09/11/2006

Aïda

Jeudi matin

 

Je quitte ma villa en grande banlieue favorisée d’arbres et de chiens, de nains de jardins et de voisin préoccupés.

Dimitri et Jeanne, les Daudet et les Tison, Pauline et moi, nous nous sommes installés ici. Chacun a repris ses activités, ou en a trouvées d’autres. Dimitri est resté entrepreneur, je suis devenu coiffeur.

Ce matin, plus que les autres matins la place de la gare est vide, elle est déserte. La société nationale des chemins de fer pas encore libérée pour devenir européenne s’est mise en grève parce que disent les préposés, y en a marre de faire insulter, d’être agressé verbalement, de s’entendre dire tête de noeuds vous n’en foutez pas une date et vous touchez une retraite maxi après avoir travaillé de temps en temps.

 

 

— Eh bien M’sieu Henri, s’exprime, la première cliente de ce jeudi, « ils » en foutent un bordel ces syndicalistes ! A quoi servent-ils ? Qui servent-ils ?

 

Aïda Lopez, militante communiste, sosie parfait de l’actrice américaine Christina Appelgate s’installe en maugréant contre les fonctionnaires assis et plus spécialement contre ceux du chemin de fer. Posant son dos contre le dossier moelleux elle se laisse envelopper par le tablier nylon rose que pose Georges et Georgette.

Aïda aime être la première cliente du matin, elle peut rêver un peu avant de revenir au monde des brutes.

A la plage, à l’ombre de cocotiers, d’un geste souple, je relève ma longue crinière brune et voici mon Henri très volontaire pour un massage du dos. Ses mains appliquent soigneusement la crème solaire au creux des reins, elles remontent délicatement, elles viennent caresser la base cou. Je gémis doucement.

Les mains glissent vers les hanches survolent le maillot, se déposent sur l’arrière de mes cuisses qu’elles frictionnent.

— Retourne-toi, il faut te protéger devant aussi, dit-il très naturellement.

Je me retourne, tenant le bustier du maillot collé contre moi. Il commence par les jambes puis, il en vient aux bras, aux épaules, au cou, les gestes sont simples doux affectueux tendres, les pouces et les index descendent en repoussant le maillot vers ma poitrine.

Son visage est très près, plus près, les lèvres sont proches très proches contre mes lèvres, les mains sont sur mes seins nus. Ai-je dit "oui", ai-je gémis ?

Baiser de feu, sa langue s'enroule autour de la mienne, ses mains caressent mes seins tendrement, fermement. Les pointes en sont tellement érigées qu'elles me font presque mal. Il délaisse ma bouche pour venir taquiner des lèvres l'un de mes mamelons. Il le lèche, le pourlèche, le mordille légèrement, le tête, le suce doucement d'abord, plus fort ensuite.

 

— Tournez la tête s’il vous plaît dit Georgette en tenant deux mèches de la main droite.

 

Quand elle avait tenu boutique à Port Vila, Pilioko House, en face l’ambassade française, il y a longtemps qu’on avait oublié que cela avait été ici une importante base avancée américaine dans le Pacifique au cours de la seconde guerre mondiale.

 

Port Vila 17.41S 168.19E. Henri pensa en effet que ce n’avait pas été plus simple autrefois et que les rafales des Mitsubishi étaient plus contraignantes que les états d’âmes des cheminots.

Tiens, faut-il interdire l'usage des bombes à sous-munitions, demandait hier dans le train le capitaine Cheval à Mauve ? Accusées de provoquer un nombre très élevé de victimes civiles, ces armes employées dans la plupart des conflits actuels sont désormais remises en question. Leur utilisation est au centre des débats de la conférence d'examen de la convention sur certaines armes classiques présidée par la France et qui se tient à Genève jusqu'au 17 novembre.
Ça alors ! Des guerres qui tuent, bon sang, il n’y a pas de justice !  Que fait Playmobilstation pour enrayer ce fléau ? Je me demande si l’on bombarde encore Belgrade, maintenant que Milo est mort du cancer d’arrêt de respiration d’air confiné hollandais. V’zavez déjà essayer de respirer, vous, aux Pays-Bas ? Ça sent quoi ?

 

(à suivre)