11/09/2006

Double emploi

Certains abonnés affolés me font connaître qu’ils n’ont pas reçu leurs textes habituels ...

Je demande à Thor Heyrdal de retraverser dans l’autre sens et de venir vérifier les papyrus.

Bon, il n’y a donc pas double emploi ( d’ailleurs, il n’y a plus d’emplois me dit-on depuis la réception) mais voici un texte qui fera peut-être double emploi pour certain(e)s.

 

Demain, on rase gratis, tout rentre dans l’ordre comme le disait la petite amie de Diderot.

 

Henri de ... (il devient indécent, dit-on, s’appeler encore « de ») déposa ses valises (réduites à un sachet plastique dit « de cabine ») dans le hall d’entrée de l’appartement que tout le monde tente de situer, localisation qu’il ne faut pas divulguer, les groupies, les terroristes et les employés d’Interbrew savent pourquoi).

 

Jetant son regard d’aigle par la croisée, encombré du courrier qu’il venait de relever dans sa boîte à lettres, Henri repéra au coin de l’avenue Molière une voiture de police suspecte et banalisée. Il sourit en voyant le jeune Kim s’en approcher (dans l’angle mort des rétroviseurs) et accrocher aux pare-chocs quatre cannettes vides de Heineken, comme on en attache aux véhicules de jeunes mariés. On dit que cela porte chance.

 

Quittant l’extérieur des yeux, Henri se dirigea vers le bar qu’il ouvrit précautionneusement (sait-on jamais qu’un malandrin y ait glissé un pétard ?), saisit une bouteille de Bacardi dont il se versa une rasade, en raison du principe sudiste : Donne du rhum à ton homme, cela ne peut que lui faire du bien.

 

L’appartement était vide, désert depuis son départ. Trois pulvérisations de Baygon vert allait assainir le site – surtout ne pas écraser les chenilles qui vous punissent de votre méchanceté éclatant en dégageant une pestilence abominable... ben non, c’est un souvenir du Sud cela ! Ici, pas d’insecte, pas d’oiseau, pas de puanteur naturelle.

 

Qu’allait-il raconter, cet Henri, Sudiste repenti ? Il passa dans la salle de bains, sans oublier au passage de remplir encore son gobelet de ce rhum blanc de canne.

 

Se dévêtir avec des manières de puceau, tripoter les huiles et les savons, déposer des sels dans la baignoire comme le faisaient les Romaines à Carthage, les Zouloues à Kimberley.

Dans le grand miroir s’embuant, Henri se voyait pensif...

 

 

Le Sud ! Ben voilà, j’y suis allé, j’en suis revenu, comme la plupart des vacanciers d’ici. J’ai vu des Sunnites et des Chiites s’en foutre plein la gueule comme de vulgaires Irlandais cathos houspillant des crapules protestantes angliches emmenées par Ian Paisley. J’ai bourré ma pipe de kif afghan exporté au Darfour où l’on ne manque pas de tout, j’ai exploré les anciennes carrières d’or, de cuivre et de toutes sortes d’autres matières polluantes du Kivu et du Katanga. J’ai circulé en Rhodésie et en quatre fois quatre coréenne entre le village antique de Trucmuche et le Zimbabwe qu’est pas un ouistiti comme on pourrait le croire, j’ai assisté à une fête de purification.

 

 

Un nouveau petit Blanc est né au village, d’une mère porteuse qui a fait un bébé toute seule comme son groupe le revendique haut et fort. Très tôt l’autochtone va déposer son cadeau du ciel à la crèche de la ville ou de l’entreprise qui ne saurait être sociale et subsidiée si elle n’avait un dépotoir maternel organisé pour ces pauvres femmes encore obligées d’enfanter naturellement. Sur le berceau du petit se sont penchées les trois fées Ségolène, Isabelle Durand et Condoléance Uncle Ben, elles ont prédit le bonheur au petit vagissant qui déjà rampe vers l’organisation scolaire à laquelle il ne peut échapper. Rangé confortablement entre une enfant de deux papas et un orphelin de la guerre de Kekpar, le petit Blanc avale ce que l’institutrice régurgite consciencieusement, il apprend à se laver le zizi avant d’enfiler une capote et s’installe sur la ligne des reçus à Bac à ordures plus dix, il sait le tri des poubelles et le nouveau code de la route. Tout cela ne sert à rien et comme il s’en aperçoit, il court demander aide et assistance aux restos du cœur et à l’anpe, (au village voisin où l’on parle plusieurs langues, ils disent forem).

