30/11/2004

Céline débarquée faisait des pirouettes

Tandis que Céline débarquée faisait des pirouettes sur la plage, Henri guidait le bateau vers une petite crique albanaise.

 

Henri rencontre un acheteur venu spécialement de Scutari. Lorsqu’il compte les dollars – personne n’en veut, tout le monde les compte, il lit dans ses yeux « Il est temps, je crois, Aryens, de faire votre prière, de bien avouer que vous êtes tous condamnés, victimes heureuses, consentantes, parfaitement exaucées, bien pourvues transies et reconnaissantes ».

 

Henri sait qu’il ne doit pas lui tourner le dos.

 

Henri hausse les épaules : demain est un autre jour.


00:25 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

29/11/2004

J'instruis Céline

J’étais mal dans mon assiette. J’ai expliqué à Céline, le Paul, boucher mais aussi ministre et très introduit défense nationale, un maffiosi honnête et puis Roger fort intéressé par les petites mitraillettes et les viseurs électroniques aimant beaucoup que sa petite Vanessa se laisse courtiser par l’homme à la pipe. Plus tard ce fut presque la même chose, Aldo s’occupant de gouleyades sirupeuses plutôt que de bombinettes mais toujours au même prix et pour la même clientèle. Quel meilleur client peut-on avoir qu’un état en bonne et due forme ?

 

Aldo Martini, ancien délégué représentant le comte Rossi fut industriel puis avionneur, il eut le temps de se poser en candidat princier et de mettre un bâtard de cour en gestation.

 

Il fut l’amant comblé de Paola et de Vanessa. A cause de se retrouver avec l’oncle Teddy Martini, joyeux mafioso sur le dos, on n’oserait écrire que réellement, il a fait un enfant s’appelant impérialement Alexandre, celui-ci se retrouve donc dans la lignée des grands bâtards royaux.

 

Tous ces anciens quasi impotents sont entourés de jeunes loups aux dents cannibales mangeurs de blancs diplômés pour qui la vie n’existe pas.

Ils ont fait sup point com et anciens cons sont devenus nouveaux ingénieurs, ignorant cependant que le jour se lève sur tout un monde matinal, qui peut être beau. Leur monde est leur office, leur word office, suite office, clavier écran imprimante. Leurs têtes ne contiennent ni le doute ni l'angoisse.

 

Ils matent des culs parfois mais surtout des courbes froides et des statistiques. Ils sont pâles, exigus, si monotones qu'on les voudrait moroses et bouffés aux mites mais c'est peine perdue car ils comptent, ils comptent, ils comptent sans cesse et sans remords les profits qu’engrange chaque seconde qui passe pour la Sicilian Company exportée aux caïmans.

 

J'instruis Céline, j’en ai eu froid dans le dos. La fréquentation des chacals est plus reposante.

 

 

Un sourire, un baiser et déjà son membre se dresse. Je me tourne.

Ses mains courent le long de mon dos jusqu'à rencontrer les rondeurs de mes fesses, il me caresse, s’attarde. Un doigt descend la pente lentement le long de la raie à la rencontre de moiteurs.

 

Il presse son ventre contre mes jumelles, le doigt se fait coquin sur un terrain plus glissant qu'il caresse gentiment. Mes hanches commencent un doux manège auquel je le sens attentif.

Il écarte mes lèvres de deux doigts connaisseurs, il plonge en moi, il meurt en moi.

 

Le boutre fait route vers le détroit de Messine, une silhouette, le Yorktown ? On n’ose plus se prononcer, les spécialistes sont aux aguets. Au large Gerace, Crotone, Cap Santa Maria di Leuca, Henri tire sur une cayorne pour rehisser un peu, route au quarante, barre fixe, deux œufs, des tomates, une pomme, c’est frugal mais la cambuse se vide.

 

Vire au guideau et yoho une bouteille de rhum.

 

Durrazzo demain matin.


03:26 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

28/11/2004

Ce n’est pas la Mer Rouge

Ce n’est pas la Mer Rouge mais les contrebandiers sont aussi dangereux sur ces flots-ci que là-bas. Parfois, on voit au loin les trois mâts du Rescator, un Hollandais volant, le Nimitz faisant route vers Navarone.

La barcasse des douaniers est passée lentement à tribord, ils peuvent revenir, même les corneaux des poulaines sont extra-nets !

 

 

« En ce qui concerne les États-Unis, il est indispensable que nous laissions couver notre vengeance pendant un certain temps... » déclara le lieutenant-colonel Ming zen tchou – en chinois, c’est normal, en réponse au discours du prince Albert.

Les quatre Italiens et le Chinois s’esclaffèrent, Henri garda son sérieux, revenons à nos moutons dit-il, c’est à dire le transbordement de ces dix-sept fusées à tête chercheuse de paquebot L’Escurial au cargo Karaboudjan .

La conversation dura encore quelque temps, des ordres bancaires furent téléphonés, le sourire s’arbora sur toutes les lèvres et Henri annonça son intention de quitter la villa de Massimo Corleone le matin après le petit déjeuner. Il y avait passé deux jours. Les affaires reprenaient, les Américains s’embourbaient en Iraq et les Européens fabriquaient des mitraillettes et des mitrailleuses, les usines tournaient bien, les syndicats étaient contents, les gouvernants aussi en encaissant les royalties.

 

 

Ce matin, lorsque j'ai ouvert les yeux, j'étais heureuse de la journée qui s'annonçait, une trève dans notre course folle, quelle idée Henri avait-il encore eu, trafiquant d’armes, est-ce un métier ?

Il allait rentrer d’ici peu, il venait de téléphoner pour dire qu’il quitterait Corleone après avoir pris le petit déjeuner.

Il me manque... trois jours sans lui ! C'est là que je mesure combien je suis éprise de lui. Mais comment ne le serais-je pas ?...

Au delà de ses qualités humaines, spirituelles et intellectuelles surprenantes comment ne pas être irrésistiblement attirée par sa profonde sensualité et son goût immodéré de la chair – en cela nous nous rejoignons, nous communions.

Qui devinerait que ce rustre est d'une sensibilité et d'une finesse rare, je crois que je ne pourrais pas aimer un homme qui n'aurait que ses caractères virils à m'offrir. Je rêve à son retour, nue sur le drap de cette couchette, bercée par une petite houle , force deux annonce l’anémomètre. Je réalise tout à coup que mon sexe s'était ouvert comme une fleur au petit matin et que ses deux pétales de chair étaient, elles aussi, couvertes de rosée.

J’ai eu envie de téléphoner à Henri, descendre mes mains sur moi, lui faire entendre le bruit mouillé de mes doigts sur mes chairs détrempées.

Mais peut-on décemment téléphoner nue à un trafiquant d’armes.

 


05:19 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

27/11/2004

Un moment d’arrêt, Henri essaye son nouvel ordinateur.


05:05 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

26/11/2004

Mauvais temps, patron !

Aussi soudaine qu’inattendue la tempête s’est levée, effroyable, totale, destructrice, force douze.

 

Henri avait déjà tout vécu, dix mille ans sur le pont....

 

Le manœuvrier tremblait tandis que résonnait au-dessus du fracas du vent la voix d’Henri. « Tire le cartahu, on aulofe, l’embrouille ne durera pas, la mer est éternelle, on n’ezst pas des Parisiens, tire bon sang.

 

Le boutre fit face, tangua, roula, creva l’écume, un autre jour se levait.


05:09 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

25/11/2004

Corleone

Nous voici donc au large du golfe de Salerne, on double la pointe de Licosa, derrière nous, il n’y a personne, nous croisons l’Amerigo Vespucci qui revient d’une croisière dans les Caraïbes. Il faut que je décide de la route à suivre, se déroute –t-on d’abord sur Ustica ou passerons-nous au large du Stromboli. Atterrirons nous à Palerme ou à Messine.

 

Notre destination étant Corleone, ce sera peut-être plus facile d’apponter au warf de Palerme, nous ranger à côté des yachts des parrains. Tandis que j’imagine Céline allant de rendez-vous antiques en rendez-vous archéologiques (ai-je dit que la statuaire grecque est devenue tout à coup son violon d’Ingres ?), j’espère rencontrer le beau Demonio, le héros incontournable de Paul Féval, sans doute le premier auteur qui osa briser l’omerta en une douzaine de volumes consacrés à la famille de François Vitelli, ou d’Andréa, patron de la Camorra.

Comme là-bas tout est catholique romain malgré les Peponne, les rencontres ont lieu autant dans des villas à taille de villages que dans des couvents, des confréries, celle des frères de la merci en particulier.

Sait-on que les frères de la pitié ont instruit et ont formé Joseph Balsamo à leur couvent de Caltagirone en Sicile.

L’histoire de la Sicile, du colonel Bozzo-Bozzo-Corona à Vito Corleone est fertile en événements et riche en profits.

 

Dans le nouveau petit métier que j’exerce, il convient de prendre mes marques et mes repères, je ne pouvais pas négliger les Siciliens qui sont chez eux à New York, à Chicago et à Tunis, à Tripoli et à Port Soudan.

Une risée est couchée par le vent, le voilier se couche sous la rafale suivante, va-t-on avoir du mauvais temps ? Un bon coup de gîte, une barrique, cela fait avancer de travers, cela fatigue mais ce n’est pas grave.

Momo, dis-je à l’homme de barre, mollissons un peu, on court trop vite et pour la route, tu prends quart sud ouest, mène au 210 jusqu’à midi.

 


10:13 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

24/11/2004

Anacapri tranquille, trop tranquille, pas un souffle de vent

Anacapri tranquille, trop tranquille, pas un souffle de vent, la marchandise est dans le premier car, la valise aux dollars dans celui vers lequel marche Henri décontracté sur ses semelles crêpes.

En bas de la montagne, soulevé doucement au rythme d’une houle méditerranéenne, le petit voilier arabe à deux voiles vibre. Céline vient de lancer le Penta qui permettra de s’éloigner rapidement s’il le faut.

On ne va pas ici raconter apocalypse now, tous les journaux napolitains en ont parlé, des terroristes ont tenté de kidnapper des touristes, un industriel allemand a été blessé à la jambe, un coup de bouterolle à étendu un mafiosi notoire, une boutique de montres a été dévalisée et le chauffeur d’un autocar a été retrouvé mort, une balle perdue peut-être l’enquête le confirmera. La petite vendeuse de bikinis parle de longs manteaux, de sept mercenaires, un garçon de café augmente à douze salopards, plus raisonnable, au bord un italien à l’accent chicagolais parle d’ ocean eleven.

 

 

L’hélice fouette, la côte s’éloigne, le skipper a mis le cap sur la Sicile.

— Au moins, tu m’offriras une agate, demande Céline

— Je ne suis pas ici pour faire des cadeaux, a-t-on eu mère grand au téléphone ?

— Non, Henri, tu te trompes de fille, mère–grand c’est quand tu courtisais Madame Peel. Tu sais, la pin up des années cinquante sur son trente-et-un avec un air mystère qui ne trompe personne. Moi, ce que je voudrais, c’est rencontrer Vito Corleone.

— Mmmm

Quand Henri se trompe, il répond MMMM tout autant que lorsqu’il ne souhaite pas répondre.

 

 


05:42 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |