30/12/2004

Il était clair que tout le monde savait où était Henri.

 

Abbey road 1687 h 3ème sous-sol

 

Comme tout Anglais qui se respecte, Blake est tenace, persévérant, combatif, ne relâchant son effort que lorsque l'affaire qui l'occupe est totalement résolue. Contrairement à Mortimer, toujours prêt à se lancer, tête baissée, dans l'aventure, Blake est circonspect, réfléchi et prudent. S'il lui arrive de se trouver dos au mur, c'est avec une inflexible détermination qu'il affronte la situation, et sa bravoure, pour être moins spectaculaire, n'a rien à envier à celle de son compagnon. Les seuls moments où l'on a vu cet homme si calme manquer de trahir une certaine émotion furent ceux où l'incorrigible professeur Mortimer, poussé par son impulsivité habituelle, s'était mis, une fois de plus, dans quelque fâcheuse situation... Ses sports favoris : le polo, le golf, le yachting.

 

C'est James, du MI 5 qui aurait dû s'occuper tant de l’affaire du MGL que de celle qui amena Isséi en France et le fit connaître au monde, en collaboration avec T'amura, qu'il connaît très bien, mais une blonde urgente passant par la Jamaïque l'ayant retenu, le chef des services spéciaux japonais avait rencontré Sylvette Cabrissieu à la fin du stage de Nihon Jitsu que donnait le maître Mochizuki. Charles Vigor l’avait présentée à ce Japonais plus nerveux qu'un farfadet, les deux hommes lui avaient fait une cour assidue.

Charles Blake est plus discret, durant l’affaire du Japonais cannibale, il était en vacances à Mururoa, dans les bras des jumelles de l'ambassadeur de Norvège. Au retour d’Extrême-Orient, il avait entouré les épaules de Sylvette d’un bras protecteur et lui avait caressé un peu les cuisses dans le DC10 du retour vers Paris, il avait été surpris de savoir qu’elle avait fait de la télévision et qu’elle connaissait Mortimer, et les bons restaurants de la capitale japonaise.

Les anciens de Hong Kong et les nouveaux de Tokyo aiment se fréquenter.

Dans les années 50-60, la grande peur c'était le «péril jaune», sept cents millions de Chinois, et moi et moi et moi. Dans les années 80, «l'étreinte du samouraï» : le Japon croquait des gratte-ciel à New York, des studios à Hollywood, inondait le marché automobile, innovait... Aujourd'hui, c'est le tigre en col mao !

La Chine s'est réveillée et elle envahit les rayons des grands magasins de jouets, vêtements, télés, réfrigérateurs, vaisselle, appareils photo, lampes... Elle rachète même des entreprises, devient créancière de l'État fédéral américain et menace de se muer en superpuissance. Au rythme de croissance actuel, elle sera la première économie du monde dans dix ans.

Le colonel Gerhardt Eisener, du Staatssicherheitsdienst, sortit de l'ombre et se mit en marche en direction du quartier général de la Normannenstrasse. Il lui restait très peu de temps, il ne l'ignorait pas, mais il savait parfaitement ce qu'il convenait de faire.

 

Il était clair, qu’à part Henri, tout le monde savait où était Henri.

 

 


03:53 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

29/12/2004

Ils la rapatrieront avec Henri.

 

Dallas, Mainstreet 8458 dix-septième étage.

 

— Déroutes tous côtés, Zimbabwe, Angola, Éthiopie. Les Afrikaners sont notre dernier bastion.

— C’est ça ou le communisme, résuma Blinda d’un ton angélique.

— Exactement.

— J’entends ça depuis que je suis dans la maison.

— Vous savez que c’était vrai, maintenant c’est devenu islamisme ou terrorisme, du pareil au même, vrai.

— Moi, oui. Je n’aime pas plus les Rouges que vous. Mais tout de même, ça m’ennuie. (Elle surprit le sourire ravi de son chef.) Je sais ce que vous êtes en train de penser, Simon. Vous pensez qu’il reste un coin rose dans le bloc de noirceur que vous avez en face de vous. Ce n’est pas celui que vous croyez. (Le jeune homme devint pivoine et fixa le bout de ses doigts.) Simplement, je n’arrive pas à avaler votre putain de Pacte MGL, Simon. Livrer des bombes atomiques à ces cinglés !

— On aide bien les Khmers rouges contre les Cambodgiens soutenus par la Chine rouge, rappela Bodybuild avec cynisme. Pretoria autrefois avait vraiment mis le paquet. Ils allaient même jusqu’à menacer de nous foutre dehors et rejoindre les pays non alignés. Ils l’auraient fait. La Maison-Blanche a cédé. Maintenant on a mis des noirs en façade.

— Tout ça ne nous dit pas si Tshombe était ou non au courant. Je suppose que le Pacte a été signé au fond d’une cave avec des stylos au jus de citron sur du papier bible, non ?

— Il a été signé dans une paillote qui servait de rendez-vous de chasse à des députés belges, en plein cœur du Parc Albert. Les Sud-Africains avaient insisté pour officialiser les choses, et les Français nous ont assurés alors que tout se passerait bien, la légion restait aux frontières. Tshombe n’oserait pas s’approcher sans la permission de Paris. On a trouvé que c’était une bonne idée.

— C’était une formidable idée, ricana la jeune femme. Et qui était de signature ?

— Moi. A l’époque, j’étais chef du “desk” africain.

Le matériel a été chargé à Haïfa sur un cargo français, et nous l’avons convoyé dans un “Hercules” de Marseille au Cap.

— Et qu’en pense le bureau à Langley, Simon?

— Que nous devrions en parler au Mossad.

— Mais pas à Paris.

— Évidemment non. Dieu sait ce que les Français pourraient en faire ! Marotte ramasse toute cette merde, là-bas, en Suisse. Nous n’interviendrons que si nous ne pouvons faire autrement.

— Et la môme ?

— Ils la rapatrieront avec Henri.

 


03:58 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

28/12/2004

Chanoyu

A la Piscine, le grand Roumain tirait sa brasse quotidienne. Quand il entra au vestiaire, il trouva sur on banc un petit mot dactylographié, simple, anonyme.

 

Chanoyu prévue 22.15E /15.12N //05.01.05 unité 2ePE

 

Dans son bureau à Langley, la grosse Betty informa son directeur que les Français entreraient en opération le cinq janvier.


05:13 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

27/12/2004

Un parasite me répond.

 

Mais oui, si je me souviens bien, je roulais en quatre quatre lorsqu’une mine ou un engin de ce genre a explosé sous nos roues. Elle était assise à côté de moi. Qu’est-elle devenue ? Je n’ai pas de souvenirs précis de la manière dont on m’a ramassé, amené ici, soigné probablement puisque j’ai l’air en bonne santé, faut dire qu’il faut autre chose qu’une petite mine pour me mettre à plat !

 

Je longe des couloirs, des corridors, j’ouvre des portes. J’ai constaté que la carte magnétique que j’avais empruntée servait de passepartout. On dirait des chambres, des cachots, des caves. J’attends le moment terrible où le grandiose destin de mon existence minuscule va être confronté à l’émotion maximale, Saddam Hussein enchaîné, Antinéa nue.

 

Le mieux encore serait un troquet, un pastis, à défaut une blanche de Hoegaerde. Aussi vains, bornés et frivoles que vous puissiez être... il est des leçons de l'Histoire que l'on retient... Le Romanov a payé durement pour ses derniers ukases, des restrictions contre la vodka. Ce sont ses propres édits qui l'ont fait dégringoler du trône, et finalement étriper dans une cave de Sibérie... bien mieux que tous les bavardages d’Oulianov-Lenine. C’est pour cela que je ne crois pas à l’adhésion de la Turquie, on ne pourra jamais convertir les Polonais, les Bretons et autres Belges à l’eau chaude.

 

Holà ! derrière cette porte-ci une installation hiphi aïetèque dernier cri his master voice des années soixante. En latine, au collège, au foyer des grands devant le tourne-disque Teppaz, j'en rêvais. Un véritable Mobiletta à bandes. Un gros magnéto avec dolby™ et tout le tralala. Avec deux micros dons un avec écho sondeur, on aurait enregistré nos concerts rock avec André, on serait devenu célèbres, il aurait épousé une Japonaise que j’aurais baisée et des photographes auraient montré sa chatte poilue au grand dam de l’empereur Hiro Hito. Fallait les voir, mes solos de batteries et les coups de majeur d’André. Il leur manquait toujours un temps. Un Mobiletta radio Shack, c'était le rêve absolu. On pouvait y enregistrer huit heures de musique en continu, se fabriquer un studio à la maison, passer des nuits dans sa cave comme les chevelus à Abbey Road.  Celui-ci était couplé à un émetteur ondes courtes super hétérodyne avec masturbateur à galène, le pied !

 

— Allo la Terre, ici la Lune ! J’émets sur 110 point com, un parasite me répond. L’armée française doit être à l’écoute.

 

 


04:55 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

26/12/2004

Je pense à Ariane, je pense à Céline.

 

Je n’ai pas trop le temps de me poser des questions, on vient m’en poser.

Un type en treillis militaire accompagné d’un docteur Maboul en blouse blanche et seringue de penthotal.

— Vous travaillez pour Boûche (il a prononcé Bououoûche mais j’ai compris qu’il parlait de la Cia) dit celui qui porte un survêtement de joggeur para commando.

La famille Bush est au cœur d'inavouables secrets qui mêlent le pétrole, les armements, la guerre.

J’ai récité ma leçon, cela a fonctionné on m’a écouté :

 

- Voilà, dis-je :

Chez les Bush il faut commencer par l'arrière-grand-père de l'actuel Président, Samuel. Propriétaire d'aciéries au début du XXe siècle, il devint directeur de la Federal Reserve Bank de Cleveland, puis conseiller du Président républicain Herbert Hoover. Son fils Prescott, avant de jouer au golf avec Eisenhower et de devenir sénateur républicain du Connecticut (de 1952 à 1962), mène une fort belle carrière de banquier à Wall Street. Magnifique même : il sera vice-président de la plus grosse banque d'affaires américaine de l'époque, Harriman and Co.

Prescott Bush monte un partenariat avec le sidérurgiste allemand Thyssen, qui fabrique des escaliers roulants mais aussi des aciers spéciaux avec lesquels ont fabriqua des panzers. L'arrivée de Hitler au pouvoir n'y change rien : l'ami Prescott devient le directeur de l'Union Banking Corporation, où des cadres nazis siègent au conseil d'administration. Il faut attendre le 20 octobre 1942, après l'entrée en guerre des États-Unis, pour que l'administration Roosevelt fasse saisir les biens de la banque pour « commerce avec l'ennemi ». Prescott a peut-être fait mieux encore en siégeant au conseil d'administration de la Silesian-American Corporation, saisie, elle, le 8 novembre 1942 et qui faisait travailler dans ses mines de charbon et de zinc, en Pologne et en Allemagne, des prisonniers des camps de concentration.

 

Passons au père, George, à vingt ans - en 1944 - échappera de bien peu à la mort, son avion ayant été abattu par les Japonais au-dessus du Pacifique. George est un bon garçon, qui ayant survécu, fera fortune dans le pétrole, aidé par papa. En 1953, il crée la Zapata Petroleum ! Ces gens ont de l'humour.

— Espèce de sale con, on ne te demande pas un cours d’histoire hurle le docteur. Et voilà qu’il veut me flanquer une calotte comme un père ferait à son fils.

 

Je suis un mécréant, c’est bien connu, le bras parti en boulet de canon vient percuter la muraille de mon avant bras, ude uke bien connu des lecteurs de Habersetzer, saisie viens donc projection de hanche, flexion de jambe atémi explosif au plexus solaire rattraper l’autre héros, le gus qui pédale en arrière dans la choucroute, il me bouscule tout de même, me blaqueboule, happé blaqueboulé, rejeté d'un mur à l'autre comme une boule, la boule roule tourne sutemi latéral, un magnifique dixième qui vaut ippon, tête du gaillard dans le mur.

 

Ils s’imaginaient quoi ces négus de foire, j’ai fréquenté quelques condamnés à vingt ans de prison travaux ménagers forcés dans un établissement de la catégorie C à Molenmagraib. Des fous de dieu qui durent s’abaisser à des travaux abominables comme ramasser les mégots et les seringues.Tout ce qui crée la haine. J’ai appris des trucs psychologiques sur la détention et les gardiens. Un maton c’est comme un matou, un coup de tatane dans les couilles et le voilà gentil peinard, bouge plus d’son coussin.

 

Je dévalise les deux assommés, un yatagan belle taille, un Walther PPK 9mm, un laisser passer pour je ne sais où et une carte à piste magnétique avec une étoile dorée sur la face recto. La seringue. Je piquouse les deux mecs.

 

Je pousse la porte, couloir, petites portes, bout du couloir porte autre couloir, je suis chez le minotaure.

 

Je pense à Ariane, je pense à Céline.

 


04:26 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

25/12/2004

Interdit de communiquer

 

Henri sortit d’un rêve lourd, regarda autour de lui, il était dans une sorte de cellule monacale, la vitre donnant sur un extérieur incertain était translucide. Un châlit, un tabouret de bois blanc, une table à l’identique.

Et un panneau, en arabe (NDLR : nous avons repris la traduction française, bien qu’Henri l’ait parfaitement compris en VO) :

 

Les communications téléphoniques, de même que les visites sont interdites.

 


07:19 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

24/12/2004

Je vois la mère Noelle

 

Chaud soif chaud soif chaud soif soif soif soif

 

Je bouge, je vois le père Noël, je vois la mère Noelle, je suis fasciné. Je vois de la neige. Suis-je devenu voyant, j’ai mal, le genou, la jambe, la cuisse. Pourquoi ai-je mal ?

 

Pourquoi m’a-t-on fait mal ? Je n’ai rien fait de mal ? Ai-je fait quelque chose de bien ? J’ai cru qu'il était possible de ne vivre que d'amour...Josiane ? Non, Cindy, jolie Cindy, je me noie dans mes souvenirs, la neige a beau tomber, elle ne pourra pas me recouvrir, on ne m’oubliera pas, ne pas bouger, je lui avait dit de ne pas bouger, où est-elle ? Marie-Paule ?  On m’a frappé, c’est par erreur que je suis engeôlé, enjôlé, mal, soif, me tourner sur le dos, il faut que j’y arrive, le réservoir ?

 

Elle est partie, désastre ou volupté ? me tourner, bouger, le jour où Ginette était partie, je n’ai  rien compris. Je ne pouvais pas m'attendre à un jour sans lendemain. Elle était ma tendre, je ne voulais rien d'autre comprendre.

 

Soif, boire, il y a de l’eau dans le radiateur, je dois arriver au radiateur, ne penser qu'à mon étoile. Oublier toutes les Rosalie et les autres histoires. Voilà ma vie de guignol, le ministre est dans son bureau, sa poule se douche (robinets Grohe grand luxe, mitigeur n°33)...

 

L'air aurait dû être plus doux, plus moelleux, trop chaud, trop chaud, ça brûle ou alors, il neige, il me semble qu’il neige, j’ai les yeux grands ouverts emplis de neige, je frissonne contrarié. Chaud froid fièvre soif.

 

Je roule bon train, le fech fech est à gauche, je sais où je vais, Céline regarde le compas et la carte, je revois des souvenirs rose-bonbon, une jeune fille, l'odeur des bougainvillées, un petit bois primesautier, un panier de pique-nique.

 

J’ai souvent roulé comme ça, les dunes le sable le soleil le jour est gris le soleil est noir chaud soif soif boire boire elle est là elle est là qui court vers moi, cheveux au vent, indifférente à l'oeil goguenard des passants qui n'en pensent pas moins sur les mauvais sujets qui se bécottent sur les bancs publics, bancs publics, elle se serre enfin contre moi.

 

 

يلتقط [وهور] من أمك حتّى أنت ساذجة فرنسيّة

 

Henri comprit très bien ce que cela signifiait, pas de doute, le mieux pour ne pas recevoir une balle perdue était de se lever doucement sans faire de geste inutile.

 

 


04:31 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |