30/11/2006

Accident

Elle est constellation. Samedi Andromède a emménagé, le dimanche s’est passé calmement, même à Forest et dans le Yukon puis le lundi l’Onu a balbutié, éructé, le grand machin fait toujours quelques mots aux journaux parlés. Mardi, le monde ne s’est pas arrêté de tourner et la planète a continué son petit bonhomme de réchauffement.

 

J’ai déjà raconté tout ce qui s’est passé, il faut cependant que j’en parle encore tant je me sens porté par le vent heureux du bonheur. Le bonheur, c’est Andromède au cœur de mes recherches, sa présence constante, je trouve la vie merveilleuse, Andromède, son emménagement, nos premiers pas communs dans la ville, déjà des habitudes.  Tout va bien, c’est merveilleux. La vie ici dans la capitale Walbanaise n'est pas moins excitante que celle que l’on vit dans la ville de la société des nations m’a-t-elle dit et je lui ai répondu qu’elle trouverait ici tout le bonheur que notre existence peut apporter.

 

Question bonheur, il faut évidemment moduler et rester circonspect. Ainsi, il a fallu que je répète, une fois de plus, à un étudiant syndicaliste qui voulait nous inscrire à une manif contre les salauds de patrons de véwé que rien ne vaut la peine de faire des manifs. Je lui ai rappelé qu’à trois cents mètres de l’usine actuelle allemande, se trouvait en 1965 une usine française Citroën qui fabriquait des deux chevaux, qui cessa ses activités pour les mêmes raisons que celles utilisées aujourd’hui pour convaincre quelques esclaves de lutter pour le sacro-saint fric de leurs chefs, que les actionnaires actuel de Volkswagen ont approuvé l’investissement de quatre cents millions d'euros dans la construction d'une usine d'assemblage, à Pune dans l'Etat du Maharashtra en Inde. Je lui ai remis en mémoire que la marque a été créée, il y a près de quatre-vingt ans, par la volonté d'un dictateur qui voulait offrir au peuple allemand une voiture simple, robuste et bon marché. Mieux que le souci de Ford T, un voiture pour le peuple ! La Voiture du Peuple. Le peuple finit toujours par payer très cher les lubies de ses dirigeants. Beaucoup trop cher.     
Il a fallu que je lui dise aussi que le mieux n’est pas de partir en grève, de détruire une usine, de pleurer sur des modes de vie obsolètes mais peut-être d’aller foutre son poing sur la gueule de certains agents de l’Anponem. Ceux qui vous annoncent froidement que décidément, vous ne faites vraiment pas assez d’efforts pour trouver un boulot, et que si vous êtes toujours au chômage, c’est forcément de votre faute, qu’il faut être borné pour s’accrocher à des choses aussi futiles que l’expérience professionnelle ou des diplômes pour refuser stupidement l’un de ces merveilleux nouveaux petits jobs d’éleveur de truite, de planteur de salades dans les parcs publics ou d’emballeur chez Cartoons. Il y a aussi certains autres amis qu’il faudrait replacer dans leurs pantoufles, ceux des Assédic et autres caisses mutuelles qui vous annoncent que pour cause d’obscures manipulations informatiques de listes étranges et ésotériques, vous vous retrouvez subitement et sans autre forme de procès, privés de vos maigres ressources de salarié involontairement privé d’emploi.

 

Les abonnées ont déjà lu ce texte dans leur émile privatif, les autres femmes se demandent ce qu’elle a de plus, cette Andromède...

Les abonnés ont déjà lu cette belle prose déposée le mercredi matin dans leur boîte à lettres, ils se disent : Le Xian radote, il ne sait plus quoi dire...

La réalité dépasse toujours la fiction, c’est Rebecca qui est venue m’annoncer l’accident de Jean-Paul ... des nouvelles ici-même quand je serai de retour, je pars à l’instant vers l’hôpital. Prévoir mon passage vers 17 heures... ou demain si je dois rester au chevet de Daudet...

11:33 Écrit par Xian dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

28/11/2006

Appel à l’Onu

 

 

La blonde un peu pâle et son immigré qui travaille plus qu’à moitié au noir, des gosses le nez au vent, un chien, un chat, des portes d’entrées, des coffres et des calandres de voitures, des angles de maison. Le plan d’accès, des clichés pris de la route et des relevés horaires, même ceux du gentleman-farmer, des copies de déclarations de revenus, des emprunts en cours, les prélèvements automatiques et des photos plus anciennes, celles de l’été dernier aux vacances ... une pile sur un coin de bureau à Langley.

— Des amants, des maîtresses ?

— Non. Pas pour l’instant mais des déplacements récents inattendus.          
Les Axis vivent en concubinage 3 enfants Alexandre, Vénus et Ulysse. Les Daudet et les Tison sont mariés. Le ménage Daudet bat de l’aile, semble-t-il, mais nous n’avons rien de précis. Un nouveau dans le panorama, un nom gros comme une maison, pas encore ciblé.

— Qui ça ?

— Bataille Jean-Paul, dit Jipé, lieutenant-colonel, chez les paras belges, en retraite, on ne sait rien d’autre pour le moment, aurait loué une chasse sur un des terrains appartenant à Daudet.      
J’ai consigné quelques notes que je vais ajouter aux documents et photos qui sont sur votre bureau. Suite à une note de service, déjà ancienne, d’un chercheur au Smithonian, la maison a ouvert un dossier sous le titre INOX, je ne sais le pourquoi du choix de ce titre et je n’ai pas encore lu les milliers de pages qui y sont consignées, tout ce qu’il y a de remarquable c’est que la plupart des noms qu’on y retrouve sont loin d’être des inconnus.           
Le 11 juillet 1960, la force navale belge bombarde la ville de Matadi, évacuées par les ressortissants européens. Au sud du Congo, le Katanga proclame la sécession.     
Le 12 juillet 1960, l’adjudant Kokolo arrive à Luluabourg (Kananga) venant de Élisabethville (Lubumbashi) porteur d’un message de Tshombe pour Kasavubu et Lumumba.       
Le 13 juillet 1960, le Conseil de sécurité de l’Onu adopte une résolution sur le Congo, l’Onu autorise son secrétaire à prendre, les «mesures nécessaires en vue de fournir au gouvernement officiel congolais l’assistance militaire dont il a besoin». Le résultat a été la sécession katangaise.       
Le 26 août 1961, le représentant du Secrétaire général de l’Onu au Congo, O’Brien exige que Tshombe se rende à Léopoldville pour y faire amende honorable. L’opération Rumpunch, commandée par le général indien Raja est mise en place. Les Gurkhas, casques bleus indiens, réputés pour leur brutalité attaquent à l’aube de 28 août 1961. Ils neutralisent la radio et la poste. Ils capturent le personnel européen de l’aviation katangaise. Des mercenaires et des conseillers militaires parviennent à s’échapper de même que les dirigeants de la sécession sauf Jean-Baptiste Kibwe qui est arrêté. Tshombe lui-même s’enfuit par les jardins de sa résidence, vers le consulat de la Grande Bretagne. Il emporte avec lui une valise qui dira-t-on plus tard contenait un trésor.

Andropov qui fut directeur du KGB exposa que si Tshombe revenait au pouvoir ou que quelqu’un qui se serait emparé de la valise que celui-ci avait emportée du consulat d’Angleterre proclamait haut et fort ce qu’il savait, Moscou était assuré d’immenses bénéfices politiques et stratégiques au coeur même de l’Afrique. Ce serait la fin de la chasse gardée franco-belge sur les rives du Congo, la déstabilisation en chaîne des occidentaux.

Éliane Bangoura, fille du ministre des Postes de Guinée-Conakry, a accouché début août 1988 dans un hôpital bruxellois. Elle avait environ 28 ans. On dit qu’elle avait reçu de son père une valise à transmettre à un directeur de banque en poste en Belgique. Il semblerait qu’on ait exercé un chantage sur cette personne et que même son enfant lui fut enlevé le jour même de sa naissance. Trafic de nouveaux-nés, mystères africains importés, on ne sait pas, on cite, dans plusieurs procès-verbaux de police locale, Arlette, qui éleva les enfants Tshombe en 1963, comme témoin. Jean-Claude Godefroid, du cabinet du ministre de la Justice Jean Gol est également cité.

 (à suivre)

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27/11/2006

Dag Hammarksjöld

En prenant mon café du matin, j’ai observé ceux qui entraient au TPC. Avec Andromède, on fait un jeu de morphopsychologie pour nous amuser, je lui raconte des choses à propos des uns et des autres et elle doit deviner de qui je parle. On s’amuse bien et l’on fourire à propos d’un rien, d’un tic, d’une attitude.

C’est Jeanne qui est arrivée la première ce matin, pour un petit coup de peigne. Depuis vendredi après-midi, elle semble avoir perdu le sourire et je n’ai pas vu Alexandre, le grand fils de Jeanne et Dimitri. Y aurait-il dispute dans le ménage ? Avec Andromède, on en a parlé, elle dit que ce n’est pas normal, les Grecs, dit-elle en souriant, cela reste tout le temps fourrés l’un dans l’autre. Comment des immigrés grecs (en fait seul Dimitri l’est, Jeanne est Parisienne) en-est-on arrivé à parler d’un Suédois ? Il s’appelait Dag Hammarksjöld. Il était le Secrétaire général de l’Onu. On l’appelait «Monsieur H». Ce type-là a perdu la vie dans un accident d’avion. Il avait pris rendez-vous avec Moïse Tshombe le 18 septembre 1961 à Ndola en Rhodésie du Nord, l’actuelle Zambie. Son avion s’est écrasé au sol. A l’époque, grand émoi dans les chancelleries : la crise congolaise venait de «bouffer» le patron de l’Onu. Alors, les grands du monde décidèrent d’écraser la sécession katangaise dans le sang. Comme quoi la grandeur n’est pas ce que l’on croit. Et la mort pas regardée par tout un chacun de la même manière. Eh bien, c’est justement Jeanne qui m’avait parlé de mort et tout cela, la semaine passée. Elle m’avait interpellé au salon, elle philosophe assez bien, elle est d’ailleurs en pétard contre des tas de choses qui se passent dans le secteur de l’enseignement, elle dit par exemple que c’est en 1982, en pleine dictature mitterrandienne triomphante, qu’ont été mises en place les Zones d’éducation Prioritaires (ZEP). Très vite, la machine à fabriquer du délinquant hippie s’est mise en marche. On avait déjà vu cela en Belgique ai-je dit, confirmant que les athénées, lycées et collèges s’étaient, hélas oui, transformés en supermarchés de la drogue, les cours de récréation deviennent des plateaux de tournage pour films à caractère pornographique, les salles de cours sont des tribunes libres pour enseigner le collectivisme et réécrire l’histoire de France et d’Europe. Elle ne semblait se calmer que lors de leurs vacances, disait-elle, tous les ans, alternativement une fois à Oléron, une fois à Hychios. Dimitri et les enfants Alexandre, Vénus et Ulysse s’amusaient à jouer les sportifs, Jeanne faisait de l’aquarelle.

 

Un peu après Jeanne, c’est Rebecca, qui avait changé de coiffure vendredi, qui entra dans le salon. Elle alla directement à l’étage où on l’entendit rire d’un mot de Malika, une petite nouvelle qui manucurait. Si le nez un peu fort de Jeanne avait attiré l’attention de certains puristes tandis que d’autres regardaient plutôt ses cheveux blonds, blanc le goéland, ses seins, ce sont surtout les yeux de Rebecca que l’on voyait, ils lui dévoraient le visage. J’en avais été pleinement conscient quand Andromède, qui aimait faire de la photographie, avait utilisé son nouvel appareil numérique et cliqué des centaines de fois sur la place de la gare. Après, j’ai dû l’accompagner dans les campagnes des hauteurs de Meuse pour surprendre dans leur quotidien les gens qu’elle voulait portraitiser pour apprendre son nouveau logiciel Photopiletfasse. La belle Rebecca aux yeux d’orientale avait nettement plus de corps que son grand type chauve de mari. Les Daudet partaient tous les deux ans en Corse pour leurs vacances. Ils y possédaient une jolie maison.

 

Les Tison, Hélène et Mike descendaient dans le Sud ou montaient à Paris et lorsque le spleen californien lui venait, Mike s’autorisait une semaine célibataire du côté d’Acapulco.

 (à suivre)

05:42 Écrit par Xian dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : dag hammarksjold, onu |  Facebook |

26/11/2006

Décès d'un espion russe

Avec Andromède, nous avons passé le dimanche à faire de ces petites choses que l’on fait le dimanche. Comme venait d’arriver dans le quartier, je suis allé l’aider à emménager, elle n’avait pas apporté beaucoup de choses, elle était venue avec sa petite auto et son père, disait-elle, lui avait envoyé un chèque pour acheter ce qu’il fallait pour son installation nouvelle.

Lundi, elle allait s’inscrire à la fac et mardi elle commencerait chez Mypécé, une boutique Internet du bout de la rue où elle tiendrait le comptoir de six à huit tous les jours de la semaine. Il faut bien gagner un peu d’argent dit-elle, les études, c’est intéressant mais cela ne nourrit pas son homme.

Je l’ai regardée sous mes lunettes, question homme, ça le faisait pas.

 

Tandis qu’on dépoussiérait et rangeait les cartons, on discutaillait ci et là, elle revint sur l’idée de la mort et de ce que je lui avais raconté à propos de Rebecca ou de Jeanne, laquelle en avait parlé ? Et comme elle citait comme sans y penser Patrice Emery Lumumba, l’assassin notoire (« La liberté est l'idéal pour lequel, de tous temps et à travers les siècles,
des hommes ont su lutter et mourir ».) je lui dis que l’on parlait beaucoup d’assassins, d’espions et de l’Afrique au salon TPC, c’était normal, tous ceux qui y venait, même le personnel avait vécu un moment où l’autre sur le continent noir.

 

Andromède aimait beaucoup que je lui raconte les histoires que m’apprenaient ainsi mes nouveaux amis, cela nous changeait un peu des recherches et de tout le saint frusquin, et puis, on ouvrit une bouteille de vin, hier Andromède avait fêté sainte Catherine.

 

A midi, nous sommes allé dans un petit resto près de la cathédrale, on l’avait choisi au hasard, cela tombait bien, plat du jour moambe et salle grouillante d’étudiants venus qui du Sénégal, tel autre de l’Uganda, celui-là du Tanganyika. Fatalement, nous nous sommes lancés dans des histoires africaines et surtout congolaises. Triste constat : Depuis le 30 juin 1960, la République Démocratique Du Congo connaît des situations de plus en plus dramatiques. Et les Congolais qui étaient appelés à se tenir debout et à relever la tête, longtemps courbée, se sont retrouvés esclaves de leurs compatriotes qui les déchirèrent, les appauvrirent, les massacrèrent. Et sous le régime de chacun de ces seigneurs du Congo, les Congolais ne connurent pas de paix. Ce n’est pas prêt de changer affirma Andromède, les fausses démocraties ont un avantage sur les vraies, elles tiennent plus longtemps.

 

Comment en est-on arrivé à parler de Tshombe, je ne sais plus, et puis d’Arlette, une dame que j’avais rencontrée au salon TPC. Cette personne avait élevé quelques un des fils et neveux de celui qui était tout de même le descendant du premier millionnaire (en francs belges) du Congo, né le 10 novembre 1919 à Musumba : un village pas comme les autres. C’est en effet la capitale royale des Lunda, dont l’ancien empire a joué un rôle assez important dans l’histoire de l’Afrique centrale. Aujourd’hui, les territoires de cet empire sont partagés entre des administrations assez diverses : kasaïenne, katangaise, angolaise et rhodésienne on dit zambienne maintenant, d’ailleurs katangaise est peut-être devenu inusité aussi. Ce Tshombe-là fonda en 1957 l’association tribale lunda qui, en 1959, devient le parti politique de la  confédération des associations du Katanga, Conakat, qui groupait presque toutes les tribus minoritaires de la province face à l’ethnie majoritaire des Baluba.

