07/12/2006

Notice et voyages, où est Henri ?

Henri TPC mercredi 6 décembre 2006-12-06

 

Suite de votre feuilleton hebdomadaire.

 

Ceci est le dernier mercredi qui paraît le jeudi, dorénavant ( à la réouverture en janvier des sites conjoints de Xian ) le texte du mercredi sera exclusivement réservé aux abonnés ...

 

A l’aube du chapitre quatre, il faut bien comprendre qui est qui, déclara Jack, dit « Budweiser », le nouvel Exécutive Capital Europe Manager, voyons la liste ! (Listing)

 

Un curieux accident a eu lieu la semaine dernière, ai-je raconté à Andromède. Jean-Paul était dans la campagne, en route sur une voie de remembrement pour rejoindre l’endroit où depuis le jour précédent, il labourait, hersait lorsque sonna son téléphone portable. Il immobilisa la grosse jeep tout terrain pour décrocher et répondre.

 

— Il faut que l’on se voit déclara une voix métallique. J’ai des révélations à faire sur la conduite de votre femme, d’autre part, j’aimerais vous entretenir de certaines subventions que vous percevez au titre de fournisseur de Laurent[1] , vous savez qu’il est dans le collimateur.

— Je ne sais rien, qui êtes-vous encore ?

— C’est sans importance, je vous assure, il faudrait que l’on se rencontre, je suggère que vous alliez au bout du champ de colza.

 

Jean-Paul leva les yeux et aperçut le long de la ligne de séparation des champs de colza et de pommes de terre un plateau tracté dont on venait de faire descendre un énorme bulldozer.

 

— Vous avez juste quelques minutes pour quitter mes terres répondit-il assez vertement, je n’ai que faire de vos explications.

 

Jean-Paul raccrocha, rangea son téléphone dans sa petite poche de poitrine et se remit en route, la ligne bétonnée descendait, passait un côté de crête, sinuait vers un ruisseau et infléchissait vers la droite avant de repartir vers le haut de la colline où elle se divisait en deux chemins. Quand il fit un quart de tour, le vallonnement lui cacha ce qui se passait du côté nord-est. Au moment où il franchit à nouveau la ligne de colline, il se trouva nez à nez avec la lame de l’énorme machine de génie civil qui avançait vers lui à grande vitesse. Il eut la présence d’esprit d’ouvrir sa portière et de sauter bas de son engin tandis que la cabine qu’il venait de quitter explosait, son véhicule se renversait, était poussé dans la terre. Le conducteur du bulldozer était vêtu d’une veste imperméable blousante d’une écharpe aux couleurs de l’Anderlecht et d’une casquette Cat enfoncée jusqu’aux oreilles. D’un coup de palonnier, le conducteur fit pivoter le chenillard qui s’en alla rapidement vers le bas de la côte où l’attendait le camion tirant une remorque surbaissée.

Jean-Paul hésita entre courir derrière l’agresseur et avertir quelqu’un pour qu’on vienne l‘aider à remettre sa voiture sur pied, constater les dégâts, y compris les siens, il s’était fait diantrement mal à la cheville et sur tout le côté gauche. Il avait sans doute heurté le montant de la portière en sautant. Il se félicita de son réflexe et de sa bonne santé.

Salaud, murmura-t-il, qui est-ce ?

Il se saisit de son Nokia et appuya sur * zéro.

— J’ai eu un accident, la jeep est les quatre fers en l’air

— Et toi

— Moi aussi, un peu sur le cul, faut que tu viennes, c’est un truc bizarre.

 

Dimitri, en train de fignoler une découpe dans de l’ardoise d’Angers, déposa l’enclume et le marteau de charpentier le long du chevron. Il lança un « J’ r’viens » à Kurt, un compagnon qui venait chaque année faire la bonne saison avec eux. Cette fois, il était resté, il avait rangé sa moto dans le garage de l’entreprise et avait loué un meublé le long de la Sambre. Il avait dit qu’il voulait rester, il travaillait bien, vite, sérieusement.

 

Dimitri grimpa dans le pick-up, il enclencha le GPS qui se fixa sur la balise de Daudet. Vingt kilomètres, il serait-là dans une douzaine de minutes, dans la campagne, il n’y avait pas à tenir compte de limitations de vitesse. Il n’y avait personne sur ces chemins-là.

