20/10/2006

Carrouf, fermé le jeudi !

Henri Vésale s’étendit sur son sophrosofa, plongea la main dans le tiroir liquide de la tablette de gauche, des images dansantes s’affichèrent sur le mur du fond de l’atelier-laboratoire qui lui servait de cadre de vie.

 

Henri aime bien regarder les information planétaires, surtout, sans son et sans Dalila qui pour l’instant repasse au sous-sol quelques chemises blanche d’uniforme, il faut dire que Henri est convié demain à une réunion des anciens combattants, que chacun alors porte un costume bardé de décorations et de galons dorés. La vision sans le son, c'est comme regarder tourner le linge dans la machine d’une wasserette publique, scène connue cent fois vue dans les vieux films de ciné-club, quelle société étrange peuplait la terre autrefois, on y lavait du linge, comment n’avaient-ils pas pensé qu’il était plus simple de vivre nus ? ou encore d’enfiler ces combinaisons de lastexane qui se démoulent en passant à la douche, vous quittant avec la saleté d’un coup de karcheromo. Bon, que voit-on là, de quel conflit avons-nous les images ? Des guignolos s’agitent avec d’anciens équipements Maco-meudon-luchaire contre Wartburg-beretta, des Tchétchennes résistants, des Zestdetomat islamiques, des Mabouls cingalais, oui, à la couleur de leur écharpe, cela devait être des Cingalais. Il se passe toujours quelque chose au Srilanka depuis que les Chinois y ont implanté une base hydrogénique. Je hais la télévision pensa-t-il à la manière d’Orson. Je la hais autant que les cacahuètes. Mais je ne peux m'arrêter de manger des cacahuètes.  Henri zappe, une vieillerie du temps des Carpentier, un bécot sonore, il fait des bonds, il fait des bonds, le pierrot qui danse. Il fait des bonds, il fait des bonds, pleins d'impertinence... zap, la météo de cette nuit, zap, un film curieux avec une grande dégingandée qui râle comme Jôzette poussant son caddy : Non mé ! râle t-elle dans un langage véhiculaire zonal que l’on n’entendait – dommage, plus qu’au vaudeville, et c'est de ta faute à toua tout seul hein ça...gromèle-t-elle, gromek papinek et autres tooneries, le magasin, pourri ! pourriture, friture cassage de couilles, pourite de Carrouf de la Brunehaut and Pinkerstone chaussée fermé, f e r m é, fermé le jeudi matin.

Il ferme tous les jeudis matins, en plus. Ma louftdingue envie de super milkaway m’a fait oublié cette vacherie qu’était la fermeture de ce magasin... manifestement c'est un imbécile qui le gère, à n'en pas douter. Fermé un jeudi matin... non mé ! t'as déjà vu ça twa !? Non hein... je sé je sé. L'est vrément pourri et très con de GB... Super Grand Bordel oui !!! pffffff chaîne carrouf de misère... Fermé et mwa, j'ai envie de chocolat. Je n'en reviens pas. Fer-mé. Barak bézef ! Merfé ! Carrouf de chiotte ! Devant la porte, y'avait un type, une baraque ! C’est alors que j’ai compris, ce mec c’est le mac du régent. Pas de chocolat. Tous des pédé que ça ne veut plus rien dire de nase, les bonheurs expressifs disparaissent !

Les pantomimes ne l’intéressèrent qu’un moment et il éteignit le festival. Il se demanda ce qu’il allait faire de la jeune femelle qu’il avait ramassée. D’habitude, il recueillait des merles blessés, des ramiers aux ailes engluées, des chats défigurés, des chiens boiteux, des chevaux qu’on allait abattre, il n’avait jamais relevé une femelle humaine. Il se posa un instant la question : Aurais-je dû la conduire immédiatement au centre de tri des déchets organiques ?

 

Il n’avait pas réfléchi, il avait instinctivement choisi de conserver par devers lui sa trouvaille. Ce n’est pas tous les jours que l’on découvre sur son seuil une créature qui lui sembla d’emblée d’une si grande beauté qu’elle devait être fragile et éminemment dangereuse.

 

Elle était court vêtue comme une actrice de théâtre qui aurait tenu le rôle d’Artémis ou de la Pompadour avant sa mise sous perruque, voire d’Hélène Boucher, (elle s’appelait Hélène, cette pionnière de la fusée lunaire tant célébrée de nos jours). Comme il venait de ranger les vieilles bibles et quelques autres ouvrages de l’ancienne époque, il s’écria M’oiselle Chiffre, c’était tout à fait elle, elle valait bien ce cri-là, d’admiration de ces formes qui étaient devenues rarissimes désormais. Il se demanda comment « elles » étaient avant la victoire des candidates du Superbowl et de leur hymne fétiche : koudboul. Les images des temps passés avaient été brûlées en place de grève devant la pyramide new pompidolienne au milieu d’une populace hurlant « Marine au poteau, les seins au balcon ». Henri n’avait jamais bien compris ce passage historique qui avait tout de même occasionné la scission du monde en trois zones bien distinctes, juste avant l’explosion de la sixième bombe de Kim. Qu’elle était belle sa trouvaille.

05:16 Écrit par Xian dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : chocolat |  Facebook |