01/03/2007

Interview

D’abord, elle n’est pas vraiment revenue, j’ai pensé qu’elle craignait surtout de me rencontrer, de me rencontrer seul, enfin, de me rencontrer chez moi. Chez moi qui avait l’air d’être à ses yeux un antre, une grotte un de ces lieux dont on ne sort pas indemne. C’est ce que j’avais ressenti lorsqu’elle avait demandé si quelques instants, juste pour mettre en place les questions dont on allait débattre, pouvaient lui être accordés, oh ! juste quelques minutes, juste entre deux portes... Je l’ai reçue dans le bureau de Dimitri, Maureen dactylographiait sagement assise à sa table de travail.

 

— C’est extraordinaire, dit-elle, je ne sais pas par où commencer, je ne sais même pas s’il y a un commencement, est-il possible que vous me fassiez perdre pied ?

 

Elle s’attendait à un sourire ironique, à une parole glaciale, à un refus de continuer la conversation avec l’idiote du village, il expliqua simplement que puisqu’elle avait parlé de mémoire, il chercherait donc à répondre à ses questions au travers de souvenirs, des images et des gens ...

 

— Les gens sont vivants, dit-il, ils sont vivants, ils existent, ils habitent des maisons dans les rues, les squares, les places de villes et de villages. Il n’y a pas que Paris, en êtes-vous consciente ? Que savez-vous d’Agadir, Amarillo, Bar Harbor, Césarée, Dupleix, Elskilstuna, Flawil, Greymouth, Hambourg, Ischia, Joliette, Katowice, Lagos, Mar del Plata, Napier, Orthez, Patay, Queretaro, Rocroi, Shizuoka, Thibodaux, Usedom, Vera Cruz,  Wells, Xérès, Yezd, Zoulla, ... déjà, il y a des noms qui n’évoquent rien pour vous, je le vois bien, d’autres qui ressemblent à la farce dont le traiteur bourre les dindes ...Regardez donc les gens et les endroits de cette terre avec d’autres yeux que la lectrice du catalogue Thomas Cook. Derrière les images, il y a la vie. La vie des gens.

 

Elle ne répondit pas, elle n’avait même pas décapuchonné son magnétophone.

 

11:08 Écrit par Xian dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique |  Facebook |

11/01/2007

Eurafrique

Ceci est un feuilleton quotidien ...

 

 

 

 

— Il faut respecter les croyants qui ne vous demandent rien, déclare Madame Balajo en s’installant dans le fauteuil numéro trois. Tiens, ajoute-t-elle, Georges n’est pas rentré ?

— Henri s’empresse, expliquant que les Tgv ont du retard, les autoroutes des vacances sont encombrées et Volvo va produire à Gand un nouveau 4 x 4 dont chacun sait que voilà le monstre, le dévoreur de couche d’ozone et d’euros, le pollueur. Enfin, c’est ce qu’on dit n’est ce pas, madame Balajo.
Je suis bien aise de vous voir chez nous, vous ai-je présenté mes vœux pour cet an neuf ? Prendre soin de ses cheveux est une expérience très agréable. Le monde de la coiffure a beaucoup évolué n’est ce pas Madame Balajo, vous vous souvenez quand cela se limitait à quelques bigoudis et trois heures sous le casque ! Le bon vieux temps. Et les enfants ? Tout va bien chez vous ?

— Oui, et chez vous Monsieur Henri ? Ah quel plaisir de venir, un vrai moment de détente et bien-être, je crois même que je vais venir plus souvent, tiens, on me dit que le petit salon d’à côté sert des petits gâteaux, du thé, du chocolat, c’est vrai ?

— Bien sûr, Madame Balajo, nous avons remis tout à neuf et vous pouvez allez y attendre votre fauteuil tout autant que venir nous dire bonjour sans pour cela consommer, nous souhaitons que chacun soit ici chez soi, n’est–ce pas. Voici Marinette, je vous laisse entre ses mains expertes ajoute Henri en se dirigeant vers le petit escalier qui monte au bureau comptable. .

— A tout à l’heure

— A tout à l’heure.

Quand je suis entré dans le bureau de Céline, elle ne me demanda rien des moments de Lugano, elle ne posa pas de question, ne fut pas curieuse de Moune.

— Regarde ce que je t’ai déniché dit-elle, me montrant un exemplaire de L'EURAFRIQUE POUR UNE NOUVELLE ECONOMIE EUROPEENNE
Edité par Sorlot en 1942, de René Viard.

Cela me fit plaisir, j’aimais lire comment il y a un peu plus de cinquante ans on pensait que serait l’avenir de L’Europe et de l’Afrique. Peu de gens de l’époque avaient compris l’enjeu formidable socio-économique il y avait là.

Cela ne se fit pas, sans doute à cause de de Gaulle. Par l'intégration, et le fonctionnement de la " loi du nombre " qu'elle aurait instaurée, c'était la France qui aurait été attirée dans l'orbite de l'Afrique. De Gaulle, lui, envisageait une Europe franco-allemande dominée par la France. De Gaulle, avait des idées strictes à propos de l’intégrité du territoire et de ce qu’il fallait faire ou non, il estimait qu'Israël était un peuple conquérant dont il fallait se défier. Il considérait l'ONU comme un Machin. Il était anti-intégrationniste. Curieusement d'ailleurs, la loi du nombre aurait fait basculer la France, puis l'Europe dans l'actuel " Monde arabe " (" Eurafrique du Nord", grosso modo), à longue échéance mais c’est ce qui est en train d’arriver sans que nous en soyons les bénéficiaires...

 

(à suivre)

05:39 Écrit par Xian dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : afrique, europe |  Facebook |