 

Horreur et putréfaction ! s’exclame une institutrice fascinante et fasciste, bac plus dix et vous cherchez un emploi ? Mais mon brave plus personne ne cherche un emploi, ce qu’il vous faut, c’est une formation !

Et Blanc de recevoir ce qui manquait tant à son bonheur : de nouvelles heures de cours pour lui apprendre à souscrire une police d’assurance frais funéraires, le temps passe vite n’est ce pas et vous ne voudriez pas tomber à charge de la collectivité, n’est ce pas, lui explique le formateur en gestion, car qui ne se forme aujourd’hui en gestion risque de passer un mauvais quart d’heure, peut-être même de réellement devoir aller travailler.

 

Le Sud ! Coutumes curieuses et captivantes !

 

Tiens, l’autre jour, au début du voyage, à Marseille, la mairie d’arrondissement et une association dont je n’ai pas retenu le nom avait organisé une manifestation festive avec vide grenier, défilés, jeux et tchimboum divers suivis d’un repas républicain du côté de la Belle de Mai. Autrefois, le quartier du boulevard National était un endroit populaire hétérogène, riche de sa diversité, aujourd’hui la maghrébisation est passée par là et il faut être heureux d’une manifestation prônant les vertus multiculturelles de l’Hexagone, le repas populaire vendu 30 euros proposait une solide choucroute alsacienne.

 

Le Sud ! Mœurs et traditions ancrées !

 

J’ai donc continué mon voyage vers le Sud, je suis arrivé à Beyrouth où j’avais le souvenir encore vivace d’une grande sauterelle en bikini blanc. Je m’en souviens comme si c’était hier. J’avais un Pentax MK à viseur dioptrique et j’ai regardé ses fesses en gros plan pendant dix minutes au moins. J’ai tiré des clichés, des agrandissements jusqu’à voir un léger duvet blond lui courir à l’entrejambe. 

 

L’œil appuyé sur le viseur d’une paire de jumelles de marine grossissement amenant l’insecte à la taille du dinosaure, je surveille un mouvement derrière un tas de gravas. Le reporter de TF one me dit que c’est encore un salaud d’Hezbollah qui a balancé une raquette de compétition durant notre petit déjeuner à l’Ambassador.

 

J’ai trouvé que tout cela faisait désordre et je suis descendu par la vallée des rois, on pourra en lire les reportages dans les carnets d’un autre bourlingueurs ou sur les catalogues Neckermann Pyramidal Tour.

 

 

Trafic d’œuvres d’art, Chimères et Démocratie, Henri Hervé Hersault, Henri en mer des caraïbes et autres fadaises et puis la politique sournoise qui s’empare de tout. La vraie liberté d’expression n’est pas un discours grandiloquent. C’est un sport de combat. On peut rêver de liberté bien sûr on peut ... mais, il faut savoir que, plus les gens ont des gueules affranchies, plus ils sont taulards dans l’âme ! Tiens, un prospectus pour une séance gratuite de cinoche. Gratis ? C’est flippant en un temps où tout s’achète et tout se vend même un appel à France one two two ou à TRL se facture directement du portable ! 

 

Le film que nous allons présenter, annonce le papelard, est "Loose Change" et le thème du débat (ah zut ! bientôt même Tex Avery sera embrigadé !) concernera : "Les questions posées par les évènements du 11 septembre 2001 et leurs traitements médiatiques".

Je suppose que le commentateur aura au moins une certaine connivence avec le général Hétazuny qui comme chacun sait est l’organisateur génial de ce jeu qui ressemble au Stratégo de mon enfance.

 

Il faudra que j’en parle avec Filérambo qui ne manque pas de perspicacité, songé-je, allongé nu dans l’eau bouillonnante.

 

Dans l’eau bullante et odoriférante, nu, me viennent d’autres pensées. On ne peut pas toujours rêver de Filérambo. Comme dans un nuage de brume, elle était là, heureuse et pleine de grâce, laissant rebondir une lumière trop pâle de ce samedi pluvieux. Une fin d’été classique, encore un souvenir du Sud, les pluies abondantes.

Je ferme les yeux et la vois lire son Metro pour se farcir de nouvelles importantes et quotidiennes, une oreille mp3, l’autre pincée, le nombril à l’air en Pimkie, pensant intensément que madame Soleil a annoncé que les Scorpion étaient en Verseau ce matin et que c’était le moment de faire un vœu, acheter un grattemwaldos, se payer une gouleyade de Punch Planteur.

 

J’ai serré très fort l’éponge moussante et...

 

Et le téléphone sonne ... que vouliez-vous en effet qu’il se passa d’autre ?

 

 

 

 

 

( à suivre )

 

 

05:45 Écrit par Xian dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : emploi |  Facebook |