 

Personne sauf un gus avec un bull, sûrement une remorque volée sur le chantier de Besix, à l’entrée de l’autoroute, c’étaient leurs couleurs et leur logo. Le raisonnement était juste, quand Dimitri ralentit près du château d’eau, ils purent voir à deux cents mètres deux combis de la police rangés à côté du tracteur et de la remorque portant la machine de génie civil. Une voiture de l’entreprise de travaux public était là aussi, gyrophare tournant.

Y a rien à voir, l’oiseau s’est envolé, personne n’a rien vu ...

 

 

 

— T’inquiète pas trop !

— C’est vite dit, Rebecca est très nerveuse.

— Oui, c’est l’approche de l’hiver, Jeanne aussi, je trouve, depuis la semaine dernière.

— Qu’est ce que tu crois qu’il voulait me dire « à propos de ma femme » ?

— Je ne sais pas, elle ne t’a rien dit, elle ?

— Non, rien. Juste qu’elle est nerveuse et un peu distante.

 

Jean-Paul avait tout de même quelques contusions, il le sentit bien lorsque Dimitri le déposa dans la grande cour et qu’il voulut marcher un peu plus vite.

L’entrepreneur avança, vitre baissée et lui demanda si tout allait bien

— Oui oui, je vais prendre une douche et puis j’irai avec Igor remettre le quatre x quatre sur ses roues

— Prend une de tes express à éléphants.

— Vas-y, je t’appellerai tout à l’heure.

— Ciao lança Dimitri en quittant son ami, soucieux.

 

 

 

De John Doe @ ducentaure.com à Miss @ Mypécé

Vérifier le pointage et éliminer les taches avec des enzymes gloutons si nécessaires. Matériel disponible dans environnement habituel, taper 3615 paratonnerre.

Important de donner destination probable et itinéraire couple Jipé.

Il faut revoir notre notion de recherche historique et nos idées de transmission d’informations. Lancer Fifi sur découverte belge à propos pyramides et retraite patron TPC actuellement hors paysage. Lui parler activement de Rainbow

 

A la fac, tout se passe très bien, je suis salué par un grand noir qui s’est inscrit au stage de Luxembourg. Alors, Filérambot, s’écrie-t-il, toujours en affaire à cause de cette communication à propos des mémoires ? Ah ! Oui, ai-je répondu, j’ai vraiment le feu sacré et ce qu’il y a de surprenant, j’ai trouvé chez Henri un intérêt évident pour ce que je lui explique quand je vais boire mon café matinal ou vespéral. Henri ! Sera-t-il là demain ? La question est posée depuis ce matin sans arrêt par les clientes, mais où est donc Henri ? Et Georges ? Mais où sont Georgette et Georges ? Céline qui tenait la compta de la société tentait tant bien que mal de faire patienter les gens, demain, oui, je pense qu’il rentre demain, il a dû s’absenter un moment, les affaires, vous savez ce que c’est, et puis la politique ! Ah la politique ! et les affaires et la politique, vous savez ce que c’est ... J’aimerais en faire mais j’ai du mal, il y a tant de choses à faire en dehors de cela, pourrait-on aider les gens sans faire de politique ?         
Faire entrer le virtuel des bonnes idées dans le monde triste des restos du cœur et autres nouveautés humanitaires qu’on se demande à qui elles rapportent, à qui elles servent ? Des chercheurs de Nokia pourraient nous aider demain à mieux circuler dans le monde réel en surimposant des informations virtuelles à des images réelles. Ils ont créé un logiciel baptisé “Applications pour la réalité mobile augmentée” (Mobile Augmented Reality Applications - Mara) dont le but est d'identifier des objets ou des bâtiments vus à travers l'écran d'un téléphone mobile.   
Pour cela, le téléphone doit être équipé du logiciel et du hardware approprié : un GPS, un accéléromètre (pour mesurer le déplacement, la vitesse et l'inclinaison) et un compas (pour comparer et reporter des distances). Grâce à cet attirail, le téléphone est capable de reconnaître précisément sa position et son orientation.         
Il ne lui reste plus qu'à identifier son environnement en piochant des informations, via ses informations de géolocalisation, dans une base de données. Tout avance à une vitesse vertigineuse, où se trouve l’homme actuel dans tout cela ? Vladimir Kramnik n’a pas commis de bourde aujourd’hui en Allemagne lors de sa troisième partie d’échecs qui l’oppose au puissant logiciel Deep Fritz 10. Il se remet petit à petit de son amère défaite de la dernière partie . Il a bien dirigé ses troupes et les pièces des deux armées ont été échangées équitablement de part et d’autre. Au 44ième coup, le roi blanc de Kramnik était alors épaulé par trois pions et un fou, contre deux pions et une tour pour le roi de la machine Fritz. Les forces étaient égales, les deux rois allaient devoir s’ennuyer entre eux pour l’éternité, alors les joueurs scellèrent l’issue de l’affrontement en partie nulle. La reconstitution de la partie sur le site officiel de Rag est
ici. L’homme a-t-il résisté à la machine, en est-il capable ?

 

 

 

 

De John Doe @ ducentaure.com à Miss @ Mypécé

Avons proposé à Durite Von Schliessen de promettre engagement Fifi, mission préalable à réussir, découvrir les mémoires qui selon nous sont dans la valise que transportait le gamin évacué d’Elisabethville. Attention Sudaf sur Fifi, cible étudiant M’dende inscrit agronomie tropicale.

 

 

Lors du symposium de Vienne, chacun avait reçu une serviette à rabat contenant toutes sortes d’informations. Andromède souhaite que je la garde près de moi durant les cours et que j’y range les documents que je trimballe d’un point de la fac à un autre ou lorsque je vais en visite d’entreprise et tout ça.

 

 

— Oui, d’accord, mon chou, c’est pas la plus jolie mais enfin, elle est pratique, me dit-elle, et puis c’est un souvenir, comme cela, je sais que pendant les intercours, tu penses à moi.

Elle et moi parlons de choses et d’autres et puis elle me demande si je sais où sont partis les Daudet.

 

— Tu sais, Rebecca et ...

— Et Jipé, oui, je sais qui c’est tout de même ! Par contre je ne m’intéresse pas spécialement à leur allées et venues. Non, je n’ai aucune idée sur l’endroit où ils sont allés. Un petit trip en amoureux peut-être puisque Sarah n’est pas avec eux. Peut-être que Jipé a eu besoin de souffler, il a eu un accident la semaine passée, il a été contusionné, des hématomes partout m’a dit Maureen qui sait toujours tout.

 

 

 

L'avion d'Elal est plein de jeunes filles Israéliennes de treize à quinze ans qui vont visiter Jérusalem, elles sont Péruviennes, Argentines, Boliviennes, c'est un regroupement d'une institution juive pour jeunes en Amérique latine qui les collecte pour améliorer leur hébreu, Albert entend qu'elles s'appellent Ruth et Sarah, Rebecca, Rachel, Myriam, you are jewish ? Ah non, je ne suis pas chewich.

Les jeunes filles de cette race ont compris où était leur devoir, leur vie. Puis, des plages de tranquillité ont existé. Rebecca Weiss a épousé Jean-Pierre. Son arrivisme, son goût de l’argent, certaines de ces habitudes « m’as tu vu » n’étaient pas drôles à vivre tous les jours. Mais c’est une vie.

Plus tard, est venue une autre vie, les vies sont successives, sept vies, neuf vies, les chats ont plusieurs vies. Puis il y a eu une aventure politique, la rencontre avec Jean-Paul. Cela arrangeait bien Rebecca, elle passait d’un Jipé à l’autre, sans soucis, mais avec deux enfants du premier que le second accepta. Rien ne fut simple, rien ne fut malheureux, la vie se banalisait, le nouveau mari de Rebecca était kibboutzim, elle l’avait été. Il était revenu habiter dans le Jura, et puis, il y avait eu une semaine à Genève, l’imbroglio des hôtels, le hold-up à la banque d’Afrique, six inconnus enfermés dans cette chambre du Mon repos, cet Henri, le brouillard, la Namibie, de l’élevage et des étendues sauvages, les sorties à Walvisbay, à Johannesbourg, à Kimberley, Fabienne qui grandit et Jean Xavier qui balance entre père et beau-père. Jean-Pierre au Canada, Jean-Paul à Bloemfontein.

La politique là-bas, pas meilleure qu’ici, Jean-Paul qui reçoit Henri, deux mois plus tard, nous prenions des vacances à la « Bombardière », en Walbanie, sur les hauteurs de Meuse. Henri acheta pour nous la ferme de l’Hulpia. C’est nous, Jean-Paul et moi qui nous sommes installés les premiers, les autres devaient venir plus tard, d’ailleurs. Dimitri et Jeanne ont fait une maison et trois enfants, Hélène et Mike sont restés dans leur monde charnel sans finalité familiale. Ceux-là n’avaient pas changé, ils passaient le plus clair de leur temps à se caresser, s’embrasser, dormir.

Fabienne prenait le car de ramassage scolaire chaque matin, le collège avait organisé avec la ville une tournée pour prendre les jeunes gens des endroits un peu éloignés. L’arrêt du car était au bout du chemin en impasse qui quittait la grand-route, juste après une maison abandonnée. Lorsqu’il faisait mauvais, c’était Jeanne, le plus souvent qui la conduisait en Méhari jusque là, en même temps que sa fille. Les deux jeunes filles allaient à la même école sans être dans la même classe. Elles étaient toutes deux un peu distantes l’une de l’autre et Rebecca en était un peu triste. Elle se demandait parfois si Sarah allait rester auprès d’eux ou voudrait partir au Canada à la rencontre de son père.

 

 

Ce matin-là, Rebecca s’était levée plus tard que d’habitude, elle était seule. Sarah était restée à la ville après y avoir été invitée par une amie de son âge, Jean Xavier était en stage aux Pays-Bas, Jean-Paul était parti avec des fermiers des environs pour une réunion importante, on disait que les chicorées n’allaient désormais plus être achetées par la fabrique d’insuline. On disait aussi qu’on avait trouvé un autre moyen, que l’Europe se mêlait encore une fois du bien–être local au profit de quelques ministrables « bien-placés » qui achetaient des terres dans les campagnes après avoir réquisitionné celles des villes.

 

Elle se leva tard, but une tasse de café en regardant par la baie vitrée de sa chambre le paysage familier. Le petit bois qui dessinait des vagues ressemblait à un cimetière marin, il pleuvait doucement, le vent était léger, l’automne s’avançait vers un hiver doux. Un faisan quitta l’abri d’un champ de maïs fanés. On en voyait souvent. Du gibier s’y cachait, et le dimanche matin, avant la messe à l’abbaye de la vallée, des chasseurs venaient le massacrer en l’encerclant. La petite voiture du facteur passa sur la route, c’était assez rare, la plupart du temps le courrier pour la Bombardière allait au salon de coiffure que Henri avait ouvert en association avec Dimitri. Jean-Paul n’avait pas été sollicité, pourtant, Rebecca savait bien que Henri avait beaucoup d’amitié pour lui. Dans le ciel encombré de nuages gris et noirs, une traînée commença à l’ouest et traversa un quadrant. Un avion de vacanciers ? Il ne faisait pas froid mais l’humidité ambiante laissait une sensation de malaise, de moiteur dérangeante. La jeune femme glissa un compact disque ho la macarena et autres rythmes dans le tiroir de la chaîne stéréo et passa dans la salle de bains.

 

 

Les paumes appuyées sur le rebord du lavabo, elle s’examina dans la glace. La salle de bains venait d’être refaite, il avait fallu démonter les tuyauteries et reposer du carrelage. Jean-Paul, plus grand qu’elle, avait fait placer le miroir à sa propre hauteur, de sorte qu’elle était obligée de se mettre sur la pointe des pieds pour se voir à mi-corps : Elle se trouva encore belle, désirable, elle avait toujours émis une sorte de rayonnement qui lui restait, malgré son âge. Sa peau, mate de méditerranéenne, était pareillement belle, ses épaules bien en chair, ses seins en bonne position. Elle les trouvait un peu petits, mais elle n’aurait pour rien au monde voulu les changer comme on dit que tant de femmes font actuellement. Comment peut-on vivre avec des prothèses ? Est-ce que celles qui en portent sont des handicapées ? Est-ce pour cela que l’on voit fleurir des tas d’aménagements pour « handicapés » dans les villes modernes occidentales ou seulement parce que l’on a honte d’avoir vendu des mines anti-personnel et des armes à tous ces singes qui n’ont d’autres idées que de se massacrer ? Elle observa de plus près en allumant le spot de gauche, sa bouche, son nez busqué comme celui de son père, ses yeux. Les yeux étaient immenses, presque trop grands, avec des cils trop longs, leur pupille était aussi profondément noire que ses cheveux.

Aujourd’hui, la couleur était du ton du jour du salon TPC. Le noir s’était filandré gris et les modes n’aimaient que les brunes, les noires, les blondes, les rousses et les colorées, pas les grises. Elle se demanda quand les poils de son sexe allaient griser. Le ventre était encore plat, musclé, elle avait été, elle restait ravissante, belle et impressionnante. Il venait d’elle une force intérieure, un feu, un enfer qui se sentait lorsqu’on lui parlait. Rebecca était une femme blessée de quelque meurtrissure secrète. Un beau garçon, une Sarah jolie, une ferme en bon ordre de marche au logement très confortable, un mari surmené, elle aurait dû être heureuse mais elle était à l’âge où les rêves finissent en soupirs.

Jean-Pierre et elle avaient été très amoureux. Elle n’avait pas hésité une seconde à l’épouser, à défréquenter Israël et puis il y avait eu des espaces, des soirées seules, son départ au Canada, sa lettre mortelle : J’ai rencontré Élise.... Jean-Paul avait une épaule douce confortable, les idées politiques qu’il voulait annoncer étaient humaines, séduisantes, il l’avait séduit, elle était devenue sa compagne. Désormais, elle était sur l’Hulpia à attendre le retour de Sarah pour le goûter et la rentrée de Jipé pour la soirée, une vie au rythme des saisons avec la descente une ou deux fois la semaine, en ville, au salon, les courses à l’hypermarché, la routine.

 

 

Ah oui, pensa-t-elle, entre Jipé et Jipé, il y avait eu celui-là ! Un homme était là, immobile, devant le feu ouvert, ses chaussures avaient laissé des traces de boue sur le parquet de chêne récemment revitrifié. Elle pensa que la pluie était revenue, que l’automne était doux mais que cela n’allait pas durer.

 

Il n’avait pas d’âge, il avait toujours été vieux, figé dans une vie sans passion, sans pensée, sans vie. Son regard était acier, son pardessus chasseur, son air momie. Il était tout pareil à l’autre fois.

Le type restait planté dans le décor, observant le meuble alsacien, la table gigogne, le buffet, le châssis de la porte fenêtre en menkoulang. Il était absent présent, il avait laissé la porte-fenêtre par laquelle il était entré légèrement entrouverte. Rebecca alla, frissonnante, la fermer, en serrant contre elle l’essuie de bain qui l’entourait. Elle frémit en constatant qu’elle venait par ce geste d’accepter la présence de Marius, le fait qu’il soit là, le fait qu’il existe et qu’elle ait peur.

Elle retrouva en un second regard toutes les peurs qui l’avaient habitée, en ce temps-là ! ... Quel âge avait-il maintenant ? Comment l’avait-il retrouvée ? Que voulait-il ? Qu’avait-elle encore à lui offrir ? Elle recula vers la grande bergère de cuir et s’y laissa choir, écrasant la télécommande du Sony.

 

 

 

Maureen est arrivée plus tôt, ce matin. Dimitri lui avait expressément demandé de faire quelques heures supplémentaires, il fallait, avait-il dit qu’il s’absente pour deux ou trois jours. Elle prit son café avec Nadia qu’on avait appelé en renfort pour quelques shampooings additionnels, le mercredi allait être chargé au salon TPC. Maureen traversa le petit couloir et grimpa l’escalier qui la menait à son bureau, celui de Dimitri, en fait, puisque lui-même était resté plutôt homme de chantier que d’écriture. Souvent il ne lisait même pas les documents que l’un ou l’autre laissait. Par exemple, sur son agenda, on avait déposé un post-it : La valise est rangée à sa place, le code est inchangé.     
C’était l’écriture de Henri. Maureen s’occupait de tout, la facturation et les relations avec les fournisseurs, le suivi des représentants (même qu’avec le Riri, elle casse la croûte avec son excellente boulange c’est sympathique, ils discutent, Riri elle l’aime bien mais elle a peur de l’épuiser avec ses « idées ». C’est agréable de l’avoir ici, il passe tous les vendredis) et des contremaîtres. Elle s’absorbait dans des fiches de travail et veillait sur le bon établissement de celles de paies, elle dactylographiait des rapports et des lettres compliquées pour les architectes, les avocats, les casse-pieds. Maureen n’avait peur de rien, le groupe du Sippelberg dont on lui avait parlé (qui n’est pas un cercle d’élevage pour bergers allemands), les magouilles des tapettes socialistes, les pots de vin des corrupteurs libéralisateurs de conscience et les témoins de Jéhovah, tous au trou ! Elle ne se montait pas le bourrichon quand on disait que M’sieu Henri avait fait tous les métiers, que c’est vrai qu’il avait eu un restaurant sur Saint-Charles-Borromée où Réal Tremblay avait organisé des fêtes de musique country.

 

Maureen constata que le P38 magnum qui était dans le tiroir du dessous derrière des boîtes de crampons pour solins avait disparu. Elle fit la moue, regarda dans le tiroir de droite du petit bureau qui avait supporté un télex, le vieux téléphone de voiture n’était plus là non plus. Dimitri était donc parti avec le pick-up. Ce n’était pas dans ses habitudes, une fois le boulot terminé, il aimait utiliser sa petite Alpine qu’il bichonnait, elle lui rappelait avait-il un jour déclaré, tant de bons souvenirs. Cette fois-là, la seule fois, il avait été d’une humeur assez exubérante et avait laissé ses mains partir à la rencontre des cuisses héronnières et des hanches de Maureen qui avait simplement dit : Jeanne est trop gentille. Tu m'en nerfs (faut bien prononcer "tu m'en nerfs". C'est comme ça qu’elle le dit, elle !). Elle se demanda si elle irait au théâtre, ce soir, son nouveau voisin l’avait invitée... en tout bien tout honneur, n’est-ce pas, avait-il dit. C’est un rigolo celui-là ! Bon dit-elle, c’est pas tout ça faut téléphoner à l’un ou l’autre pour voir la suite des devis. Elle regarda par la fenêtre en pensant : Bon, on est merdredi et y pleut...que ça, c'est franchement pas chouette...non c'est pas chouette. Ce disant, elle vit une voiture noire se ranger sur le parking réservé aux taxis, une voiture noire sans son périscope lumineux et sans le chauffeur qui en sort pour venir discutailler avec les autres attablés au Boudin d’à côté. Curieux ça, d’autant plus que cette voiture-là, c’est le troisième jour qu’elle se poste là et qu’elle ne prends personne en charge, un taxi qui ne course pas, ce n’est pas un honnête taxi.           
Maureen sifflota en voyant Mademoiselle Andromède traverser la place, venait-elle chez TPC, sans doute, on l’y voyait beaucoup ces derniers jours. TPC, une sorte de rendez-vous quotidien. Attention hein, TPC c’est pas Tout pour chanter ou encore texte de provocation conjonctival, hein, pas confondre verchou et chou de Bruxelles ! Le TPC conjonctif, vous pouvez tout en savoir puisque la réunion de consensus du groupe ophtalmo-allergo qui s’est tenu lors des JPA, en 2004, a permis de jeter les bases de cet examen. C’est la provocation d’une réaction allergique conjonctivale. S’il est positif, le TPC affirme l’HRC spécifique. Mais ne fournit pas obligatoirement l’explication de l’ensemble de la physiopathologie de la maladie (cf KCP). Et si vous n’avez rien compris, il faut téléphoner au type de Clermont Ferrand qui s’occupe de tout cela et à la fille de Maurice Grevisse pour qu’elle vous explique que le français moderne est plus simple que l’ancien. Là le vin et la joie éveillant les esprits, du plus habile chantre un bouc était le prix disait Boileau, qui, dit-on, causait bien mieux que les autres. Faut-il ajouter que pour la FDA, le TPC valide les molécules antiallergiques. Tandis que notre TPC, c’est de la coiffure, hein, attention, pas n’importe laquelle, avec M’sieu Henri, on bouge, on se remue, on moderne : Alors que l’été 2006 a été caractérisé par des confrontations hasardeuses d’influences très diverses, cet hiver sera placé sous le signe de fables très particulières. Les êtres qui en naîtront seront en pleine mutation ou métamorphose. Les références aux contes et légendes seront nombreuses et alimenteront notre imagination en nous racontant des histoires incroyables. Nous expérimenterons sur tous les plans. Il en résultera l’image d’une femme, d’un être singulier, d’une dryade, en plus d’objets inquiétants mais aussi lumineux et féeriques. Espèces Rares, la collection de colorations de L’Oréal Professionnel de l’hiver prochain, propose un mélange de lumière et d’obscurité, d’êtres extraterrestres et de sensualité animale. C’est clairement la publicité de cette madame très riche de la biesserie des autres madames.      
Ce n’est pas parce qu’il est dans la perruque qu’il a perdu son sens du commerce, hein, futé l’Henri ! Les femmes sont telles que les voyaient Gustav Klimt. En matière de design, les codes sont surréalistes mais désaxés. L’attention est portée avant tout sur l’esthétique et beaucoup moins sur le fonctionnel ou le commercial. L’accent est placé sur l’émotion et les sensations. Les bijoux s’inspirent du monde des fleurs et des insectes et font référence à l’existence des fées. Les voitures du futur sont ornées de mosaïques et d’arabesques pour créer des anachronismes. Le mobilier rappelle l’Art Nouveau. La Miss Péesse ressemble à la madone des Sleepings, retour à Dekobra.
Le temps est aux institutrices et aux fayots, cela n'empêchera jamais les turbulents de s'asseoir à côté du poêle et de lancer des papillotes. L'affolement est tendance et voir des terroristes relève d'une saine conception télévisuelle de l'humanité, Andromède est-elle une terroriste ? Cela me plairait bien qu’elle le soit.