 

Personne dans le restaurant fréquenté par de jeunes universitaires n’en savait beaucoup plus à son propos sinon que des rumeurs avaient fait l’objet de massacres là-bas et même disait-on, en Europe. Un neveu de Tshombe aurait été dans le secret de projets particuliers concernant la capitale mondiale du cuivre dont l’exploitation aujourd’hui est dérisoire alors que les cours des matières premières atteignent des sommets... des fortunes. On dit aussi qu’un neveu, un autre ou le même, on ne sait pas aurait hérité d’une valise, contenant un trésor inestimable, qui se serait perdue lors d’un hold-up commis il y a bien longtemps à Genève, d’autre disaient encore qu’un seul homme connaissait tous les secrets des millions katangais : le vicomte Olivier-Robert de Ferronstrée, consul d’Islande à Genève et délégué du Conseil d’administration de l’Afrikeurop Bank Limited où l’on retrouve le vicomte Embusse, le vicomte d’Avignon et Hubert de Bonacieux.
Mais de Ferronstrée, brasseur d’affaires, banquier sans visage, homme pittoresque, juriste distingué et savant professeur à ses heures, est mort tragiquement, le 18 juillet 1963, dans un accident d’auto près de Fribourg. En remontant le fil de certaines sagas africaines et d’aventures pour le moins peu banales de certains agents secrets – voire de simples péquenots passés là par hasard, on retrouve des tickets de consignes, des clés de coffres, des contrats, des documents et beaucoup de disparus. La disparition brutale est en général le sort réservé aux curieux, surtout s’ils ont été des méchants et l’époque n’était pas à s’apitoyer sur un ex-agent du KGB que l’on aurait empoisonné, lui qui a empoisonné des centaines de personnes dans sa vie.

 

(à suivre)

05:29 Écrit par Xian dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : katanga, cuivre |  Facebook |

25/11/2006

Un dimanche à Forest

Huit heures du matin, heure de la côte est, Dallas, Texas. 2006

 

Le temps ne passe pas, les événements sont identiques, pour la troisième fois la scène se rejoue, comme si elle avait été écrite à l’avance et que les acteurs ne sachent plus très bien à quel moment il fallait intervenir.

 

Quand le professeur Girasole termina son exposé sur les mémoires, je me suis demandé ce qui me poussait à m’intéresser plus encore à ces choses-là que je sentais bien attachées à ma démarche scientifique de démontrer que la consignation des informations telle que nous savons son fonctionnement actuel en biologie (adn etc...) existaient ailleurs, sur des supports moins fragiles que le corps humain. Peut-être était-ce parce qu’au salon TPC où je venais prendre le café du matin, je rencontrais des gens qui avaient comme dit « fait l’Afrique » et que petit à petit je m’intéressais à leurs récits, apprenant mille et une choses qui me semblaient impossibles ou inexistantes ou improbables, ces gens semblaient avoir vécu d’autres vies, dans d’autres mondes, il y avait donc d’autres mondes ?

 

Sans doute, sans doute car comment supposer que puissent revenir tant de fois les même choses, à Forest, banlieue bruxelloise célèbre pour sa fameuse brasserie Wielemans, l’usine Citroën où les fabriquait des deuches ferma ses portes et désertifia le quartier. On supposa que l’on allait avoir droit à une reconversion duranesque avec espaces verts et commerce équitable, il n’en fut rien, on fit venir des Allemands, qui étaient déjà des habitués, et qui affirmèrent haut et fort qu’ils avaient la voiture du peuple, évidemment, il fallait la construire soi-même, tout à coup, le jeu recommence, l’usine ferme ses portes, toute personne un peu instruite connaît bien l’histoire des produits commerçables, l’école est obligatoire jusqu’à dix-huit ans maintenant.

Et à propos de commerce équitable, voilà qu’une fois de plus les apprentis sorciers s’emmêlent les pinceaux, il paraît que l’on consomme trop d’héroïne et autres chanvres produits par les malheureux agriculteurs d’Afghanistan ou de Colombie. Faut savoir ce qu’on veut ! D’abord on les finule, on les protège comme s’ils étaient la dernière ressource de l’humanité, ensuite on les empêche d’agriculter efficacement. C’est quoi ce jeu ? Et si on n’en veut plus, simplos de demander à Georges quelques défoliants de Monsanto qu’on n’a pas utilisés chez le Viets, non ?

