux qui travaillent chez Stewart Spade ajouta-t-elle en décrochait le téléphone qui lançait une sonnerie désespérée.

— Non, dit-elle à son correspondant, non, si Embusse est sur l’affaire, je ne m’associe pas, n’insistez pas. Sitôt la communication coupée, elle appela un numéro à Corpus Christi.

— Bonsoir, c’est Amélie dit-elle, je viens d’apprendre qu’Embusse serait à nouveau sur l’affaire de la mine de Obo.

— ...

— Non je ne sais rien de plus.

 

Folkestone 51.05N 1.12E

Admiralties Watchers Pub.

— À l'heure de l'adoption d'une Constitution, après un élargissement à 25 pays, il est temps de se demander quelle Europe ils veulent. Car bientôt, il sera trop tard déclara Bonnie, la fille de Sir Edmund Craigh, que d’aucuns n’hésitaient pas à appeler Bonnie Parker.

Adam Mac o’Neil et Georges Atkitson opinèrent du chef, saisirent leur pot d’ale en grands bourgeois bien élevés qu’ils étaient tous deux.Le message était clair, il allait falloir à nouveau remuer un petit peuple et en contraindre d’autres. Ces actions violentes, qu'ils avaient pourtant commanditées déjà plusieurs fois, restaient dans leur esprit purement abstraites. Sans ménagement, Bonnie leur avait fait quitter le salon des " cols-blancs ". Ils retrouvaient les poubelles de la réalité et ils avaient du sang sur les mains.

Bonnie avait suivi le cheminement de leur pensée. Les deux hommes étaient à présent sous son empire.

— L'argent n'a pas d'odeur, reprit-elle d'une voix assourdie.

 

Vilvoorde 50.55N 4.22E

Deux hommes sont attablés chez Raman, ils terminent un excellent waterzooi par une liqueur de prunelles et des cafés très forts. Tu te souviens n’est-ce pas, dit le plus âgé. Dans la soirée du 6 octobre 1986, le téléphone sonne à la gendarmerie de Schaerbeek. C’est le commandant Guido Torrez au bout du fil. Au sein de la gendarmerie, il est rare qu’un officier appelle un simple gendarme en poste dans une petite brigade sans qu’il y ait de manoeuvres militaires ou de mission spéciale en cours. Le gradé après s’être présenté demande gentiment mais fermement au gendarme en question, sur le point d’arrêter Borgès, de renoncer à son projet. « Oui, commandant », répond-il à la demande du plus haut gradé du district de Bruxelles. Deux jours plus tard, le commandant Torrez se donnera la peine de venir s’expliquer à la gendarmerie de Schaerbeek. Il racontera qu’il a été appelé par un membre du cabinet du ministre de la Défense : « On nous a - gentiment - demandé de laisser Borgès tranquille. »

— Tu vois déclare l’interlocuteur de Borgès, nous sommes derrière toi, chaque fois, il n’y aura pas de problème.

— Tout de même déclare Borgès, il y aura d’autres soucis qu’une simple dentiste, cette fois, il faudra de l’imagination. Faire passer six pèquenots pour des suicidés, n’est pas simple, on ne peut pas rééditer le coup du Soleil rouge chaque matin, c’est d’accord, je vais examiner le projet mais cela ne sera pas coton ... et pas bon marché, faudra du personnel !  

Les deux hommes se lèvent, se serrent la main, se séparent.

 

Arrivé à sa voiture Pierre Grillardin appelle depuis son téléphone de bord.

 

— Borgès n’est pas très chaud, moi non plus, dois-je avouer, cela me rappelle un peu trop des situations comme lors de l’affaire Stella [1] . Cette opération qui avait pour cible la société Dahu International, des spécialistes du trafic international d’armes à feu et pour transbordement illégal en Belgique et expédition vers les pays sous embargo américain de matériel technologique soumis à licence d’exportation US. Nous avons connu quelques déboires surtout quand Eric Van de Weghe s’en est mêlé lors du contact avec Zunblindage, ancienne filiale de la FN reprise par Stéphane Dahu. Van de Weghe, pour le compte de Stella, commanda à Zunblindage des gilets pare-balles en kevlar, qu’il tenta immédiatement de revendre à des mafieux russes basés en Angleterre. Et les Syriens étaient derrière, ...

— Oui, je sais tout cela, réfléchissez, appelez-moi demain soir

Le ton avait été sec, Grillardin se demanda s’il ne devait pas rappeler tout de suite et faire semblant d’être vraiment intéressé. Mais, après une moue dans le retroviseur, il mit le contact et se dirigea vers son bureau de la CNCD – opérations.

 

Huit heures du matin, heure de la côte est, Dallas, Texas. 1986

 

Le directeur de la Company entra dans le bureau des Opérations. On avait été le chercher en hélicoptère à Camp David, où il avait passait plusieurs jours avec le président, et il était encore en chemisette et en pantalon de toile. Bodybuild et Belinda n’avaient jamais vu leur patron sorti de son enveloppe trois-pièces, et ils échangèrent un regard moqueur.