 

 

 

Dimitri roulait vite, les essuie-glaces fatigués avaient peine à balayer l’eau que la bise chargée lui envoyait. Parti à trois heures, ce matin, il venait de passer le pont à Remich, il s’arrêterait un instant à Creutzwald pour boire un express et un petit blanc, comme autrefois, quand il partait tôt sur les chantiers. Il pensa à sa secrétaire en piquant une truffe chocolat dans un petit sachet déposé sur la banquette.

 

Rebecca somnolait, les deux pieds déchaussés appuyés sur la boîte à gants, la Mercedes avalait le bitume, kilomètre après kilomètre. Jipé avait décidé de prendre l’itinéraire des grands axes, la neige n’avait pas encore fait son apparition, tout était dégagé et il n’y avait pas de crainte à se faire quant aux encombrements. Passé par Aix, il cavalait partout où les Boches n’avaient pas encore limité les vitesses, il passa au large de Cologne, Bonn, Coblence, Mannheim, Karlsruhe, il allait se ravitailler à la passerelle d’Offenburg.

 

La mini Cooper toussait dans les côtes mais marchait tout de même à des vitesses folles, Hélène regardait souvent derrière elle, elle disait invariablement : Il n’y a personne, tu crois qu’ils nous suivent ? Mmmm bougonnait Mike.

 

Jeanne se demanda quel progrès on avait réalisé dans cette Europe complètement déboussolée. Il y a quelques années, elle serait montée dans l’Amsterdam Milan ou dans l’Amsterdam Rome et après une nuit dans la voiture couchette, elle aurait débarqué à Paradiso, modernité oblige, tchouk tchouk aux Guillemins, changement à Cologne, changement à Bâle, le pied ! Les transports en commun sont l’avenir de l’Europe des esclaves, bien en route avec Madame Loyal en minijupe sur la couverture de l’Express qu’elle avait emporté pour occuper un peu de ce temps interminable. C’est con, ces journaux, je constate que seule les pages photos et vie des gens étaient lues. Comme moi, il s'en fouettent de savoir ce qui se passent pour leur boulot. L'essentiel est de savoir qui baise avec qui. Le contrôleur lui signala qu’il y avait une voiture bistro et un supplément à payer. Les Chleus ne perdent jamais le Nord.

 

 

 

Les chefs et les adjoints savaient où débloquer de l’armement collectif pour leurs équipes. Les uns et les autres avaient été prévenus avant la fin de la matinée, des observateurs tentaient de circonscrire le périmètre d’action. Tout en s’habillant et en se faisant chauffer du café, ils appelèrent chacun des hommes de chaque groupe. En tout, vingt-sept équipes de six à quinze personnes disposant de leur armement personnel, des vingt-deux, des chasses, des riott-gun, parfois du très lourd.

Au total, entre quatre et huit heures du matin, plusieurs centaines d’hommes prirent leur poste de surveillance, certains chez eux, regardant simplement la route, d’autre à l’endroit habituel de leur travail, un chantier, une pâture, un échafaudage, certains quittèrent leur domicile en voiture, conduisirent leur épouse à la gare ou les enfants à l’école, avant d’aller se poster à des endroits désignés d’où ils téléphoneraient à leur patron pour s’excuser de l’absence d’aujourd’hui.

 

En Belgique, quelques uns allèrent charger un collègue ou deux puis ils se rendirent tous là où ils devaient être. La plupart arrêtèrent leur voiture le long de routes frontières avec l’Allemagne, le Luxembourg, la France. Là, d’autres partisans s’installèrent dans différents relais routiers, restoroutes, stations-service, certains allumèrent une cigarette et le temps d’attente commença. Il n’y avait personne sur le territoire suisse mais deux équipes étaient à Huningue et Hésingue, des hommes ouvrirent une bouteille thermos à la centrale électrique de Ottmarsheim. Ils se mirent à guetter le passage du pick-up de Dimitri Axis.

 

 

 

De John Doe @ ducentaure.com à Miss @ Mypécé

Le troisième International Symposium on Large TPCs for Low Energy Rare Event Detection, se tiendra à Paris, à l’ancienne Ecole Polytechnique, Carré des Sciences, 25 rue de la Montagne Sainte Geneviève les 11 et 12 décembre prochains.          

Il concerne la physique des événements rares de basse énergie (neutrinos, matière noire, axions,…) et les détecteurs (TPC à Micropattern à gaz ou à liquide de grandes dimensions). Cette année une nouvelle session sur la polarimétrie X et gamma fera le point sur les nouvelles technologies gaz+pixels et leur impact en physique des particules, astrophysique et astronomie.       

L’accès à la conférence est gratuit, mais l’inscription est obligatoire, avant le 5 décembre, pour être autorisé à entrer dans les locaux.

 

 

 

De John Doe @ ducentaure.com à Miss @ Mypécé

Vous connaissez Daerden, Michel Daerden ? Homme à tête de chou ? Politiquement, il fait partie de notre essentiel. De sa vie dans le petit écran, on retiendra surtout qu'il n'est pas toujours dans un très bon état. De son "c'est extraordinaire" à la RTBF, en passant par son "Je suis gaucher profond", …voir comment prendre contact discret pour subsides à recevoir.

 

 

 

Il faut que je fasse du neuf. Mais je ne sais pas trop encore comment. D’abord, tous les sites de Xian se réactivent vers le 5 janvier prochain et puis, qui sait, peut-être envisager une mise à jour hebdomadaire au lieu de quotidienne, mais alors, plus soignée, avec des photos sélectionnées…. Tant d’énergie pour une réalisation virtuelle. Et si on passait aux choses concrètes ? Et puis il y a une pièce sur le feu, qui mérite toute mon attention. Il ne faudrait pas que je la déçoive. Donc, nous verrons. À mercredi prochain !

(à suivre)

PS ...

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La question de la semaine :

Q : Combien d'oeufs pouvez-vous manger à jeun ?
R : Un seul car au deuxième on n'est plus à jeun

 

Réservé aux Belges autochtones ( pour les Français, dès le 14 janvier, des nouvelles directes de la campagne ... !) :

Elle perd son foulard.

 

 

Le journaliste a écrit : réaliser sa parfaite insignifiance face a l’oubli du monde, pour ensuite tenter de l’oublier elle-même et enfin croire à son importance propre. 

 

« Croyez-moi. Parfois, il n’y a pas que le raisin que l’on écrase. Les paysans doivent pouvoir être en position de se faire respecter et de négocier. C’est pourquoi je choisis le commerce équitable. »
(Guy Verhofstadt) C’est chez :

http://mouvements.be/themes/commerce_equitable.html

 

où Oxfam y va sans hésitation d’une photo de femme dénudée complaisamment intitulée « Oxfam fatale » ainsi que d’un jeu de mots passablement phallocrate et hautement subtil sur son huile d’olives « extra-vierge ». Si ça fait vendre, comme dirait Rupert Murdoch, l’idéologue de la page 3 du Sun (entre autres choses), ne nous posons pas de questions.

 

 

 

Cessons de nous poser des questions ! On risque de déranger !

 

 

NB : la période 1 d’examens scolaires 2 de réchauffement de la planète 3 de repos bisannuel 4 de fêtes prolongées vont singulièrement raccourcir les textes jusqu’au 5 janvier inclus et même parfois certains jours seront comme les pommes de terre à la poêle : sautés.



[1] Le prince Laurent aurait bénéficié à la fin des années '90 d'une aide financière de la Marine belge via des pratiques suspectées frauduleuses. Une action a récemment été introduite devant le tribunal correctionnel d'Hasselt à ce sujet. Plusieurs entreprises limbourgeoises auraient ainsi livré des marchandises et des services à la Villa Clémentine à Tervuren, où le prince habite, et à la Fondation Prince Laurent, qui dispose de dispensaires à Bruxelles et à Liège. Ces sociétés auraient fait payer par la Marine des prestations pour quelque 7 millions de francs belges, soit environ 175.000 euros, probablement via un système de fausses factures, au détriment de l'Etat, estime le parquet. Quinze suspects, dont des officiers de la marine et des chefs d'entreprise doivent à présent répondre de faux en écriture, détournement de fonds publics, association de malfaiteurs, escroquerie et corruption. Le Prince Laurent lui-même n'est pas mis en cause.

05:17 Écrit par Xian dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : oxfam, laurent, electronique |  Facebook |