 

On ne sait pas ce qu’on veut, moi, je veux Andromède, nous allons passer un bon dimanche.

 

 

 

(à suivre)

05:47 Écrit par Xian dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : volkswagen, canabis |  Facebook |

24/11/2006

Bis repetita placet

Tandis que la manucure s’affaire sur la main gauche de Jeanne, j’écoute celle-ci parler avec Georgette de choses bien sérieuses pour un vendredi matin.

Au début, il avait été question du temps, ensuite des tendances dont j’appris que la coupe était plutôt courte pour cet hiver, et les couleurs contrastées entre le chaud et le froid. Jeanne sembla dire qu’elle avait utilisé une teinture et qu’elle en perdait des cheveux, Georgette lui répondit vertement que si c’était le cas, il fallait changer de fournisseur de teinture, en tous cas, chez nous, nos produits sont totalement bio. Le bio entraîna le dialogue vers la politique puis vers la capacité de sacrifice de certains, le jusqu’au boutisme même. Jeanne vira philosophe en disant que cette capacité de savoir décider de sa mort avait été longtemps considérée comme la seule marque distinctive entre l’espèce humaine et les animaux dits sauvage. Ce n’est que plus tard que la mort a été haïe en Occident tant lors de guerre que lors de décisions d’état mais cela n’est qu’une illusion soupira Jeanne.

— N’est-ce pas, Monsieur Filérambo, dit-elle en m’apostrophant.

Je déposai l’expresso que je sirotais et j’opinai.

 

— C’est bien vrai, dis-je, la guerre ne dégoûte que l’Occident des retraités des usines socialistes, partout ailleurs, là où le football, le lotto et les voyages locostes, les flippers et les gameboys n’ont pas envahi les demeures, le vide existentiel, est relayé par le fanatisme délirant. Partout où on ne gagne pas bien sa vie selon la norme esclavagiste moderne, on accepte facilement de la perdre. Partout où les conditions de vie ne ressemblent pas à l’Amérique du rêve, les hommes trouvent des raisons d’accepter la mort. Nous-mêmes, nous disons non à la peine de mort et nous versons un pleur sur l’Irak ou le Darfour, mais que deviendrait notre compassion, si notre propre survie était menacée ? Pour épargner quelques-unes de nos précieuses existences, nous sommes prêts à écraser sous un déluge de feu, projeté par de solides armes de notre fabrication, des centaines de milliers d’adversaires. Le bourgeois verse rapidement barbare.

— Ah que c’est bien dit, répondit Jeanne, tiens, quelle coupe me conseillez-vous pour atténuer ce gros nez qui me complexe.

 

En vrai professionnel, Henri qui entrait à ce moment intervint :

— Ma chère Jeanne, il faut avant tout éviter d'avoir une raie au milieu et il faut également tirer tes cheveux vers l'arrière et surtout penser que ton visage est un délice pour le regard et qu’il n’y a que toi qui trouve ton appendice cyranesque, tu es divine ma chérie.

 

 

 

Huit heures du matin, heure de la côte est, Dallas, Texas. 1996

 

Le directeur de la Company entra dans le bureau des Opérations. On avait été le chercher en hélicoptère à Camp David, où il avait passait deux jours avec le président, et il était encore en chemisette et en pantalon de toile. Bodybuild et Bélinda n’avaient jamais vu leur patron sorti de son enveloppe trois-pièces, et ils échangèrent un regard moqueur.

— Cessez de vous prendre pour des vedettes, où en est-on ?

— Nous sommes vendredi, rappela Bodybuild. Les troupes ruandaises quittent la région concernée demain dans l’après-midi.

 

 

 

 

(à suivre)

05:29 Écrit par Xian dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

23/11/2006

Hélène sentit la main de l’individu sur son épaule

Ce midi, si vous avez faim, n’hésitez pas à poser votre derrière sur une chaise du, Restaurant "les petits plats Canailles du Beurre Blanc". Willy et Bernadette vous y accueillent avec le sourire, c’est rue du pont, à Liège, (à 2 pas de la place du Marché). Après le repas, promenade en bord de Meuse et lecture délassante par exemple une bd érotique. (Tout sur la bd en cliquant sur les petits carrés rouges, colonne de gauche chez Petite détente), j’y ai invité Andromède, elle y a trouvé tout très délicieux.

Je suis heureux qu’elle soit venue, j’ai besoin de quelqu’un qui me comprend, parfois je me demande si toutes ces recherches que je fais ne me bloquent pas un peu, j'ai de temps à autre l'impression... comme si la réalité de notre monde partait en lambeau, c'est un peu dingue, le plus étrange c'est qu'à notre époque, de nombreux points de la réalité soient ainsi mis en cause, pour ainsi dire, en même temps. Comme si c’était la réalité elle-même qui s'effilochait, ou alors, comme si c'était moi qui disjonctais. Andromède me tranquillise. Elle m’a complètement rassuré de l’effroi que j’ai eu en découvrant que le badge que j’avais conservé de notre colloque à Vienne contenait une puce RFID. Bien sûr, ce n’était destiné qu’à nous retrouver si nous nous étions par mégarde égarés au centre ville. Andromède est très rationnelle, elle me ramène pieds sur terre, me montre un environnement agréable, des copains de faculté et un petit monde social qui devient mon quotidien, Maureen, Georgette, Georges, Dimitri, Henri, le banquier Embusse qui avait salué Hélène, une jolie femme qui, me disait-on écrivait des polars.          

 

 

 

Elle dit s'appeler "Hélène". Elle le chante. Je m’appelle Hélène, il y en a bien qui chantent « Je m’appelle Henri » ...répond-elle, vivace. Le monde tourne. Ritournelle en tête.

 

Sous l'abribus de la passerelle piétonne qui fait transiter le monde d'une rue normale vers le chancre urbain dénommé galerie marchande, elle observe les gens qui marchent vers la gare. Tournez manège au son des flonflons, chevaux de bois à la mine figée qui montent et qui descendent du matin au soir, sans entrain jusqu'à ce que s'éteignent les lumières de la fête. Le monde tourne. La voici, qui comme Hollynx, se demande la place qu’elle occupe parmi ces êtres qui courent, qui courent et qui n'avancent pas, courir pour attraper le monde, toujours plus vite, jamais plus loin, sans fin, courir.         
Sur la banquette glacée derrière la vitre Decaux, un quidam feuillette un exemplaire de la « Rafale » du 24.12.2003, il s’y lit avec étonnement que après l'arrestation de Saddam Hussein et alors que la croissance américaine, avec un rythme de +8,3 % au troisième trimestre, n'a jamais été aussi forte depuis dix-neuf ans, la cote de popularité du Président George W. Bush atteint 59 %, son plus haut niveau depuis son élection.         
Le temps ne passe pas, disait hier Henri, c’est nous qui passons sans le voir. Nous, les girouettes à tout vent.   
Jupe longue et noire en laine de moutons synthétiques corsage brun foncé, lacets entrelacés délacés, on pourrait croire qu’elle fait la manche, non, elle s’est postée là, simplement pour trouver d’autres visages, d’autres idées pour les livres qu’elle écrit. Elle aurait pu se mettre ailleurs, mais c’est là qu’il fallait attendre avait dit son correspondant au téléphone, ce matin, alors que Mike dormait encore.

 

Hélène sentit la main de l’individu sur son épaule : "Il est temps de monter en voiture" dit-il alors qu’une lourde Mercedes s’immobilisait silencieusement devant le terre-plein.

La chatte endormie sur le rebord de la fenêtre chez Marinette Bonjean entrouvrit un œil, se satisfit de cette voiture qui démarrait, tandis que Sioran, sur le trottoir, se hâtait vers la piscine municipale.

 

(à suivre)

06:00 Écrit par Xian dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : sioran, hollynx, liege |  Facebook |