Cessez de vous prendre pour des vedettes, où en est-on ?

— Nous sommes mercredi, rappela Bodybuild. Les troupes ruandaises quittent la région concernée demain dans l’après-midi.

— Et samedi matin, Kabila les remplacera. Nos malles sont prêtes, Belinda ?

— Absolument, monsieur le directeur. Une équipe de techniciens des Compagnies Delaware and Caïman attend sur un aérodrome marocain, et notre ambassadeur a les contrats New Diamond sous le coude. Kabila les signera et il sera crédité de son million de dollars sur un compte transitaire de la Kolossal Bank à Stockholm samedi, lundi après-midi, un virement aura lieu d’un compte numéroté vers un autre, dont il aura remis les chiffres à notre ambassadeur, à l’Union des Banques Suisses de Zurich. Les Belges sont hors du coup, on leur a foutu une merde pas croyable avec un immeuble à la con en plein centre de Kinshasa qu’on a bourré d’explosifs, les Français sont trop occupé à pousser leur nain de jardin à soulever les jupes de leur Royale et le Président ...

— va s’occuper de Vladimir lors de la réunion des économies zone Pacifique, je sais, merci Bélinda, quid donc du véritable contrat ? .

— Nous avons localisé Jeanne et Dimitri Axis et aussi les Daudet. Ils ont des mouches aux fesses.

— Parfait

— Axis est devenu entrepreneur, il est revenu d’Afrique avec un bon magot semble-t-il, mais  rien n’a bougé pendant dix ans du côté qui nous intéresse ; il s’est associé à un Portugais à Bruxelles et a créé une autre compagnie du côté de Bordeaux, celle qui fait les parkings des magasins Lidl et qui s’occupe de l’entretien des anciens Mammouths, il a aussi investi dans un resto-bistro de nuit à Liège et dans une entreprise de coiffure.

De coiffure ? quelle idée !

— Les Gladio sont aussi sur le coup, toussota Bodybuild.

— C’est le problème de Marotte. L’essentiel est que ce document de l’ancienne Union Minière, si document il y a, ne tombe entre les mains de personne et surtout pas de la gauche française ou belge, encore moins des militants écologistes qui pullulent dans ces pays qui n’ont pas plus de tenue que leurs anciennes colonies

 

Il congédia ses deux employés et se servit un petit bourbon. Il allait ce soir rencontrer Anna, une négresse avec un cul, ah ! le cul ! les blacks ont des culs magnifiques. Enfin, il faut remarquer qu’en général, au bureau en tous cas ou dans la rue, les filles sont vachement moins complexées par le cul que par les seins. Un sacré beau cul, il allait la ramener à la maison ce soir parce que sa femme était partie à une réunion chez Hewlett-Packard. Sa femme travaillait chez H.P. avec Bergman. Mais il se demanda si elle n'allait pas quitter sa réunion plus tôt que prévu, elle avait un putain de flair qui lui donnait de temps en temps des idées et il sait qu'elle aurait bien aimé le pincer en flagrant délit, cela lui aurait permis de se poser en martyre et de demander le divorce tout à fait à son avantage. Mais les négresses, depuis Little Rock, il ne pouvait plus s'en passer.   
Il allait quitter son bureau quand la sonnerie du téléphone retentit.  
Merde alors, marmonna-t-il

— Allo ?

Il adoucit le ton, il avait en ligne Catherine Lu qui lui rappelait qu’il avait promis de passer dans le sud-ouest lors de sa prochaine venue en France, avant la fin du mois, tu te rappelles, tu avais dit que tu passais avant la Saint Éloi, on ira chez Thierry Marx au Château Cordeillan-Bages dans son écrin de vignes à l'entrée de Pauillac, belle chartreuse de pierre blonde du XVIIIème siècle... Une expérience inoubliable pour un sale Amerlock comme toi ajouta-t-elle ...

Un cul ce soir et un projet pour la fin du mois, le directeur des opérations de la CIA sorti gaillardement de son bureau.

 

 

Chez la voisine de Filérambo, on entendit un grand cri ! Elle va venir, elle arrive ! Je suis aux anges s’écria Filérambo, Andromède s’était fait muter chez MyPéCé, elle allait venir s’installer près de moi, rue d’Omal, je balance entre des messages d’amour et elle qui explique que la science n’est pas tout, qu’elle Andromède aurait aimé être vamp, être femme célèbre, être la première à découvrir le secret des pyrites de Bunsen, gagner l’Eurovision, être prix Nobel de physique, jouer Antigone; vivre un grand amour, c’est magnifique, je lui réponds la dérive de la démocratie, les effets de levier dans les mécanismes de pouvoir, l'augmentation de la concurrence avec les conséquences en stress social, la gestion des inégalités sociales. La fuite toujours plus profonde du pognon, orchestrée avec la complicité des politiciens. On se comprend, on s’aime c’est évident !

 

 

(à suivre)



[1]

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18:26 Écrit par Xian dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : kabila, charleroi |  Facebook |