09/07/2004

Henri part en vacances...

—S’il vous plaît, Madame, vous n’auriez pas le change demande le jeune homme d’aspect très comifaut qui vient d’entrer dans la laverie.

Il tient à la main un billet de cinquante francs face à la dame, blonde à jupe courte, belles jambes, chevilles fines, qui décharge le tambour devant elle. Du hublot grand ouvert sort un nuage de vapeur et des dessous colorés, des tissus légers, un pull blanc. Il faudrait lui dire qu’on ne mélange pas tout cela sous peine de voir le pull se tailler de deux mesures, mais sait-on quoi avec les blondes, elles chaussent du 44 et s’achètent du 38, on dit que c’est même ça la mode, se définir plusieurs tailles en dessous sauf pour mesurer les zobs.

 Le garçon est tout mouillé, la dame regarde par la vitre, oui, il tombe bien fort une de ces rageuses de printemps qui vous rappellent que Ténériffe est à 28,29N 16,14W contre 50,50N pour ce Schaerbeek qui adore flirter avec la grêle, dis-donc, oui, ça y est un peu de blanche... printemps pourri, que demande ce jeune homme avec sa comique perruque de travers ? Ah oui, de la monnaie pour le monnayeur, belle réflexion, beaux yeux, curieux, nez, bouche, cheveux, cheveux, c’est une perruque, prestige, mode poux cancer, la pluie la forte pluie on ne voit rien, plus rien au travers de la vitrine, des phares anonymes, gentil garçon, poli ça ne fait de mal à personne le mal tout ce qu’on en dit on voit le mal partout, cinquante francs, comment ça cinquante francs, d’où sort ce phénomène, il n’y a plus de billets de cinquante francs, on les a retiré de la circulation pour les remplacer par des pièces, les banquiers aiment que les gens aient des pièces, cela s’empile, se collectionne, se dépense plus vite que les billets, cinquante francs, le gentil serait-il trompeur, l’arnaque ou quoi, regard, dur, traits, tirés, lèvres pincées, ma parole, il se vide de son sang, il est malade ou quoi ?

Bon, on fait quoi là maintenant, tambour ouvert, dégueulis de linge dans une manne en plastique bleu imitant parfaitement l’osier naturel mais plus propre comme l’a expliqué le vendeur, pourquoi ce type a-t-il l’air de devenir nerveux, pourquoi regarde-t-il à gauche et à droite, il n’y a que lui et moi, moi et lui et là-dedans et la pluie dehors, lui dedans lui qui lâche le billet, se penche pour le ramasser revient à la surface, ....

Immobilité pétrification horreur force Level five du regard simple au geste vif in en out je taille la salope, je plonge en elle, elle s’abandonne, mmmmm aaaaaa aha ah ha ha baise là, fort encore encore cling clong, le loupiot en forme de canard qui clochette, un client entre dans la laverie, Rambo empoigne un linge, bondit, bouscule et disparaît dans la rue.

Un black en survêt ouvre des quinquets ronds comme la dernière soucoupe de la soupe aux choux. De ses mains s’échappent deux sacs plastique (un Dexia vous épargne facilement et un Clabots pour tout l’outillage que vous souhaitez) débordants de linges sales. Il s’approche de la forme affalée contre la machine numéro 6.

Une fille baigne dans son sang, le corps secoué de convulsions, glouglous et gargouillis. Terrorisé, l’homme tourne les talons et quitte la laverie y oubliant ses affaires. Il se cogne contre un réverbère éteint pour éviter d’être photographié par une spécialiste du genre, il détale ventre à terre et jambes autour du cou vers l’avenue Jaurès, un assassiné plus connu que d’autres.  Derrière ses rideaux du balcon du troisième, une habitante myope distingue très bien la course folle du lapin noir à travers le square.

Il est huit heures, c’est demain, Henri monte dans le vol SAS 747, quelques jours à l’ombre des bégonias en fleurs...

A bientôt dit-il en agitant la main à travers le hublot à tous les amis rangés le long de la passerelle des départs ...


06:04 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

08/07/2004

Omo lave plus blanc

 

Il y a comme un ras le bol, Henri rattrapé par une actualité sanglante permanente, disait Xian, le mot est repris par Charles Lauter, un de ces personnages secondaires qui hantent les couloirs et qui précise que bon sang mais c’est bien sûr, on ne va pas arrêter un récit qui s’annonce bien parce qu’un copieur est découvert, un forniqueur plagiaire ! Demande-t-on au président américain de ne pas massacrer les Indiens sous prétexte que d’autres l’ont déjà fait, annonce-t-on aux ayatollahs qu’on ne lapide pas sous cause que David a déjà balancé son caillou dans l’œil de Goliath ?

A-t-on cessé de bomber après Hiroshima mon amour ? Baygon succède au tabun et l’industrie chimique se porte bien, la planète se réchauffe à un point tel que ceci est l’avant dernier texte provisoire d’un Xian aux doigts gourds qui va se ressourcer quelques dizaines de jours plus bas en latitude.

Entre Meuse et Mehaigne, il pleut à verse et l’inévitable oiselle de mauvais augure enfenestrée devant sa carte dite météorologique annonce que si le ciel ne nous est pas encore tombé sur la tête c’est grâce à l’anticyclone des Açores qui ne perd rien pour attendre, nul ne s’intéresse au phénomène, le quotidien n’est pas plus troublant ce matin qu’il y a quarante ans, quarante siècles, quarante millénaires.

Charles Lauter pensa qu’une enfance baignée aux senteurs de vieux papiers du reporter qui n’écrit dans aucun journal et guidée au coin d’une librairie de quartier puis conduite de tréteaux en tréteaux dans les bouquins du Passage de la Bourse ne peut que donner envie de découvrir des conclusions, de définir des Henri.

Tout cela est bien joli, pensa d’ailleurs l’intéressé lui-même et l’on peut se demander s’il faut en vouloir à certains de ne pas s’élever au dessus de la masse, sans doute le cul des filles est-il la seule destination ultime valable.

 

La nuit est tombée comme la pluie, à verse, comme ce n’était pas prévu par le bonze de service qui n’annonce jamais de mauvais temps à la vieille du week-end.

Il pleut à verse. Un homme marche à pas pressés vers la station Pannenhuis, où il compte prendre une rame, destination Schaerbeek. La pluie ne le dérange pas, au contraire, ça nettoie les rues de tous ces humains à la con qui n'auraient jamais dû naître. La journée a été bonne, il n'a pas mis le nez dehors mais il a eu de longues et passionnantes conversations avec les dieux dont il se sent presque l’égal. Encore quelques sacrifices et tu seras avec nous Force Ten lui ont annoncé Wonderwoman et Madame Atomos, des divines se ressemblant (surtout ne pas leur dire !), slip d’acier étoilé, soutien-gorge pamplemoussant... d’ailleurs, ce soir c’est une similaire qu’il veut, il va se faire une de ces gorgones d’Arabe qui ont le culot de se teindre au garnier à la moelle, va lui en donner du Schwartzkopf bon marché ! Il la veut moussante de l’entrejambe, débordante des élastiques, bien en chair, baveuse de sauce à couscous.

Bon, d’abord sacrifier aux rituels ! Un petit dîner prévu chez la fille de Constant, ça se passe au coin de la chaussée d’Helmet, elle aurait pu habiter plus près de la gare, salope ! Elle croit que ça oxygène de remonter les coins, Giraud, Sleeckx, Demolder, pour aboutir à la sainte famille ? Va-t-on pas rencontrer Jorael, manquerait plus que ça, sans doute pas, l’est d’un autre monde, un ceusse qui monte à Paris, la ville des lumières, on rigole quoi, bande de nuls ! Holà, holà là... derrière la grande vitre embuée mais transputride d’une laverie qui annonce en néons bleus et roses Wasserette du Coin, une silhouette divinesque, de la bouteille, des pattes d’oie camouflées au Nivéa mais tout ce qu’il faut dans les courbes. Cœur Boum boum poitrine affolée de cardiaque avant Barnard, force one, force two, ça grimpe, force three, la puissance bienfaisante dévore le thorax, crispe le ventre, frisson, tremblement, flippers en place, les doigts jouent dans l’ombre des poches d’un falzar bourgeois. La Force monte ! Comment résister au délicieux sentiment qui envahit, je flotte, il pleut  la rage dis donc ! C’est quoi cette merde de pluie qui noie tout ? Le réchauffement d’une planète de Proxima du centaure ? 

— Heureusement que c’est ouvert et qu’on peut se réfugier ici marmonne l’homme s’ébrouant en poussant la porte de la laverie automatique.

 


06:35 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

07/07/2004

Sibille Dreamhole

Compte tenu de la violence des coups assenés, la personne que nous cherchons est probablement un homme, sans doute jeune ou sportif. Il porte des basket ou des chaussures à semelles souples taille 42 si ce sont celles qui ont laissé des traces dans l’escalier chez la victime numéro1 et dans les taillis à l’entrée du métro. En ce qui concerne les empreintes digitales relevées sur les lieux des crimes, aucune ne mène à une piste dans les fichiers de la police ou de l’armée. Questions indics dans les milieux interlopes de la capitale, résultats : nul.

On a bien un noir dans les escaliers chez Marie-Rose mais cela semble difficile à suivre comme piste, dans cet immeuble où logent de nombreux étudiants, il passe plus de noirs à l’heure que chaussée d’Ixelles ou à peu près. la piste du joggeur, mérite d'être exploitée mais comment ? Il y a tout de même un détail curieux : les fibres « cheveux » retrouvées qui proviennent très certainement d’une perruque... mais qui la portait ? Malgré la ressemblance criante des crimes commis au couteau sur des blondes ou supposées, on peut tout de même se demander s’il n’y aurait pas plusieurs tueurs.

On a épluché la vie et les relations de chacune des victimes, celle qui présente une faille certaine est cette Marie-Rose dont l’amant attitré est un homme marié, pour l’instant interrogé par les gendarmes de la brigade de Tervueren. Mais tout cela ne mène pas à grand-chose, on a vu dans des affaires récentes que le tueur en série ne s’exécute que par moments aléatoires et qu’entre-temps, il vit une vie le plus souvent banale, rangée, pépère, bourgeoise, tranquille, bon père de famille.Le tueur de sang-froid bascule généralement dans sa démence lorsqu’une pulsion sexuelle démoniaque lui pulvérise les neurones. Si déjà on pouvait définir cette pulsion, on serait en droit de retenir des bouts de pistes. En fait, les culottes arrachées semblent confirmer la présence d’un même prédateur, un sexuel. Il tue quand il bande ou au contraire quand il ne sait pas... ou plus... quand il bloque et qu’il veut débloquer.

Des questions ?

 

 

Quotidien L’écho de la Bourse, vingt-sept mars 1998, à la main, au marqueur on a écrit : avant-dernière page, colonne cinq à sept.

Bien que les faits divers ne soient pas commenté par notre rédaction, nous ne pouvons que relever les commentaires de notre ami et confrère Valsebois du journal télévisé d’hier soir à la RTBF (Radio télévision banalement funéraire) .../ ...

.../... on ne peut s'empêcher, à l'occasion du drame de l’avenue Buyl, de se souvenir de trois affaires récentes et encore non-résolues. Des similitudes troublantes existent entre ces différents meurtres qui tendent à faire croire que rôde en ville un Jack l'Éventreur, doit-on être rassuré de savoir que l’enquête à été confiée au tandem Dangoisse – Wilson qui ne nous ont guère convaincu dans les affaires criminelles tournant autour du petit Robert.

 

Dans sa salle de bain, l’homme taille amoureusement la chevelure d'une perruque brune installée sur une tête d’oeuf en polystyrène. Sitôt le dernier coup de ciseau donné, il saisit son ouvrage et se l’installe sur la tête, se place face au miroir. Un nouveau look super extra ! Holà déjà 8 heures trente, il rassemble deux carnets de notes qu’il fourre dans une sorte de kit bag qu’il place sur son épaule gauche. Avant de sortir, il choisit dans le tiroir de la commode un de ses trois couteaux de survie qu’il enfonce dans la gaine serrée à son tibia droit. Il vérifie le pli se son pantalon, regarde la fermeture de sa chemise, s’en va en sifflotant...

 

Foutre de merde, on s’endort, ça fait chier quoi ce cours... A la pause, je vais aller boire un café à la Cité. Quelle connerie l’anatomie comparée des chimpanzés et des iguanes, qui est-ce que ça peut bien intéresser ? Pff, tous des cons d'étudiants. Tiens, l’assistant cesse de blablater pour se diriger vers la petite porte de l’amphi, celle qui donne sur le vestiaire, qu'est-ce qui se passe ?...

Jeunes gens, un moment de silence s’il vous plaît ! Le prof annonce la présence de Monsieur Alain Zucco et de Madame Sibille Dreamhole.

 

Les étudiants observent l'entrée du tandem. Une blonde élégante et un mi-ch’timi mâtiné arabe, œillade sous cils extra-longs et bonne vigueur pectorale contre regard sournois et faux derche musclé sans en avoir l’air. Les inspecteurs se présentent, ils sont ici pour recueillir des témoignages concernant Mademoiselle Thibier. L'inspectrice rappelle brièvement les circonstances de l'assassinat, et demande aux étudiants susceptibles de détenir des informations sur la dernière journée de leur camarade de l'en informer dans le petit local numéro 41 où elle et son collègue vont enregistrer les dépositions, merci pour votre collaboration. Des questions fusent sur l'identité du coupable, et la progression de l'enquête. Une élève blonde assez mince demande si ce meurtre a un rapport avec les trois assassinats au couteau survenus dernièrement.

 

Au sixième rang, une main glisse le long d’un mollet pour se rassurer. Calmos Nonosse, Force six and seven, aïe aime de winar.

Midi quart, les deux policiers sont convaincus que la rumeur est sérieuse, Marie-Rose Thibier était la maîtresse de Bernard de Vitreuse, assistant principal du chimiste Elsen. Ils se dirigent vers le chalet où ils ont retenu une table en passant. L’étudiant du sixième rang ajuste le cordon du kit bag à son épaule et va se poser sur un tabouret au bar du chalet. Une blanche de Hougaerde.

 

Une heure plus tard et un plat du jour avalé, les deux policiers se lèvent, franchissent la porte, traversent la rue, l’étudiant sur son tabouret les suit des yeux jusqu’à ce qu’ils arrivent à hauteur d’une Renault 20 sans signes distinctifs. L’inspectrice se penche pour déverrouiller sa portière, beau cul cette salope non mais mate-moi ça.


05:14 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

06/07/2004

La triplette

La triplette ...

Devrait être une forme de réponse étincelante à l’angoisse des buveurs de whysk hi ! qui nous questionnent et que nous ne pouvons (pluriel majestueux de l’auteur) laisser dans l’ombre et question d’ombre, pour un dessin de fond, la demande sera vive et précise dès que la vierge nous aura quitté.

Donc,...

 

D’une part, le feuilleton quotidien qui sera de la veine propre à Henri.

 

D’autre part, un roman aux chapitres hebdomadaires peut-être inconstants mais qui aura l’avantage de préciser, autour d’un Henri par trop mouvant, décors et personnages dans l’espace temps et de mener enfin les amies lectrices à l’extase en découvrant des gestes inusités, tout en amenant les récits à une conclusion honnête.

 

Et, last but not least ( oh ! la culture multilingue ! ) un site autoproclamé permettra à chaque héros y compris secondaire de donner son avis et de citer quelques détails arboricoles permettant aux plus jeunes (et à d‘autres qui habitent des endroits aussi reculés que Paris, Marseille, Bordeaux) de situer des actions qui quelques fois leur échappent lorsqu’elles sont ciblées en direct sur Huguette, belle colline surplombant Dien Bien Phu ou entre Baïkonour et Lhassa qui sont des endroits foutrement ennuyeux et désagréables.

 

On aura donc un bon compagnon, que l’on peut triturer, ramener en arrière, consulter, déshabiller et parer de mille qualités, tenter de comprendre, un roman, puis un camarade matinal (du mardi au vendredi) pour le coucou, le câlin rapide, le coup de gueule, le feuilleton qui balance les secondaires au milieu d’un poker tenu tout atout par Henri, maître du jeu et enfin, des petites nouvelles qui d’Eliane (en face d’Huguette) mènent au cœur d’une Indonésienne volage ou dans le bureau d’un maîtresse hollywoodienne, blonde et ,

Héhé

Intelligente.

Qui donnera toutes les explications qu’il faut.

 

A chacun sa schizophrénie ! La discrétion publicitaire est la mienne. Je ne fais pas parade de mon aversion aux cris « je suis le meilleur le plus beau etc... » comme d'une vertu sachant qu'elle me singularise et m'isole au milieu d'une société où le boniment est une obligation morale, je la confesse comme une déviance, j’accepte d’être un totalement dévié, d’ailleurs, depuis quelques temps je vois bien que j’ai la colonne de travers, je tape de plus en plus sur le q plutôt que sur le a du clavier.

 

Le mois de juillet s’est élancé sur les chapeaux de roues derrière un surineur de première. Nous avons le pressentiment qu’Henri fréquenterait un serail killer, un serial killer, un quilleur quoi. Il n’est pas certain qu’il continue à lire le paquet de vieux journaux qu’on lui a fourgués, il y a comme un ras le bol, Henri rattrapé par une actualité sanglante permanente ! C'est vrai quoi : à peine avait on fermé le rideau sur la partition de printemps au théâtre des marionnettes d’Arlon et sorti palmes, tuba et crème solaire que, coup sur coup, les gazettes s’emplissaient d’un nouveau grand acteur à côté duquel Dutroux fait figure d'amateur moyennement doué et auquel on rattache le réseau d’Action directe ( Le même réseau dont on parle dans le livre cité ci-contre de «La Colo », écrit en 1987 -88). On a même découvert un trésortje de guerre. Vingt cinq mille euros, le prix de deux déjeuners bien arrosés l’un chez Bruneau qui enrage, l’autre aux nouveaux trois gros pour tenter d’être quatre, que les amis québécois me pardonnent mais il n’y a rien de bon à dépenser ses sous de leur côté de la grande mer houleuse.

 

Ainsi donc, Henri, en feuilleton s’écartera de Dubois, très troublé par les résultats des élections européennes et régionales récentes, les athlètes cycliques qui se dopent et que ça se voit dans les urines ( peuvent plus arrêter de pisser ?) des assassins de tous bords, ceux qu’on encense lorsqu’ils coupent des têtes du côté des jardins suspendus de Babylone et ceux qui achètent des châteaux en Ardennes, les politiciens véreux qui hurlent au complot quand ils sont pris la main dans le sac et annoncent : je reviendrai, ce qu’ils font sans fausse honte ou modestie.

 

La bille butte sur le bumper, le flipper claque, le buzzer déclenche l’alarme mais ça ne fait rien, Elio, Charlot, Joëlle et les autres vont s’occuper de nous, de vous.... Ailleurs des nains de jardin votent des constitutions de croisés face aux sarrasins. Serial killers pour le cirque néocastlien ? diantre, mais n’ont-ils pas été formés dans nos écoles, n’ont-ils pas eu un emploi, un job, n’ont-il pas fait le parcours du combattant de l’Anpe du Forem avec remise en question et formation ? Notre société produit très exactement ce qu’elle forme, c’est cela une société de production...

 

 

Comment ne pas rester un peu abasourdi de découvrir que le suffrage universel débouche sur l’élection de primates mâles et femelles affublés d’une bizarre hypertrophie du système nerveux qui les rend immensément orgueilleux, prêts à tout et plus encore. Level force Seven !

Etranges civilisés ... Henri donc peut-être plus Dubois mais certainement prêt à mordre ceux qui l’emmènent sur cette pente glissante de l’autosatisfaction socio-politique européenne fabricant de bons petits clones (le plus souvent) et quelques ratés d’envergure....

 

 

Henri sera publié par Henri, c’est assez normal, bien qu’il convienne de se méfier des normes, Domino signera le roman dont Henri annoncera chaque sortie de chapitre, il a c’est plus évident que normal voie au chapitre, tandis que la petite main Némo — qui n’est pas un poisson rouge, un commandant de sous-marin julesque ou la femelle du cyclope, s’occupera de réunir les notes en bonnes nouvelles.

Toutes ces magnifiques intentions devraient nous conduire de la prochaine élévation de Marie à l’aurore du prochain été, une bonne année avec vous tous, charmantes lectrices,

Ah oui,

Oui oui

Bien sûr les lecteurs aussi, vite ajoutons-les de peur d’être homophobisé, où va-t-on, où va-t-on, binamés colombophiles ?

 

 

Oui, je ne sais pas trop que penser

 

 

 

 

Réunion des spécialistes du comité Navaja, local trente-huit, bâtiment C.

Chacun prend des notes tandis que des distingués psychiatres et deux commandants de gendarmerie détaillent les événements récents ayant amené à la constitution de cette cellule de crise.

 

Paulette X., 25 ans, célibataire, étudiante en lettres. Retrouvée poignardée dans l'escalier de son immeuble de la rue de la Victoire. Le tueur a dû la suivre jusqu'à son immeuble, où il s'est engouffré à sa suite. Douze coups de couteau dans l'abdomen. Culotte disparue, sac à main vidé. Quatre cheveux blonds mi-longs et quelques empreintes digitales sur la rampe métallique. Mégots, poussières diverses. Aucun témoin apparent. Début d’enquête confié à l’inspecteur Michôt de la police judiciaire.

Lilka C., 28 ans, mariée, deux enfants, secrétaire. Découverte poignardée dans sa voiture, parking Basilix. Heure estimée du décès par le légiste : 21 heures 10. La victime a été dépouillée de sa jupe et de son slip, on suppose que le tueur l'attendait caché à l'intérieur du véhicule et qu’il l’a forcée en lui tenant les cheveux blonds dont plusieurs ont été arrachés mais on a trouvé aussi des cheveux bruns et des cheveux synthétiques en polycarbonate de nylon trempé. Deux témoins( un client qui s’était attardé au Brico et un manutentionnaire qui rangeait les caddies égarés et un gardien de la sécurité disent avoir aperçu dans les environs de cet endroit du parking une silhouette imprécise, peut-être un homme en survêtement bleu foncé, taille moyenne, un peu courbé en avant, un sac plastique Delhaize à la main. Il remontait sans se presser vers l’avenue Charles-Quint.

Falujia M., 21 ans, prostituée déclarée au commissariat d’Auderghem, découverte poignardée dans les buissons à l’entrée du couloir du Métro Debroux. Sa perruque, blonde, a disparu. Dépouillée de ses vêtements, et de son sac à main. Le tueur a pu se faire passer pour un client. Un client de la Stib qui passait par le tunnel pour prendre le bus de l’autre côté de la station de métro a déclaré qu’il y avait une autre personne au fond du couloir, oui, peut-être un joggeur.

Marie-Rose T 24 ans, célibataire, étudiante en fac de sciences. Poignardée à son domicile. Possible qu'elle ait connu le tueur pour lui avoir ouvert. Elle attendait son amant, croit-on savoir, un assistant d’univ’ avec qui elle entretenait une liaison depuis le début de l'année. Une vieille de l'immeuble se souvient avoir croisé dans les escaliers un noir à l'air pas catholique.

 

Oui, je ne sais pas trop que penser


07:08 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

03/07/2004

Partant donc de l’idée satanique que les personnages seco

Partant donc de l’idée satanique que les personnages secondaires avaient un droit de vie et les lecteurs un droit de regard sur le récit, j’ai décidé assez arbitrairement :

Premio de confier un relookage de blog à un spécialiste éminent qui s’il n’est pas en congé de maladie ou en défaut d’imagination devrait faire quelque chose entre le 10 et le 30 de ce mois.

Secundo (qu’on prononce segondo), j’ai décidé de transformer l’action en une triplette.


06:10 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

02/07/2004

Un groupe de jeunes passe dans la rue

Sibille radieuse traverse les corridors de l’école de gendarmerie à Bruxelles. Elle est jeune, ambitieuse, elle a devant elle une carrière prometteuse d'agent de haut niveau ou de médecin militaire. Le général Beaurire l’a convoquée pour l’inciter à s’affirmer sur le terrain avant de poursuivre sa carrière intellectuelle, confronter ses études et opinions aux réalités quotidiennes. Est-ce la raison pour laquelle elle affiche un sourire de conquérant ? La jeune femme marche d'un pas décidé, le dos droit, l'air professionnel. Son attitude ne fait que s'affermir au fil des portes ouvertes et refermées. Lors de l'entrevue avec le colonel commandant l’école et le directeur des opérations, le colonel Janssen, elle fait bonne impression, malgré l'atmosphère glaciale qui règne dans le bureau. La tâche que lui assigne Janssen étonne Sibille : on veut qu'elle seconde Alain Zucco dans ses enquêtes, afin d'évaluer la qualité scientifique de ses conclusions. Lui demande-t-on de discréditer le boulot d'un collègue qu'elle ne connaît que de réputation et que ses pairs ridiculisent malgré son génie évident en psychologie criminelle ? Cela semble bien loin de son champ de compétence.

 

Au bureau du boulevard Général Jacques, quatre hommes et une femme sont réunis autour de l’adjudant-chef, ils lisent le message de la brigade Diane concernant les tueurs du Brabant Wallon et ceux du Colruyt alostois, ainsi qu’une note confidentielle concernant les volontaires pour enquêter sur la série de meurtres nom de code « Navaja ». Les inspecteurs seront détachés de leur unité et de leur service quotidien pour se mettre aux ordres de Wilson, coordinateur et du juge Dangoisse qui instruit les affaires en cours. L’affaire sera parallèlement suivie par des inspecteurs de la PJ, des policiers civils et le lieutenant Palumbo, commente Wilson, c’est une bonne vieille habitude belge de mettre une masse d’enquêteurs sur une affaire pour que chacun en tire des conclusions qu’il ne communiquera jamais à son voisin, pas de cela entre nous, la communication, la précision des rapports, la confiance entre collègues !

Wilson a un gros ventre mais c’est un dur, il est exigeant. De plus, jette le commissaire en direction de la seule femme de l'assistance, il n'aime pas trop avoir des filles dans les jambes. A vous de voir, Sibille !... Le commissaire fait circuler des photos des victimes, qui arrivent aux mains de la jeune femme. Regards en coin des collègues masculins - grimace mal contenue. C'est moche, mais elle a décidé de se porter volontaire. Cette affaire l'intéresse, c'est un gros coup, ça la changera. Elle est entrée dans la police pour se coltiner avec l'horreur du monde, et se sent capable d'assumer.

 

Se concentrer. Oublier le boulot, Navaja, Wilson, on verra tout ça demain. Sibille est étendue nue sur la moquette de sa chambre. Lumière tamisée, encens qui embaume, Iglésias en concert, planant juste comme il faut. Lotus puis canard laqué, cigogne farouche, décontraction totale, évadée la policière. Ça y est, je quitte mon corps, je m'élève, je monte au septième ciel, je roule sur moi-même dans la vague tiède qui m'enveloppe et me rassure. Je suis bien. Je me regarde de là-haut, je suis belle, sereine, reposée. Je me promène, je fais le tour de la pièce par le haut, je longe les moulures du plafond, je regarde leurs arabesques en flottant mollement dans les airs, en apesanteur dans le monde ouaté et parfait de Praña.

 

 

Henri s’est rangé le long du trottoir, pensif il est descendu de voiture puis, petit paquet sous le bras, il est monté dans le petit appartement qu’il venait de louer face au Daring. Il y dépose les journaux et revues, choisi une gazette au hasard, passe devant le portemanteau, se saisit d’un trench, on dirait qu’il va pleuvoir et pourtant il lui faut se dégourdir un peu les jambes. Il descend avec cet exemplaire de la Dépêche enfoncé dans la poche de son imperméable à ceinture et pattes d’aiguillettes. Une courte promenade autour du cimetière lui fera un bien fou, il est un peu énervé de s’être égaré dans le dédale du logis jusqu’à se planter devant ce tunnel le ramenant à la vieille gare.

Grandes enjambées, bol d’air, terrasse d’un café d’un autre âge.

 

Le papier du journal était du papier journal, cela dénotait une certaine vétusté et l’encre tachait encore les doigts, tant d’années plus tard... Henri sirota le pastis menthe qu’il avait commandé sous les yeux dégoûtés d’un louffiat en chemise blanche et jaquette noire.

Tiens, pensa-t-il, on écrivait des trucs comme cela, et il poursuivit la lecture de l’article sur lequel il venait de s’échouer .... .../...se trouve confirmée par le fait qu’il y a excessivement peu de femmes qui se masturbent en s’insérant des objets dans le vagin, et que la plupart de celles qui agissent ainsi sont des novices, des prostituées qui se donnent en spectacle ou des femmes auxquelles des cliniciens recommandent de tels procédés. La plupart des techniques de masturbation pour les femmes sont labiales ou plus souvent clitoridiennes. Une forte proportion des rapports sexuels, chez les lesbiennes, dépend également de la stimulation de la vulve ou du clitoris. Le sujet qui s’efforce de simuler l’intromission coïtale ne parvient probablement pas à un résultat aussi effectif que le mâle qui se fie essentiellement à la stimulation externe des lèvres génitales ou du clitoris.

Henri resirota tout en faisant une moue sceptique et pincée, il pensa que gazette est un vrai fourre-tout puisque l’article était inséré entre les résultats de deuxième division nationale et la victoire commentée de la dernière tenniswoman à la mode, un Bjorn Borg féminin osa écrire le Drucker de service. Signature sous initiales, Henri ne se rappela plus qui signait ainsi... on oublie un peu les choses, les événements, les personnes ...

 

Henri reprit le verre en main en tournant la page pour tomber sur ce qui sans doute lui avait valu de recevoir gratuitement toute cette ancienne littérature...

.../...Sous le nom de Terry Stewart, Serge Laforest augmente d’un rejeton avec Een Sweed, le tueur impuissant, la postérité du Popeye de Sanctuaire, père du Slim de Pas d’orchidées..., et grand-père de ces innombrables dingues sadiques, aussi sanguinaires que noués des burnes, qui semblent inséparables dans beaucoup d’esprits de la couleur locale américaine. Cette assimilation quasi automatique du sadisme et de l’impuissance au rêve américain demanderait une étude plus longue et plus fouillée. La réalité est plus sordide encore, celui que la police a désormais surnommé Navaja a frappé hier soir, une fois de plus sans laisser de traces semble-t-il.../...

 

Elle n'a que 18 ans lorsqu’elle s’éloigne du café où nous avons pris, elle un thé, moi, une de ces bières brunes que j’aime. Nous venons de faire un tour d’horizon pour lui permettre d’entrer dans le Vestiaire, cette grande famille des personnages secondaires, des Noel Roquevert, des Pauline Carton. Je vois Pascaline Laroyale s'éloigner entre les voitures en stationnement, je ne la déshabille pas du regard, elle m'excite telle que, dans tous ces vêtements-là.

 

Je suis rentré chez moi, parce que ce pub-là fermai ses portes, eh oui, faut fermer les cafés, les bars, les pubs, les salles de concerts, les dancings de quartier comme les urbanistes distingués ont remplacé les night-clubs et les troquets du centre-ville par des plots au milieu de rues piétonnes, une rue peut-elle être piétonne ? j’ai le mal d’autrefois, je me dis qu’on aurait pu agir autrement, il faut comme autre fois, comme plus d’une fois, la nuit ne passe pas, je suis sur la terrasse ombragée avec vue panoramique, une lumière d’en face, Brigitte à la fenêtre, lundi est venu. Le baron noir survole la ville en biplan jaune. Cocu au soleil. Sea sex and sun. Un instant j’ai pensé téléphoner à Isabelle. Surtout pour retrouver mes esprit, en face de chez moi, un mur de béton, des petites lucarnes qui servent aux vendeurs de billets d’avant matches. Il n’y a pas de Brigitte ici, Jean l’a hurlé fort assez.

Un groupe de jeunes (un groupe, c’est toujours des jeunes, les vieux, c’est solitaire.), passe, ils n'ont qu'à faire comme leurs homologues de Cincinnati ou de Chicago : bagnole, banlieue, zones d'amusement, faux-cafés pour sitcoms dans des hangars aux normes.

Les rues meurent quand les bistrots ferment les lumières, et la ville avec eux. La grande politique du bain de jouvence guide les architectes subsidiés et les candidats députés écologistes à faire des villes de simples patrimoines, des conserves pour les touristes la cinquantaine qui chercheraient un passé à apprendre, une plage sous un pavé à comprendre.

 

Simon maniait très bien le couteau.

Il travaille souvent avec Biceps lorsqu'il est en Europe.

Simon avait débauché un certain Philippe, prof de math plus ou moins séparé ou veuf d’une certaine Huguette, pour surveiller les habitants d’un hameau nommé Hulpia et accessoirement fabriquer de petits engins électroniques capables de faire beaucoup de dégâts en explosant. Simon Bodybuild avait aidé Philippe à tenir un magasin de pièces détachées d’appareillages électroniques lorsqu’il avait demandé un congé sans solde pour mieux s’occuper de Corinne.

Simon croyait aussi avoir débauché à son profit un certain Richard Simple qui avait accepté quelques missions pour la Company. En particulier, Simon Bodybuild était heureux des bons renseignements que Richard transmettait concernant les réseaux islamistes, il semblerait même qu’il soit devenu le petit ami d’une activiste bien connue, Zoubeida.

 

Simon aimait bien Paris et il s’était lié d’amitié avec plusieurs femmes dans la capitale française, des autochtones mais aussi des étrangères et même une Américaine, une employée de la CIA qui allait rapidement monter les échelons de la hiérarchie. Blinda Sutton.

Il était devenu l’amant de Blinda.

 

Le plaisir charnel, le tien, Corinne, et l’entente de deux peaux peuvent-ils se traduire en lignes d’écriture, en images ordonnées, vidéographiées, computeurisées ? Une mimine ça se cajole, ça se dorlote, ça se caresse, celui du mâle s’étire, se rudoie, se lèche, alors s’écria-t-elle ? S’y perdre et lui apporter quoi encore ?

« Pour s’amuser ! Il peut tuer pour s’amuser?» la question tournait, retournait, inquiétait, peut-on tuer pour jouer, tuer n’est pas jouer.

 

Je m'appelle Philippe, j'ai quarante-cinq ans, m’avait-il déclaré, je suis ingénieur électronicien pour l’instant intérimaire au ministère de la santé. Mon épouse s’appelle Patricia, blonde élégante de quarante ans, elle travaille chez Electrolux. Nous sommes mariés depuis vingt ans et comme beaucoup d'entre-vous, nous aimons le sexe, car il ne faut pas se le cacher, c'est un élément indispensable à la survie d'un couple. Qu’est ce qu’il ne faut pas entendre !

C'était un soir d'hiver, deux jours avant mon anniversaire. Patricia m'avait suggéré quelques jours auparavant de préparer le repas, car j'adore cuisiner comme cela se remarque au petit bedon que je transporte entre ceinture et plexus solaire.

Nous avions dîné aux chandelles et après ce repas, bien arrosé, nous avions décidé de regarder un film Q, histoire de se mettre en train. Patricia était montée se changer et avait mis son long déshabillé de dentelle mauve et noire, à faire pâlir l’archevêque de Canterbury. Après avoir allumé une baguette d'encens et elle m'avait rejoint sur le sofa où je m'était installé, comme d'habitude, et s'était couchée contre moi. Le film ne cassait rien. Pas d'histoire, du sexe sans érotisme comme on en trouve de plus en plus dans les films de ces séries. Les réalisateurs manquent vraiment d'imagination !

— Ce n'est pas terrible, il n'y a rien de bien excitant, si on montait, me dit-elle. Je monte la première, rejoins moi dans le salle de bain et monte les verres.

 

Je me souviens que Philippe avait été un para commando de première force au couteau, dans un régiment, en Algérie au temps du service obligatoire...

 


05:44 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

01/07/2004

Le perroquet borgne

 

Jean-Claude est étendu sur le lit dans la chambre de son ami.

Pas de lésion, quelques contusions, des hématomes, chairs froissées, allô maman bobo.

Quand même, on a eu chaud. Sans le couteau, ces empaffés les auraient tués, sûr. Et si le skin cassait sa pipe ? De toutes façons, ces larves ne sont pas du genre à aller voir la police. Ils ont eu ce qu'ils méritaient. Ce couteau, c'est un sacré engin. Très dangereux de se balader avec, non ?

 

La vie est dangereuse il faut savoir se protéger. Et se faire respecter, surtout.

 

 

Tandis que les collègues du commissariat d'arrondissement quadrillent l'immeuble et interrogent les locataires, la gendarmerie met en place une déviation qui intercepte les farceurs et l'inspecteur divisionnaire Palumbo, de la Brigade Criminelle à la Police Judiciaire, grimpe les six étages sans ascenseur jusqu'au studio de Marie-Rose Thibier.

 

A première vue, comme ça, Marie-Rose semblait bien plus farouche et mal à l'aise que Josette.

En fait, je me la suis tout de suite imaginée comme assez dure avec elle-même, une sorte de sobriété sévère si on peut dire.

Puis, par la suite, elle s'est assez bien adaptée à nos délires, jusqu'à devenir une très bonne copine avec qui on rigolait bien. De temps en temps, on allait même prendre le petit dèj chez elle le matin, et là, on s'éclatait bien.

C'est comme quand on débarquait chez elle avec Thierry et les grattes pour un concert improvisé, la pauvre, elle était verte !

 

Dans le petit logement, c’est le jeune juge Dangoisse dirige les opérations d'une voix blanche. Palumbo lui serre la main sur le palier. Le magistrat est livide, dépassé comme tout le monde par l’irruption de la civilisation dans la barbarie et inversement.

Une boucherie. On peut croire que la victime a ouvert elle-même la porte à son agresseur qu'elle connaissait, ou qu'elle n'avait aucune raison de s’en méfier. Palumbo hoche la tête en regardant les inspecteurs de la scientifique ramasser des indices, il observe tout et rien, son regard survole, il ne cherche, lui, comme à l’habitude que les objets insolites, dérangeants dans un paysage qui présente toujours une logique. Laurent Ruquier prélève ici et là pour sa collègue Mireille Dumas des fibres, cheveux, empreintes, traces de sang, tâches suspectes, cendres, boutons de culotte, mégots et  raclures de shit.

 

Quittant la scène du crime, Jekill aussi nommé Lapébie, Bertrand, médecin, gynécologue, ami de Nicole et présentement légiste ad interim vient saluer Palumbo d'une main moite. Nerveux, agité de tremblements chroniques, il avale son quatrième Valium de la journée en bafouillant ses constatations. Découverte du corps à 19 heures 05. Avec celle-là, ça nous fait quatre cadavres en trois semaines. Encore une jolie blonde. Multiples perforations au couteau, perforations et lacérations sur  tout le corps. Sauvagerie incroyable. Odieux totalement.

Palumbo jette un oeil faussement détaché dans la pièce où les spécialistes achèvent d'étiqueter leurs sachets plastiques. Le corps de la fille est encore dans la position où il a été découvert : sur le ventre, bras et jambes écartés, nue sous une robe de chambre non nouée, boudinée sur les reins. Palumbo et le légiste se regardent, se comprennent, c’est le même tueur ! : Un détraqué solitaire qui choisit ses victimes au hasard, pas de témoins, pas de signalement...

 

Tout ce qu'on pouvait lui proposer, c'était d'oublier tous ses problèmes pour quelques heures, ce qu'on essayait tous de faire le plus souvent possible.

Lorsqu'elle a vraiment commencé à avoir confiance en nous, elle est devenue plus humaine, plus tendre, comme un animal sauvage qui se serait laissé apprivoiser.

Un jour, alors que je discutais avec Josette, Marie-Rose est venue s'agripper à mon bras le plus naturellement du monde et elle est restée là quelques minutes à mes côtés. Et là, oui, j'étais fier d'avoir quelqu'un comme elle dans ma vie à ce moment-là, elle qui vivait un cauchemar familial chaque jour et qui souriait malgré tout à tout le monde pour ne décevoir personne.

J'ai ressenti quelque chose de très puissant en elle, quelque chose comme de la tendresse gratuite, comme un trop plein de vie, fabuleux.

 

Arrivée essoufflée du commissaire Wilson chez cette Marie-Rose qui habitait une chambre de bonne dans une maison où jamais il n'y avait eu de bonnes. Alors, tonne-t-il tandis que les techniciens quittent les lieux en emportant leurs échantillons, Palumbo, Ruquier et Dumas, Dangoisse refoulent dans la chambre. Pénible spectacle odoriférant d’urine et déjections. Ruquier grimace, Mireille Dumas secoue ses boucles. Le légiste avale une grande goulée d'air, s'accroupit auprès du corps et reprend une attitude professionnelle. Eh bien, je peux dire qu’elle a été frappée 4 fois dans le dos pour commencer. Puis, elle a subi une longue série de coups sur la poitrine, en fait on a sectionné les mamelons, en suite de quoi on a procédé à l’ablation d’un sein, on a tranché à plusieurs reprises le cou et on a frappé trois ou quatre fois à l’abdomen, même genre de blessures que dans les cas que nous avons récemment dû examiner.

Le décès aura été causé par le deuxième ou le troisième coup mais le tueur s'est obstiné. Malgré l’acharnement à hauteur de la poitrine, il semble qu’il n’y ait pas eu viol, je vous dirai quoi pour un rapport sexuel normal demain en journée quand j’aurai procédé à l’autopsie. Dangoisse n'en peut plus et va prendre l'air sur le palier. Wilson le rejoint. Palabres. Cette fois, on va employer les grands moyens pour investiguer, pas question de se faire évacuer sur un dossier ter ou quatrième de concours Elisabeth avec marche populaire et démission de ministres. Le parquet vient de demander la constitution d'une équipe de volontaires afin de mettre sur pied une chasse à l'homme de grande envergure. Au boulot.

Palumbo hausse les épaules, une chasse à l’homme dans la grand’ville ? Quel homme, d’abord ? L'enquête s'annonce fastidieuse, recoupements – interrogatoires - vérifications... Ça peut même être très long, lancinant. Ceux qui sont partants seront sur le coup 24 heures sur 24, la vie privée passera au second plan.

 

 

 

En écoutant les nouvelles à la radio, j’ai pensé à Sabrina et puis à Corinne. Corinne est plus discrète, moins joviale, mais tout aussi jolie et bien foutue que Sabrina. Ses expériences amoureuses, d'après Sabrina, sont malheureuses, n’ayant eu jusqu’ici que des expériences décevantes avec des garçons égoïstes, sans égards, ni tacts, totalement aveuglés par leur plaisir, leur jouissance, leurs performances, leur breloque...

Corinne m’a ramené au petit matin. J’aime bien Corinne.

 

J’ai parlé de Corinne chez Nestor, le sous-chef qui avait un bureau particulier dans le paysager. Je lui avais aussi parlé de Fiona.

 

J’ai déposé le paquet de revues sur le radiateur et je regarde les bulles dans la cuvette de l’urinoir. J’égoutte, j’enferme, je zippe, je reprends mon colis, j’ouvre la porte, la dame est entrée au Perroquet Borgne, le monsieur aussi, peut-être. La grande dalle de béton est vide, je me dirige vers l’ascenseur qui débouche dans le magasin ou dans le garage, au choix du bouton enfoncé. Nestor, Fiona, un certain passé.

 

Le passeport indiquait Fiona Volpe, la carte d’identité romaine était au nom de Luciana Paluzzi. Peut-être se souvient-on d’elle qui participa à une de ces opérations éclatantes du James Bond de la grande époque, fut-elle concurrente ou ennemie de Wilson, notre bon vieux policier à la pipe de papa ?

M’en souviens-je encore ? L’ai-je rencontrée sur une plage de Yougoslavie, ou à Rome fin août 1978, lors de l’élection du nouveau pape. Ah oui, celui dont la pipe…, non, un autre, un Polonais. Avait-elle été mon ennemie ou mon amante, lorsque Berlin était encore une ville communiste ?

Le mariage de Fiona avec Bernard Saison avait bouleversé sa vie à jamais. Cela avait été le coup de foudre. Elle n’avait jamais rencontré auparavant personne comme Bernard. Avec ses allures d’ours, c’était le personnage le plus masculin qu’elle ait jamais connu. Tout au moins, il possédait toutes les qualités qu’elle considérait comme typiquement masculines. Bernard était un homme pratique. Il était capable de réparer toutes sortes de machines et de s’entendre avec toutes sortes de gens. Le mari parfait qui ne poserait peut-être pas de questions idiotes sur son passé mouvementé. Quand elle l’avait rencontré, il roulait trop vite dans une vieille Alfa, la même que celle qui avait bouleversé les marchés vaudois sous la conduite du professeur Topolino. La carrosserie ne payait pas de mine, mais le moteur faisait l’objet des soins les plus attentifs de Bernard. Il passait ses dimanches dans des casses pour récupérer des pièces de rechange. Il tenait à ce moteur. Il l’aimait. C’était une des innombrables aberrations de cet esprit brillantissime et tordu. La voiture ressemblait à son propriétaire : mal fagotée, déglinguée d’aspect, huilée, nette et performante à l’intérieur. Le moteur de cette automobile tournait aussi rond que l’intellect de son propriétaire. Le drame de cet homme, c’était qu’aucune femme n’est capable de se représenter la beauté d’un cerveau et d’en tomber amoureuse. Bernard Saison se savait cent fois plus intelligent que tous ses concurrents dans la grande lutte universelle pour la conquête des demoiselles venues de la ville ou de Sicile ou d’Amérique et cent fois moins séduisant que le plus tocard d’entre eux.

Un jour pourtant, il s’était marié, avec Fiona. On s’était beaucoup trompé sur le compte de celle-ci, la reléguant au rang d’espionne de bas étage travaillant pour l’organisation financière et criminelle Spectre ou Smersh ou Pétroleum ou Pentel, enfin, un truc à fric….Peut-être aussi celle que nous rencontrons aujourd’hui est-elle sa fille, enfin, bon sang, comme elles se ressemblent !

38 ans disait-elle sur la place Saint Pierre, répondant à ma question pressante, autant qu’à mon discours très romain, avec les mains. Trente-huit, comment avait-elle calculé, elle avouait une date de naissance du côté de 1931, dix de plus que moi, à l’époque. Quand on aime, on ne compte pas. Luciana Fiona était si belle, si Italienne !

Elle avait toujours choisi de défendre l’indéfendable, d’accepter des missions qui peuvent tourner mal, très mal, à en mourir, pour de vrai. Elle aurait aimé pouvoir aimer Bernard, son mari, le vrai, l’homme qu’elle aimait, l’homme qu’elle avait épousé, elle aurait voulu pouvoir lui parler, lui dire sa vraie vie, elle soupçonnait qu’il l’aurait approuvée, cet homme, comme tous ceux qu’elle fréquentait était aussi un dur, un sévère, un de ceux qui savent encore compartimenter son esprit, et à séparer entièrement ses préoccupations familiales de son travail. Comment réagirait-il si elle échouait un jour une de ces missions qui ferait qu’elle serait accusée de trahison, et ils en seraient entièrement éclaboussés. Cette pensée l’angoissait.

Fiona aurait aimé être comme ces belles italiennes que l’on voyait en couverture de magazines, les Sophia, les Gina, les Ornella. Elle pensait qu’elle aurait tiré une satisfaction et un soulagement immédiats des manifestations publiques — explosions de joie comme de colère — pour lesquelles certaines actrices ou certaines femmes capricieuses étaient bien connues, mais elle ne pouvait rien y faire.

La mémoire n’est pas toujours fidèle qui superpose une autre Fiona, quinze ans, petits seins mous, élève d’une école bruxelloise et une troisième en filigrane, la même, résidente du Kgb en Suisse, comme le temps passe.

Pourquoi faut-il se souvenir des choses alors que le monde ne suffit pas.

 

Je quitte le Nelson, sur la place du marché, gardant aux yeux la silhouette de Fiona., de laquelle je m’éloigne, je m’en vais, on se quitte. Le monde ne suffit pas. Pour le moment, il ne tourne pas trop rond, a-t-il jamais tourné mieux ?

— Ne fabule pas, ce n’est qu’une pute dit Georges, tandis que nous montons dans son bolide à six cylindres en V que la technique consacre et que la police jugule.

 

Tout est contradictoire, le revers déborde sur l’avers, la montagne avance, la vallée se comble, l’homme se robotise.

 

Fiona ne savait quoi penser, elle l’avait laissé s’en aller, un bisou sur la joue, au revoir, peut-être à demain, qui est-il, un haut fonctionnaire ? Il avait eu des mots curieux, des paroles qui ressemblaient à celles que Georges avait prononcées autrefois, hier, le mois dernier, il y a un an, comment courent les heures à son âge ?

— Tu es la messagère des dieux, messagère des petits bonheurs, avait-il dit.

 

Fiona était certaine que ces paroles ne s’adressaient pas seulement à elle. Mais elle avait aimé que Monsieur Georges vienne prendre ses quartiers d’hiver au Nelson, il était devenu un client habituel, un qui s’asseyait au bar, près des filles qui souriaient.

Les gros pourboires y étaient pour quelque chose, mais ce n’est pas l’essentiel. D’autres habitués en donnent de tout aussi considérables et elle les méprise, ou les trouve ridicules, dans son for intérieur.

Un jour, Monsieur Georges a annoncé que sa troisième femme, ou peut-être la quatrième, était-ce la quatrième, était partie, Monsieur Georges lui avait pris la main et ils étaient allés s’asseoir dans le cabinet du train bleu, un petit salon particulier après le couloir qui mène à la terrasse-jardin.

Il lui avait commandé un carafon de vodka glacée et du jus d’orange, il savait qu’elle adorait cela, mais au boulot, elle ne buvait normalement que l’orange. Pouvez-vous me tenir compagnie, Fiona ? Mais ce n’était pas pour ce qu’elle avait cru. Ou plutôt si, en fin de compte. Mais pas seulement. Ils avaient parlé, il avait réussi à lui faire raconter sa vie. Ensuite, il n’avait pensé qu’à elle, à sa jouissance à elle, l’obtenant d’ailleurs — à leur grande surprise mutuelle.

L’homme, que Juliette avait amené aujourd’hui, qu’elle avait dû draguer dans l’un des bars du voisinage où elle travaillait habituellement, le Napoléon ou la Luppia, devait avoir l’âge de Monsieur Georges. Un peu plus jeune, peut-être, entre trente-cinq et quarante ans. C’est l’âge de tous les grands, Bob, James et puis non, se dit-elle, ils n’ont pas d’âge, Nestor semble vieux, Clark Kent trop jeune et Tintin asexué. Celui-ci était beau, mais il avait un regard morne, un oeil de volcan éteint, aride, un pli d’amertume brutale autour des lèvres Elle se demanda si Juliette n’avait pas été imprudente, si elle l’avait bien examiné avant de se laisser inviter, le circuit habituel, le bistrot familial et social, la place du marché, le pub où l’on déjeune ou alors on prend l’afternoon tea très chic. Le bar du Nelson, sans traverser autre chose que le tapis chinois du grand hall et les salons particuliers, parfois une grande aventure de plusieurs jours, la tartine de voyage.

En partant Monsieur, comment avait-il dit, il n’avait pas dit son nom, lui avait caressé le visage, le contour de la bouche, la pointe des seins, la hanche. Il lui avait parlé étrangement de cette Iris messagère des dieux. C’est l’épisode du Styx qui l’avait impressionnée, par-dessus tout. L’eau froide et pure du Styx qu’Iris doit aller chercher aux Enfers pour que les dieux puissent prêter leur serment.

 

Madame Jeannot a ramassé les gobelets en carton, — nous n’achetons plus de gobelets en plastique pour préserver la couche d’ozone, avait-elle dit... Elle est morte d’un cancer du poumon ou de l’estomac, je ne sais plus.

 

Philippe se cache sous les draps. Il est plutôt lève tard, à l’inverse de Corinne. Celle-ci passe alors dans la salle de bains et s’est régal de voir sa silhouette en contre jour, il n’y a qu’a fermer les yeux et se boucher les oreilles pour voir l’eau ruisseler de la pomme de douche à sa peau de pêche.

Souvenirs souvenirs, Johnny chante, Thierry voudrait parler de ce temps-là... sait-il que ce pub d’étage était vraiment la propriété du Marseillais du quai de Rive Neuve, qu’un jour il y avait des hérons qui pêchaient et que les eaux qui alimentaient l’étang venaient du Blankendelle, qu’au coffre à farine on servait des crèmes glacées géantes et que les Ardennes commençaient de ce côté-ci de la ville comme la mer s’étalait dès Grand Bigard, de l’autre côté, il n’y avait pas d’autostrade, pas de delta souterrain, pas de viaduc infernal, on patinait au coin de la chaussée de Wavre et du boulevard du Souverain. A la gare, on montait dans l’omnibus qui descendait vers la ville de verre, les raisins, la campagne bientôt Namur. Les navetteurs y débarquaient en bandes, disloquées par la berme centrale des tramways. L’hôtel était de Flandres, la banque Copine et le passage des galeries Werenne semblaient avoir inspiré le bonheur des dames d’un Zola de Meuse.

Etaient-ce photos et articles de ce temps-là qu’Henri emportait sous le bras, serait-il agressé au parking ? Un policier véreux lui offrirait-il une fausse contravention, aurait-il un pénible accident de circulation en sortant contre le talus du chemin de fer, en grimpant la rue étroite du Viaduc, en virant dans les lacets roses du logis.

 

La villa Bergamote est toujours en haut de la colline de l’avenue Delleur.

 

Henri tourne un peu en rond, toutes les rues aujourd’hui se ressemblent, s’indistinctent de banalités pour usagers faibles et de sens interdits en ronds-points ramènent le touriste rue des touristes... Passage à nouveau vers la flèche libératoire qui indique non le camp indien mais bien le prochain pas à faire pour traverser le carrefour Léonard, à moins que prendre le périphérique qui est le grand ring vers Waterloo, y descendre déguster au Moules à gogo un mollusque aujourd’hui autorisé bien que les mois en r soient absents jusqu’à la rentrée des classes... mais on ne peut nier la modernité des choses et renoncer à son temps. Les moules désormais ne donnent plus la grosse tête.


05:37 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |