30/04/2004

16h tapantes

A seize heures tapantes, Joseph en uniforme de grand chambellan m’introduisit dans la grande salle du Conseil qui était plus vaste que le public n’en a idée. Une longue table rectangulaire revêtue de feutre billard vert pomme habitait le centre de la pièce Tout autour des chaises à haut dossier, chacune supportant un personnage important. Le long des murs, des stalles offraient des petits sièges basculants à de nombreux courtisans et membres du conseil de deuxième rang.

Des sous-main de cuir fauve, un crayon, une feuille aux armoiries de la famille complétaient la panoplie de chacun.

 

Lorsque Joseph fit refermer les deux  vantaux, je m’avançai dans le local, suivi de mes deux gardes du corps, l’ensemble de l’assemblée se leva et me salua. D’un geste auguste je les priai de se rasseoir et pendant cet instant je mémorisai les visages, les regards.

 

Brouhaha, départ de conversations, interjections sourdes, petits gestes. Ainsi donc, face à moi, en bout de table, madame Mère, à ses côtés, le siège vide de François Doeuf, je l’ai su tout de suite, il ne pouvait en être qu’ainsi, à la vitesse de l’éclair je revécus les avatars de tante Marie qui bien très belle finit très mal, le siège suivant était occupé par un personnage falot qui se présenta comme délégué de mon beau-frère, un capitaliste castillan qui ne pensait qu’à investir dans des usines flamandes, ces gens-là disait-il travaillent mieux que les esclaves et on les paye moins.

 

Claude, pâlotte, était assise sur le bord de son siège, comme si elle avait un train à prendre dans la minute, j’ai su plus tard qu’elle était arrivée de Lorraine le soir précédent et que sa santé déclinait, on a toujours été un peu fragile dans la famille. En face de chacun un conseiller pavoisant de la branche des de Guise. La chaise de Louis était occupée par un homme de loi, gestionnaire de biens et de fortunes que je devais déjà avoir rencontré puisqu’il me fit un grand sourire.

 

Mon regard se porta alors sur la droite de Madame Mère pour découvrir hautain et suffisant le président en exercice, Charles, dont j’espérai tout de suite qu’il soit venu avec Elisabeth, son épouse, une très belle femme qui m’avait toujours plu. Et si l’occasion faisait le larron, une réception était-elle prévue pour ce soir, c’était trop tard pour le demander à Joseph.

A côté de lui, découvrant sa poitrine jusqu’au nombril, Margot faisait son petit effet dans cette salle jésuitique.

Elle pelotait un peu le voisin d’Hercule – François qui semblait d’ailleurs s’en féliciter.

 

Dans les stalles, sur la première chaise de la première rangée, je reconnu tout de suite Némo qui, m’avait dit Joseph, avait été ma secrétaire la plus récente, derrière elle, Céline, qui n’avait pas l’air plus étonnée que cela de me voir, je me rendis compte alors que la plupart de ces sièges-là étaient occupés par des femmes que je ne pouvais qu’avoir connues, bien intimement.

 

Par ailleurs, des représentants de familles influentes, les Caponni, les Bettencourt, les Bloch, Cousin en personne raide comme un de ces clous qui firent sa fortune raconte-t-il à tout le monde.

 

Les personnages proches me saluèrent gentiment et Joseph me présenta rapidement Perry Mason que j’avais bien reconnu, conseiller juridique assisté d’Henri Basnage de Beauval  qui fut fort influent dans l’affaire de Lady de Nantes, un homme très cultivé à qui l’on doit un  dictionnaire universel, recueilli et compilé par feu Antoine Furetière.

 

L’un des Henri (chaise de droite) commença à lire un interminable rapport d’activité d’une société patricienne mais dès avant d’en venir à la présentation des comptes, je fus très personnellement mis en cause par un représentant de la famille de Guise me traitant d’homosexuel, ce qui n’était évidemment pas le sujet du jour, oh le jaloux des avantages que j’avais accordés à quelques mignons qui, il est vrai avaient souvent couru à la faillite.

 

Un rapport complet allait être établi, dit-on, pour lundi concernant la gestion de madame Mère – en mon absence et je compris alors que des événements importants s’étaient déroulés, on disait ici clairement que j’avais joué au parrain, ordonné des éliminations, massacré mieux que certains concurrents lors d’une Saint Valentin passée, que j’étais un monstre et qu’en aucun cas on ne devait me laisser reprendre les rennes. Margot fut la plus virulente, je ne sais pas comment j’aurais pu répondre à tout cela, surtout que l’on parla d’un mariage, avec qui ?  de la Pologne où il y aurait des loups, de gens qui meurent de faim et de collecteurs de fonds Unicef qui s’empochent de sacrées sommes.

 

Heureusement, Mason fit d’emblée le vide et se tournant vers le Guise qui se croyait procureur le remit vertement à sa place lui rappelant quelques aventures roses à Blois et quelques adresses d’auberges et de pavillons de chasses de banlieue.

C’est quand on parla de la tour de Nesle que le délégué de Buick voulait faire abattre pour y construire une grande surface avec parking que des images assez crues se firent jour en moi.

 

Malgré le soutien de quelques amis ayant lancé des anathèmes vengeurs, ou des mots gentils à mon égard, en dépit des mots d’un poète roumain, d’un général  en exercice, d’une photographe liégeoise, d’une créatrice de petits miquets, aurai-je le courage d’attendre lundi la publication de ce qui fut décidé, il faut bien le dire sans moi, puisque je quittai la salle en traitant ces gens-là de petits valets de pieds et d’incapables !




17:28 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

29/04/2004

un moment de calme


Assis sur un petit banc , j’observe le petit peuple. Ensemble, nous prenons l’air au parc des buttes chaumont. Plus tard, je reviendrai lentement, me gorgeant d’images, par l’avenue Mathurin Moreau, la place du Colonel Fabian, direction Stalingrad, puis, je longerai le quai jusqu’à la place de Bitche. Je vais manger un bout puis j’irai me coucher, demain, je reprendrai la route pour m’en revenir affronter ce fameux conseil, demain à seize heures.

D’où je suis, j’observe des gamins qui jouent près du temple de la Sibylle. Cette prêtresse consacrée au culte d'Apollon, qui lui avait donné le pouvoir de prophétie, rendait ses oracles sous la forme d'énigmes écrites à Marpessos, près de Troie mais plusieurs lieux revendiquent la présence d'une sibylle, j’aurais aimé rencontrer celle d’ici.

Je vais rentrer dîner, chez Henri, Hamida et Mauricette ont prévu ce soir un de ces petits menus comme je les aime : petite salade de filets de truite aux pignons de pin arrosée d’une vinaigrette à l’huile de noisette accompagnée d’un château La Jauberterie 1996 un Bergerac de grand choix ! Ensuite un boudin de chapon de Berry aux endives belges purée de lentilles avec château Canuet (Margaux de cru bourgeois) pour terminer, croquettes de fraises au coulis de framboises.

Qu’aurai-je appris ici ? Qu’il y a plus d’un Henri.


13:52 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

28/04/2004

Vittel-methe

Mercredi

J’ai rêvé un moment, le regard sans doute perdu au fond du miroir, derrière les bouteilles, il y a toujours un miroir... Monsieur Henri boira ?  Le barman, un moustachu qui venait de prendre son service me regardait en souriant et redemanda : Je vous sers ?

Amaretto dis-je sans bien préciser, égaré dans des souvenirs portuaires. J’étais retourné au port. Je l'avais cherchée. J'avais fait tous les bars mal famés. J'ai retrouvé la chambre. Elle était close. J'ai attendu sans espoir. J'ai repris mon errance, dévisagé les filles, lorgné dans des bouges, bu dans des boîtes, assisté à des spectacles douteux et je suis rentré saoul à l'aube.

Il est mi-après midi, Maria balaye, le barman allume une gauloise disque bleue, je me tourne vers ma voisine de tabouret qui dit simplement : Tout va bien M’sieu Henri ?

Ils me connaissent donc tous ? N’y aurait-il que moi à ne pas savoir ce que j’étais venu chercher ici ?

 

La porte s’ouvre, dans mon dos, voilà bien quelque chose qui n’est plus arrivé depuis des lustres, ai-je oublié les consignes de mon parrain ? Un homme entre, s’avance côté bar-tabac, s'assied à l’autre bout du comptoir. Dans le miroir, je distingue une silhouette qui, après avoir observé un moment au travers de la vitre, se glisse dans la pièce et s’assied le long du mur, à gauche sous l’affichette de Ricard, je l’ai vu, je le dévisage, je le connais je ne sais pas qui il est. Il est vêtu d’un blouson un peu élimé. On voit la trame à zéro.

Je n’y suis plus, deux jours entiers à Paname ne m’ont ouvert aucune porte.

Je tressaille à l’interjection.

— Alors, Henri, du boulot ? questionne le barman en versant un petit blanc à l'inconnu.

— Eh non, Henri, répond le dénommé Henri après avoir éclusé aussi sec son dé à coudre. Tu sais, dans ma situation ...

— Ouais, pas évident ...

Sans attendre la commande de son client, le barman lui remplit son verre. Qui est aussitôt vidé.  Verre après verre, l'homme au blouson déglutit une dizaine de blancs. Avais-je dit qu’il portait un blouson de cuir noir avec un aigle sur le dos. S’appellerait-il aussi Henri ?

 

Voici un autre buveur, je l’ai repéré hier, je quitte un moment ma voisine des yeux, portant mon attention sur celui qui va s’installer devant la fenêtre qui donne sur cour , un chauffeur de taxi qui va fumer sa huitième Gitane maïs espérant que ne tarde pas le client qui s’arrêtera devant sa voiture stationnée sous le porche, pour tromper son attente, il refeuillettera pour la soixantième fois un Playboy de mars l’an dernier, ponctuant sa lecture d’onomatopées aie, ouille oh oh , et j’écoute le barman déposer un muscadet devant l’homme : Voici Henri ! je te fais signe s’il y a quelqu’un... Je savais déjà qu’il s’appelait Henri...j’en perds un peu d’attentions pour ma voisine qui me parle, je lui souris, je ne sais pas ce qu’elle me dit, ...

 

M’aurait-elle accompagné hier ? Je suis content de la chambre où je loge, j’ai demandé à Henri, le garçon qui servait hier soir s’il connaissait un coin tranquille pour dormir, facile avait il répondu : Pour atteindre le dourmidou du gîte, tu dois prendre l'escalier extérieur, sinon tu passes dans le corridor des vaguemestres. Elles essayent toujours de se taper un nouveau lapin, si elles t’ennuient, tu déclares que c’est Henri qui t’a envoyé. Je vais téléphoner pour que ta cambuse soit retenue.

 

Dans ma chambre, je me suis déshabillé et précipité sous la douche, désireux de faire disparaître toute la poussière accumulée d’une longue journée, voiture, rues de Paris, petit moment d’observation, Henri pour l’apéro, Henri pour le repas de midi, Henri pour le pousse café, Henri pour la sortie des bureaux, Henri pour le dîner, Henri pour m’indiquer l’hôtel, oh ! pas loin, derrière le coin, là où il y a la camionnette d’Henri. Henri ? Oui, le plombier... La nausée...

Une serviette autour des hanches, je me suis dirigé vers le mini-bar et je me suis versé une bonne rasade de Haig 20 ans d’âge, sur 2 glaçons  jetés négligemment au fond du verre…

 

Notice contrariante pour le liminaire d’hier : Pour rédiger ses biesseries, (l’a one baloûche din l’crâne !) Xian se base sur des informations authentiques, ou, à tout le moins, véritables, donc les personnes citées pourraient exister, Xian ne se sent pas responsable de leurs actes et donc tout qui se reconnaîtrait pousserait un cri de joie ou un coup de gueule mais resterait calme, Xian n’attendra pas le gun sur la tempe, il ferait un démenti immédiat si nécessaire. On ne se dispute pas avec le nombril du monde !

 

Un panneau annonce diverses manifestations locales, tiens, on joue à la balle pelote dans le quartier, oh !  on cite un numéro qui me met en émoi, pourquoi moi ? Un petit carton blanc, une inscription au marqueur bleu, épais, :

Un prochain lundi, Henri349, squattera la table ci-dessous pour répondre aux demandes d’autographes, le temps de finaliser le démontage d’un site à cinq tiroirs : Xian débloque qui serait tenu, dit-on, bientôt, par l’ancienne secrétaire du couple Céline et Henri, une certaine Némo qui en sait trop.

A bientôt toutes...

Tout ceci un peu caché par un vtt à vendre à un bon prix et une annonce de vie meilleure, santé et richesse chez Robert Décoracoeur, marabout diplômé, on peu régler en francs cfa. Machine à laver n’ayant jamais servi et poussette deux places ne servant plus, antenne satellite avec accessoires, je garde vos bébés si vous vous absentez, tel 0124-45-*** (par discrétion, j’efface la fin du numéro, certains s’empresseraient peut-être de faire des bébés pour pouvoir téléphoner.

 

Une dame avec cabas revenant du Super U entre et sans vergogne m’accoste, je suis une lectrice dit-elle. Ici le dialogue pourrait tourner vinaigre, pour s’en prémunir, nous tenterons la machine à zertie et moi d’en limiter le flot de paroles et de paragraphes, trop de paragraphes causent des perturbations dans le métro que doit se dépêcher de prendre tous les matins le représentant de la Spielberg, Crighton and co pour le remake de Kongo.

Ce n'est pas Henri que vous présentez, dit donc la lectrice, un peu haut, un peu hautaine dirais-je même, c'est votre propre conception d’une histoire sommes toutes sordide, qu’avez-vous fait de Corine, qu’est devenue Céline, un massacre et des assassinats, des religions d’amour qui sèment la haine et en plus de ....

 

L’auteur Xian face à la meute : (et qui d’autre pourrait répondre, Henri est hagard, d’ailleurs, il en laisserait là son carrosse pour descendre à Crimée, sauter dans la rame, remonter gare de l’Est, changer, pas même tant pis, la gare de l’Est, c’est bon, un billet Madame dirait-il au composteur, t’es nase répondrait un jeune homme en casquette inversée, ça cause pas, ça attend les pièces, c’est tout, un ticket pour pour enfin pour l’Est, Metz, Strasbourg, Bâle, Innsbruck, Zagreb, Belgrade, Istamboul...plus loin, encore plus loin...Plus loin c’est la guerre dirait l’autre jeune en blouson noir, les deux mains dans les poches, les santiags souillées aux pieds...)

Bien sûr, je veux dire sans doute, enfin, excusez-moi de demander pardon, d’abord m’asseoir à la place réservée pour les grands invalides, ensuite préciser que l’histoire est un genre essentiellement subjectif. L’auteur n’est pas responsable de tout, en plus on tente de l’égarer souvent vers de pervers chemins de traverse, par exemple hier, Xian Xian xian, le cri habituel de la belle en pamoison, l’auteur se précipite...

Il n’était question que d’édition de mots mis bout à bout annonçant une kyrielle de maux alors que l’émotion grandissait de plus en plus ! Qu’imaginer ? Donc me voilà parti à la recherche de la belle éliminant dans cet Etrimo de quartier la déplaisance, les odeurs de frites dans les couloirs, les inévitables exhibitionnistes tentant le coup à la Sifreddi, (dont même le correcteur orthographique de Windows ignore les syllabes !)

Traverser les ondes au langage Save My Soul, traquer les mauvais élèves du cours de Madame Francwès et ceux qui abusent de leur force pour ponctuer sans cesse.

Où se cache-t-elle, crier Xian et ne point rester, attendre, voir venir, à quel étrange supplice convie-t-elle le pauvre narrateur ? Il ne s'agit pas que mes demoiselles me jouent l'air. Serait-elle ici dit-celui-là en poussant une porte, non pas possible il n’y a que des mangas (le mot japonais assez banal signifie bande dessinée) crus comme les sushis, des écolières sans culotte, des infirmières à grosse seringue, des dragons à pénis exhaussés grâce à des machines que l’on vend à tour de bras. Ce palier ? Non, une carte de visite épinglée couverte de smiley’s, non, elle ne loge pas ici, du bleu la mer, cœur boum boum un appart prozac et un voisin qui cause de construction de blocs de logique de bogues n’arrivé-je pas au grenier, je vais tomber sur des en-manque, des nymphettes prépubères, qui sait un placard un cadavre, une chambre de bonne ou s’échine sur une vieille Remington un écrivaillon génialement incompris empilant des mouchoirs en papier dans la corbeille ad-hoc, jetant en boule par-dessus des dizaines de pages blanches, toujours la page blanche, virginale, jamais il n’a pu se décider à la culbuter, la prendre par l’autre face, qu’elle ne voit rien on peut tout faire, il existe même des gommes, du correctors, et l’on peut s’esquiver sans laisser de traces, mais précisément, précisément pleurerait-il, les gens vont dire qu’il se drogue, ma bonne dame dira l’une à l’autre, je le savais, je l’avais remarqué bien que tranquille savez-vous coi, il restait souvent coi. En fait, dans ce gros bloc d’interférence céleste, n’y aurait-il qu’un seul endroit où vivre ? La belle serait-elle allée se réfugier chez un nageur de notre connaissance ? Chez une demoiselle qui montre son dos, sa jambe sa cuisse sa nuque enfin beaucoup trop peu d’elle ? Auprès d’une autre qui serait ravie de dire du mal de son employeur, à moins qu’elle se planque dans l’étoile ?

 

 

Interloquée ! La dame au cabs, interloquée. Rarement un auteur prend à ce point l’initiative dans le récit. D’habitude le héros, enfin, il est vrai qu’ici le héros n’a pas toute sa tête, n’est-ce pas ?

Je me retourne vers Henri le barman et je lui dis pression, mon vieux, je m’équipe de pichets de bière. M’a donné le tournis, celle-là.

— Bah, laisse dire, on la voit souvent, elle passe, elle essaye de vendre des bricoles, elle surnage dans le monde cruel, elle va bientôt toucher la retraite, sans doute finira-t-elle à Benidorm où à Tenbel.

 

Et puis merde ! Y en a marre ! Je vais faire comme tout le monde, Henri, je suis entré, rengaine tes bières, éclabousse moi d’un Chivas Régal double, triple, file moi une clope, t’es con ou quoi, rien à en foutre de ta nationale, je veux une vraie extension phallique d’homme qui le vaut bien, j’ai accroché la longe de mon destrier à gauche de la porte double battants, mon colt est semi dégainé, t’as pas intérêt à me jouer un tour, alors aboule cette Marlboro !

Tout en sirotant nonchalamment mon verre, regarde Henri, regarde le geste, inspire-toi bon sang, t’en connais combien qui ont ma tenue, mon port élégant, t’as vu mon gilet violet, ma chemise à manchettes, regarde Henri barman, un jour tu seras peut-être client, regarde, je tourne lentement la tête, insensiblement, vers la créature de rêve à ma droite. La jeune femme n’en peut plus de ne voir que moi, de ne remarquer qu’un seul consommateur. Elle se tourne à son tour vers moi. Elle me dévisage lentement puis fixe mes yeux, son regard dans le mien, Folcoche et puis succion d’amygdales en vue. Regarde Henri, écoute barman, elle cause, elle jacte elle s’affirme :

— Ne nous sommes nous pas rencontré déjà ? Comment vous appelle-t-on ?

— Je suis dans les affaires et j’ai furieusement envie de vous.

Grandes musiques, Wagner et tout glissade, Mozart …  La complicité s’installe. On s’était connu, on s’était reconnu, on s’était perdu d’vue, on s’était retrouvé. Et à la fermeture de l’établissement elle va m’accompagner, cette jeune femme qui ne pourra lutter contre l’envie de s’offrir un dernier verre. Une fois passé le seuil de la chambre meublée, un lourd rideau de velours pourpre et or s’abat sur notre aventure qui annonce les amours les plus folles.

 

 

— Reste tranquille Magda, dit Henri le barman, t’affole pas, il cause seulement Monsieur Henri, il parle, c’est tout, quand il aura terminé son vittel-menthe, il rentrera s’allonger, c’est pas un client Magda !


06:27 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

27/04/2004

Hamida en cuisine

 

Le plat du jour, un demi de rouge, la cuvée du patron, un Henri de derrière les fagots, très gouleyant, une île flottante, un express.

Ronronnement de conversations multiples, voix qui s’entrecoupent, sonorités étranges et vocalises assourdies, eh oui hier, j’étais fatiguée ! Et c'est dommage parce que nous avions prévu avec mon chéri d'aller assister à un spectacle de piano de musique romantique et me voilà tellement fatiguée que je n’ai rêvé que d'une bonne douche chaude et de télévision bien au creux de coussins de soie, chez moi dit, une petite voix chaude, probablement la blonde assise au trois quart d’onze heures, direction fenêtre, une habituée sans doute, une dactylo qui lisse sa jupe en se levant, elle salue quelqu’un que je ne vois pas. Elle sort en lançant un au revoir Henri.

Je hoche la tête.

« Malgré son importance, la présence active de gros bonnets industriels et financiers dans les conseils d'administration des principaux groupes de presse ne justifie pas à elle seule la connivence systémique qui se développe de plus en plus entre les cercles médiatiques dominants et les milieux d'affaires ; le gratin du monde économique et financier cherche aussi à rencontrer l'élite des pouvoirs médiatique et politique dans des lieux privés, à l'abri des regards indiscrets. » Bon inintéressant, rien à voir avec moi.

Sur une banquette, un petit couple doux. Il avait l’air d’avoir trop chaud et transpirait abondamment, elle semblait avoir froid ou du moins tout juste. Elle avait bu un jus pêche abricot avec des glaçons, lui une bière pression. Sans doute parlaient-ils de tout et de rien, il lui caressait le dos à travers au moins deux pulls. Ses mains étaient peut-être froides car la fille frissonnait, Maria murmura le garçon, Henri répondit doucereusement la fille en grelottant de plus belle.

Il parla, disant des choses sur lui, comme on aime en dire de soi à la personne que l’on aime, il la prenait sous le bras, déposait sa tête sur son épaule large et solide. Tout à coup, ils se mirent sur pieds, salut la compagnie ânonnèrent-ils, soudainement les voilà pressés, une urgence d’amour sans doute.

En face d’eux absents désormais, un personnage dodelinait du chef, étrange ressemblance, du déjà vu, un Henri de ma famille, un beau-frère de Maria, non, mieux et pire, la mémoire est donc suprêmement sélective, j’avais devant moi attablé calmement le sosie – ou le vrai, Jean-Pierre Marielle peintre de natures, chercheur de la perfection faite fesse. Je fermai un moment les yeux pour me repasser sur l’écran noir la servante de l’hôtel baissant culotte, ah ! ha ! nom de dieu de bordel de merde quel cul mais quel cul.

Comme quoi la Bretagne n’a pas que des galettes et du chouchenne à proposer.

Et de Bretonne avant la bonne Bécassine, j’en ai connu l’une ou l’autre, souvenir vivace mais sans images d’Alexandrine que j’avais surnommée drinne-drinne, en raison de la petite secousse que je recevais chaque fois que je lui parlais. Ce fut elle qui me "prit en mains" à mon arrivée au cours de technologie maritime. Donc j’ai suivi un cours de ce truc là, je ne me souviens de rien, mais, c’est moins étonnant, peu d’élèves se souviennent des cours du secondaire évolué. Mais une fille, oui, elles font tout, maintenant, paraît-il, il y a même des chauffeurs routiers, chauffe Marcelle, que je fasse un pneu ! Ce ne fut pourtant qu’après un temps que je fus invité à passer l'après-midi chez elle, dans son grenier. On s'est éclaté comme des fous à réciter des poèmes et des fables, et à jouer aux chiffres et aux lettres. Puis je suis resté jusqu'à la fin de l'orage qui faisait rage à l'extérieur.

Je n'ai aucun autre souvenir d'elle.

Surtout que ça fait des années qu’elle est dans la chaussure, dit une voix grave à la table voisine (ce ne peut être qu’un code !).

Peux-tu nous parler de ta collection, “De l’huile sur le feu”  dit un levantin un peu gras à une écolo à lunettes. Flash clache drache hache Henri reposa Céline à terre et prit ses deux mains dans les siennes. Un sourire éclatant illuminait son visage.

  Sortons Céline ! lui dit-il avec fougue.

— Je veux rire, m'amuser avec toi ! Je veux écouter les bruits de la ville en ta compagnie et croquer intensément chaque instant de la vie, de la ville. Nous avons tant et tant à rattraper !

Les lèvres un peu entrouvertes, Céline le regardait. Mal remise encore de l'émotion violente, du choc de la surprise, d'effroi et du bonheur intense qu'elle avait éprouvé quand elle avait cru le perdre et qu'elle s'était précipitée à sa poursuite pour le retenir. Elle tressaillait maintenant qu'il était devant elle, baissant les yeux devant ce regard persan qui la figeait.

Iranien eut mieux valu, cette estocade ne marquait qu’un passé ou un avenir sans forme, je tournai la tête en tous sens sans voir de Céline, sauf peut-être la grande brune au décolleté avantageux, un C était brodé sur son sein gauche. Moment de plaisir à regarder cette forme féminine, regard échangé, elle se lève mais son commensal aussi. Au revoir dit-elle en me fixant dans les yeux. Adieu Jean cria une voix depuis le comptoir à coquetèles.

 

(Note liminaire tardive, pour éviter d’être reconnu par un témoin Arlonnais ou Malthusien à la mémoire plus aiguisée que la mienne, il faut rappeler que tous les personnages qui apparaissent dans ce récit sont fictifs, y compris ceux qui occupent un poste officiel, et c'est bien fait pour eux, ah ah ah !)

 

Nicole, de Savigny, qui me revient-là ! Maîtresse d’un Henri, était-ce moi, longues cuisses blanches, épaules raides et dos droit, je ne sais plus le regard, je ne sais plus le coup de reins, elle met au monde un fils. Doutant d'en être le père, Henri ne le légitime pas. Ce nouvel être, Henri dira la mère, il s’appelle Henri, reçoit cependant le titre de comte de Saint-Rémy et trente mille écus. Une somme ! Ce fut, j’en suis certain, un parent de la comtesse de la Motte-Valois, impliquée dans l'affaire du collier de Marie Antoinette. A-t-on raconté cette affaire ? Le procès fut-il impartial, l’affaire du collier, qu’en disent Blake et Philippe Mortimer ? Oui, oui, je prendrai un autre petit café, dis-je à Maria, qui passe enlever le minuscule plateau, la soucoupe, la tasse vide.

— Table huit, un café et table deux aussi.

Je ne puis m’empêcher de tourner un peu la tête, une dame, la quarantaine un peu marquée, sac à main, serviette en cuir, beau, du veau retourné, un cadeau sans doute d’un mari attentionné aux premiers temps. Chef de bureau ? Enseignante ?

Quatre jeunes femmes discutent âpre derrière moi. « Le seul problème, ç'est que pour le moment, on n'a ni obtenu l'égalité ni la liberté. Et de toutes façons, comment peut-on envisager ne serait-ce que l'idée qu'une personne puisse être libre en système capitaliste ? C'est un non-sens. Les femmes peuvent, et doivent, obtenir l'égalité et le semblant de liberté que les hommes croient avoir. C'est indiscutable. Mais gardons à l'esprit que la véritable liberté, dans ce système, ne peut exister. L'un des principes-moteurs du capitalisme est aux antipodes du bonheur des personnes. Car des personnes malheureuses consomment plus que des personnes heureuses. » Allez, c’est l’heure dit la plus âgée des quatre en se levant.

— Voilà M’dame Jacqueline dit la Maria en déposant sous-tasse et tasse dangereusement près du bord de la table, table numéro deux.

Maria s’avance d’un bon pas vers moi, nous ne nous connaissons pas encore, elle parle à Madame Jacqueline, alors les deux enfants sont grands, maintenant, madame Jacqueline ! et sans attendre plus loin la réponse, elle dépose mon café, pivote sur les talons et annonce un pousse pour la deux, offert par la maison ! Je remarque que la dame s’est tournée légèrement vers moi, esquive mon regard, le reprend dans le miroir de la colonne. Elle baisse les yeux, peut-être parce que mon regard est descendu sur ses seins. Parce que les femmes ont une capacité de jouissance infiniment supérieure aux hommes et qu'il faut les tenir en laisse, on leur a inculqué la honte de leur corps, alors, elles baissent les cils, elles closent les genoux.

Suis-je venu ici pour découvrir Maria la servante, simple employée au fixe et au pourboire, syndiquée et couverte par la sécurité sociale, détecter des évaporées qui s’échappent aux bras d’amants pressés, trouver une Jacqueline de l’éducation nationale écrite alors qu’elle aurait pu être dessinée, je m’adosse et des yeux fait le tour de la salle à manger, n’y restent que six convives, trois jeunes cadres supérieurs ayant déposé leurs ordinateurs portables contre le radiateur, Jacqueline, une brune qui devait avoir été blonde comme c’est courant m’avait dit Joseph lorsque j’avais prétendu reconnaître une dame à ses cheveux... Perruques, shampooings colorants, bombes de laque à paillettes et artifices en série, Monsieur ne se rend pas bien compte de tout ce que ces dames nous cachent sans cesse, Monsieur doit bien comprendre qu’elles ne parlent pas toujours notre langue, qu’elles sont habillées souvent comme des hommes, qu’elles cachent leurs jambes et montrent leur derrière, qu’elles arborent des bijoux insensés aux endroits les plus ahurissants, que leurs pantalons en denim ne sont pas taillés pour aller à cheval mais pour épouser la forme de leur sexe, qu’elles se font refaire des nez, des seins, des hanches, elles se liftent se multipiqûousent anti cellulittement, elles boivent d’étranges liquides blanc visqueux en s’exclamant qu’on voit le bien tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, Monsieur ne doit ni sourire ni plaisanter à ce propos, Monsieur se ferait agonir !

Dans la salle une autre dame seule, elle se lève et va au comptoir, de l’autre côté-là où le bar tourne et devient bar tabac coiffeur, elle pose la main sur le comptoir et demande quelque chose à voix basse au barman, j’entends Henri, je vois que l’on me regarde. Je me lève et viens m’asseoir sur un tabouret étroit, à une encablure de la postluncheuse. Serait-ce une peritoinette ?

Joseph m’avait bien mis en garde, Monsieur monte à Paris, Monsieur prendra garde, à l’auberge de Meung, les rencontres étaient ferraillantes, aujourd’hui, des loubards vous escamotent pour moins d’une couronne ! Sitôt en ville, on ne trouve plus aussi facilement d’aimables lingères, les Constance se font rares en ces temps de wasserettes automatiques. Monsieur a peut-être tort de faire ce voyage avant vendredi, monsieur sera sans doute invité à y aller la semaine prochaine.

— Oui, sans doute mais encadré contrôlé visualisé, non non, je vais y aller seul toute la semaine, Joseph.

Jacqueline se lève, ne m’accorde pas même un coup d’œil, tête haute, talons claquants, elle quitte l’établissement sous le « à demain madame Jacqueline » hurlé par Hamida du fond de la cuisine.


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26/04/2004

Gong de midi

 

 

Rien n’a bougé depuis longtemps, ici rien ne bouge jamais, entre la société du gaz et les abattoirs, les immeubles sont restés, seuls les gens ont changé, et encore, pas tous, les habitués de chez Henri travaillent rue de l’Ourcq, rue de Cambrai, rue de Nantes, rue de Montaigu, rue de la digue. Autour de Saint Christophe se rassemblent des populations étranges venues des quatre horizons, on dit ici qu’il y en a de Belleville, que des Bretons se sont installés impasse de Joinville, que Désiré connaît Marseille. Des parfums d’Afrique montent du sol aux linges d’Italie pendus aux fenêtres.

Paris ressemble aux contes de mon enfance, toi la Maria, toi la servante...assis dans ma cage vitrée, j’observe le va et vient devant le bar tabac café brasserie restaurant coiffeur, je regarde impressionné l’enseigne peinte par un ancien décorateur qui faisait les affiches de cinéma du vendredi (les films changeaient le vendredi à dix heures et dans le quartier il y avait le Movy, je me souviens comme si c’était hier du Mariage à l'italienne (Matrimonio all'Italiana) de VittorioDe Sica).

Chez Henri.

Ainsi donc, ici, je trouverais, disent certains, toutes les réponses à mes questions. Sans doute est-ce beaucoup demander, si déjà je pouvais avoir des certitudes quant à mon père, ma mère, mes frères et mes sœurs, oh oh ! Avec ces indications-là, je n’aurais pas l’air novice, collégien, puceau, vendredi prochain, grand jour du Conseil.

De l’autre côté du trottoir à côté d’une colonne Morris un kiosque étale des couvertures de magazine que ne regarde qu’un adolescent un peu pâle. Traîne le Elle ou Emmanuelle Béart est mi-nue, trempée dans l’eau jusqu’aux fesses, un vieux plan Hatier, le Paris-Turf, des seins marmoréens, des seins virginaux, maternels, érotiques voire historiques, tel celui d’Evelyne Thomas dont la manchette hurle « Elle crie au faux ! ». Le sein, compte tenu du nombre d’expositions dont il bénéficie semble être un objet de culte dans le quartier, peut-être appartient-il, il est vrai, au patrimoine national. Il est celui de Marianne avant d’être celui d’une quelconque dévergondée.

Marianne et la France, Marie de Clèves et Louise de Lorraine, Jeanne d’Arc, des noms de femmes me sautent au visage comme ces poitrines généreusement exposée chez le petit libraire, des formes, généreuses elles aussi, la Maria, elle me trotte, la Maria et puis Fabienne, Fabiola, Fatima, Géraldine, Germaine, Georgette, très généreuse, le cul large, des formes, pas de visages, des noms, pas d’époques, ...

Louise, Louise, vos démons ? Tina, Brooks, ...du café Henri entrent et sortent des dizaines de personnes, cela marche bien ce petit bistrot qui ne paie pas de mine.

Louise, Maria, c’est quoi, c’est qui d’où me viennent des images des mots, Maria toute noire à la Boule rouge, Maria, toi la Maria, toi la servante ...l’air tourne comme le moteur de cette camionnette qui vient me couper le champ de vision, n’est-ce pas étonnant que l’on puisse encore couper une vision à celui qui déjà ne voit rien.

Je crois bien que je l’ai déjà dit, mais ne peut-on, se bisser ? Je me d'mande si c'est la même qui nettoyait à La Boule Rouge, un bistrot huppé de Matadi, on lui disait souvent, regarde Maria, ici c'est pas encore propre  et Maria se penchait se penchait se penchait s'épanchait, je l'aimais bien Maria, je lui disais tu dois encore laver ici et là, Maria....

Donc je suis allé à Matadi. C’est loin du canal de l’Ourcq. Ce café serait-il un rendez-vous d’anciens saigneurs, de mercenaires, de colons en panne ? Qu’ai-je à y voir, à y faire ?

 

La camionnette s’en va en dégazant, c’est pestilentiel ! C’était une livraison pour le marchand de journaux, la dernière gazette du matin dont la manchette est : « Les chiffres ne mentent pas, trois mariages sur quatre terminent en divorce ». Cela m’incite à penser que tous ces Messieurs aurait plus simple à vivre s’ils épousaient directement leur quatrième femme.

 

— Maria. Oui, j’ai bien connu une Maria m’à raconté le marchand de chez Nicolas à qui j’achetais un litron pour écluser en attendant de décider, de décider de décider, ce qui n’est jamais simple !

La trace de Maria de Naglowska se perd au début de la guerre, n’est-ce pas mon pôv messieu, à mon avis, elle n’aura été qu’un de ces météores que nous fréquentons parfois et dont on ne peut mesurer la trajectoire que sur un parcours réduit. Elle était pauvre, et il est évident qu’elle aura succombé finalement à ses difficultés financières; les livres qu’elle préparait et annonçait comme la Messe d’Or ou la Victoire de la vie, le Bien et le Mal et Harmonie Nouvelle, n’ont sans doute jamais paru. A-t-elle pu rester à Paris durant l’occupation ; ou a-t-elle résidé dans une autre ville de France ? Comment savoir, voyez-vous ?

Je ne voyais rien du tout, une première piste sérieuse quant à mon passé, celle de Maria, s’effondrait-elle ? De la guerre j’avais gardé l’impression que, chaque nuit, je périssais dans les flammes d’un château de Touraine. Une image folle surgit d’un bout de Seine et d’une tour similaire à celle de ce château, la tour de Nesle.

Onze heures, je me décide, je m’arrache au cuir de skaï et je vais balancer mon grand corps beau et tout jusqu’à l’entrée du bar, j’y pénètre derrière un habitué qui jette à la ronde un « salut tous Henri, un demi ». Voix off relayée par un tonitruant un demi Maâmm Maria.

Des tables au formica pas trop propre, un bar rafistolé une vieille Faema du temps de Merckx, des chaises bancales, des tabourets, une barre, le zinc classique mais plus loin l’arrière salle meublée de tables couvertes de nappes à carreaux rouge et blanc. Ce café avait un bar d’habitués très occupés, trop pour se laver les mains entre chaque dégustation mais il s’y commerçait visiblement des plats du jour appétissants, le lunch ressuscitant, la cuisine de chez nous, cet établissement offrait des beignets au poisson, du punch planteur, des boudins créoles, du gumbo à l’acadienne au milieu de sa clientèle locale et celle glissant du périphérique par le boulevard Mac Donald, des hommes d’affaires, des directeurs bureaucrates, des voyageurs de commerce en tissus milanais, des plafonneurs sardes, des carreleurs calabrais, des maçons espagnols, de plombiers parisiens, des employés de la Lyonnaise des eaux et ceux de la banque Ben Tapijt, des marchands de charbon et vin auvergnats, un représentant en moutarde de Dijon, des agents d’assurances suisses, de midinettes du coin et de quelques présidents en costumes foncés. La cuisine, chez Henri était tenue par un Hamida fort en gueule et par une Mauricette de l’île Maurice qui vous plantait d’un regard assassin toute tentative de touche à mon et tu verras Montmartre et qui n’arrêtait pas de gazouiller.

Pour midi c’est complet annonça l’affichette à ceux qui se pointèrent trois minutes après le coup de gong. Chez Henri, la salle à manger s’ouvrait sur un coup de gong.


05:29 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook |

25/04/2004

recherche active d'un passé présent


 

 

Bien que je ne sache pas au juste qui et quoi, il est cependant nécessaire que je conserve mon incognito, je suis donc descendu en baskets souple, jean moulant et tee-shirt rose, j’ai cru comprendre d’une communication avec madame Valoo que le rose était la couleur parisienne, peut-être un point de ralliement.

On ne sait jamais, il va peut-être falloir séduire quelques indigènes, j’ai poussé dans le coffre d’une très anonyme Pijosimca aux ressorts dignes d’un lit français deux casques de chantier blancs (pour la visite des halles), quelques robes en diolène achetée en vitesse hier sur le marché de Maastricht (comme monnaie d’approche pour les autochtones que l’on dit peu farouches), trois revolvers à eau en plastique (pour leur marmaille), un gildwelle à longue lame dans son étui (pour la découpe des cuissots et des cuisseaux, lesquels sont les meilleurs d’après Mérimée ?) une paire de bottes (pour la visite des catacombes), de l’ail et deux citrons (contre les vampires et le scorbut), des chaînes d’acier trempé (pour attacher les porteurs récalcitrants), un coffre de verroterie (de chez Kruidtvat) et des bibles (illustrées imaginativement et abrégées), un petit fût de rhum (Negrita). Je trouverai certainement le reste sur place, un bidet pliant, un canot gonflable, du sérum contre le venin et une boîte de capotes.

 

Au sous-sol, je me suis senti l’âme de Henri Morton Stanley sur le chemin de Portsmouth. Sur la rampe j’ai accéléré pour passer à l’orange, j’ai viré sur les chapeaux de roue dans l’avenue encore sombre à cause du changement d’heures, j’ai vrombi tant que faire se peut des quatre cylindres de Sochaux, pilé au stop du boulevard du souverain pour laisser passer un curieux passant en slip de bain, j’ai  franchement survolé le viaduc de béton mou, engagé la surmutipliée, dépassé un livreur en tricycle, poussé dans ses retranchement un facteur d’orgues, talonné un camion de TNT bourré à exploser, autostrade, bétonbahn, flash radar était là, je pompe je pompe je pompe j’entre dans la dixième province récente et encore endormie. Déjeuner frugal d’une tartine de beurre jambon sous feuille diaphane, café de la machine à vapeur, je dégaine comme le gaucher, pistolet de la pompe à essence, glouglouglouglouglouglou, ces vieux chevaux consomment, dis-donc, broum, vroom, crachottis, pétarades, La Louvière, visiter les ascenseurs, incroyable époque, de mon temps il y avait les musées ou les monuments, ça me rappelle irrésistiblement Viviane qui voulait toujours pousser sur le bouton arrêt, un gros bouton rouge, je lui avais dit je viens avec toi, au centre Martini, je te montrerai même mieux, il y a aussi un téléphone dans la petite cabine, incroyable dit-elle bon, on s’égare mais la route est monotone, Borinage, archéologie industrielle, monument à la gloire de Sogetra double face à Hensies, Valenciennes au loin, la Somme défile, laissant loin derrière moi les bêtises, le passé, justement, j’aurais voulu le retrouver, c’est le but de ce voyage, jonction avec la piste de bison futé venant de  chez les Chtimis, gauche, droite, rien en vue, Péronne, au loin les tours de Senlis, file, péage ! On me l’avait dit, ils jouent les civilisés mais ne vivent que de rapines et de pots de vin, j’ai ce qu’il faut dans la malle arrière, des couteaux en plastique, une bouteille de Zizicoincoin, cela devrait suffire.

 

A ma droite le fameux château du général Alcazar, aux mille écuries, devant, les tours jumelles de la porte de la chapelle, le joint de culasse explose de joie dans le tunnel.

— Vieux connard ! crie un taximan qui me double tandis que je me range. Ainsi donc, même leur langue est fruste, je lui fais tout de même signe de la main, pas la peine de se fâcher avec les indigènes dès le premier contact. Dans la boîte à gants qui jamais n’en a contenus, je prends le manuel qui devrait répondre à mon questionnement.

Vérifier la carte verte, na transportez pas de vin sans un congé que vous devez obtenir sur place au moment de l’achat, ne stationnez pas devant les ministères, des hôtesses fournissent les prix des garages liste séparée, la priorité de passage est accordée aux ambulances, un document d’importation temporaire est nécessaire pour votre avion, si vous avez un accident...

Ce doit être la bonne rubrique, que faire, un garder son calme, deuxio rechercher un agent de l’autorité, ...

Précisément, en voilà à bord d’un véhicule assez surprenant surmonté d’une petite lampe bleue, ce n’est pas très joli.

— Ah messieurs, je vous salue.

Papiers, carte grise, z-ête étranger ? les mains sur le toit du véhicule, écartez les jambes...

Je me suis invité dans la ville lumière, il n’est évidemment pas question de détonner, je suis les coutumes locales.


06:56 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

24/04/2004

Samedi 24

 

Donc, après l’éuh l’effe Leffe Dinant trappiste fromage santé, je relis une fois encore la lettre que le porteur de DHL a déposé en mes mains propres comme le figurait l’imposition sur l’enveloppe.

Monsieur Henri,

 

 

Je m’appelle Eugène Flahaut, comme mon ancêtre, je suis ingénieur et Français. Mon aïeul, avec son demi-frère Stéphane Mony, construisit la première ligne ferroviaire française: Paris-Le Pecq (près de Saint-Germain-en-Laye), en 1837, puis Paris-Rouen (1840) et Rouen-Le Havre (1842).

Personnellement, je me suis contenté d’un diplôme et de quelques années au service d’un industriel de Nancy. Plus tard, je suis rentré à la police scientifique et je suis devenu par le hasard des choses un collaborateur de la DGSE à moins que cela ne soit du CRN ou du KWIK, toutes ces abréviations ne veulent rien dire et n’ont d’utilité que de pouvoir nommer des fonctionnaires à des postes précédemment inexistants. J’ai arrangé une petite chose pour la fille du président de la république et c’est ainsi que je suis devenu un conseiller « dans l’ombre ». Grâce à cet appui occulte, j’ai obtenu un poste à la Gécamines.

Un peu après, j’ai été conseiller aux affaires africaines durant l’année 83. C’est alors que j’ai été au mieux avec Marius Jacob et André Clown. C’est aussi à ce moment-là que nous avons fait affaire avec vous. En ce souvenir, j’aimerais vous transmettre des documents qui vous seront fort utiles lors de la séance plénière de vendredi prochain.

Votre dévoué Flahaut.

 

 

 

C’est étonnant, je n’avais pas fini de lire cette lettre qu’un certain Alain Zucco, policier de la sûreté de l’état ayant récemment monté une affaire en épingle me fait tenir une courte note par porteur, enveloppe E/V.

 

A Monseigneur Henri,

Le thème du criminel qui a payé sa dette envers la société pour commencer une nouvelle existence en mettant son expérience du mal au profit du bien se retrouve chez Victor Hugo. Faisant la connaissance de Vidocq en 1849 au moment de la rédaction des Misérables, Hugo le dédouble dans les personnages antagonistes de Jean Valjean, ancien bagnard, et du policier Javert. A la générosité du personnage épique de Valjean qui renonce a sa vengeance, s’oppose la malfaisance de l’inspecteur, espion maniaque, enfermé dans une conception étroite et institutionnelle de la justice et de la Loi. Sans être un roman policier, Les Misérables valorisent la structure narrative du roman noir, la poursuite d’un ancien bagnard par un policier. Le cas de Monsieur Henri ayant habité au 349 Impasse Delarue relève d’un genre cynique proche. L’amalgame habituel belgicain risque de vous éclabousser. Le lieutenant Palumbo est toujours à la recherche dudit Henri et de ses femmes disparues. Vous pourriez être dans la tourmente, mais aussi l’éviter, pouvez-vous faire déposer une somme intéressante à mon adresse (au verso) en échange d’informations pertinentes démontrant votre totale innocence en cette affaire.

 

Votre serviteur,

Alain Zucco, retraité en résidence à LaRoche.

 

 

 

A l’instant où je pensais remettre à Sarco, valet de pied s’occupant des poubelles, ces chiffons de papier, un troisième message me parvient par le biais du Minitel.

 

 

Pour le Général Commandant Henri,

De Auguste Dupin

 

Mon Général,

J’ai bien retrouvé le témoin anonyme,

On pouvait espérer de sa part plus de précision. Rien n’est encore éclairci, et il faudra attendre, pour en savoir davantage, qu’un disciple, un témoin oculiste ou un descendant, enhardi se présente.

Je reste votre ordonnance active, tout est prêt pour vous recevoir, la maison d’en face est louée, la lumière sera allumée tous les jours à cinq heures.

Fin de message.

 

 

 

Un psychanalyste ne saurait mieux dire. La lumière sera allumée. Progressé-je, Joseph va-t-il me donner les explications manquantes ? Quel genre de week-end s’annonce ?

 

 

 

Rapport du détective Lestrapade. (parvenu à mon bureau par l’opération du saint esprit et d’une demoiselle de chambre qui fit oh quand je la retournai !)

Après avoir déjoué de nombreuses tentatives d’assassinat, je peux certifier que je n’ai trouvé aucune trace d’un mari quelconque officiel qui aurait été dans la vie de la dénommée Céline Fernand. Un homme, son mari légal mais dont aucune trace ne figure sur les registres d’état-civil de la commune de Stanleyville ( détruits par un incendie tribal ) où il serait né et où il aurait épousé ladite, a quitté la route, il y a moins d'un an le long d'une falaise de la côte entre Eze et Menton, léguant à la jeune femme un mas de belle taille, qu'elle ne semble pas décidée à quitter, dans le village situé à une dizaine de jets de pierre, en contrebas d'un enclos dissuadant les curieux et au bout d’un chemin en garigue qui semble être gardé sinon par un concierge attitré du moins par un garde chasse ressemblant à un garde du corps. Certains pensent que ce Melocake, c’est le nom du garde chasse, un écossais, est son amant, d’autres, dont la caissière du Super U voisin disent qu’au contraire elle a un amant en titre, un médecin, dit-on, d’autres au village dont la femme du garagiste affirment qu’elle se fait culbuter par les deux voire par mon mari quand il va chez elle pour des bricoles, comme il dit, je répare les bougie, je tripote sous le capot, enfin, les hommes ! Depuis la fin de l’hiver en tout cas, je peux dire que la vie affective de la dame Céline semble avoir trouvé un nouveau souffle. Deux fois par semaine en effet, on peut apercevoir une voiture rouge stationnée devant le poulailler jusqu'au lendemain matin.

Ma mission s’arrête ici, la dernière note de frais n’ayant pas été honorée.

Toutefois je peux ajouter que plusieurs témoins pourraient donner des informations capitales, le principal étant sans doute le tenancier d’un bar-tabac à Paris, près du canal de l’Ourcq.

 

 

 

Vais-je monter à Paris ? Vais-je en parler à Joseph ? Quelle conclusion heureuse attends-je de me retrouver ?


06:27 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |