30/09/2003

Le onze s’étire

 

 

 

L’Olympic a gagné, il est neuf heures. Le temps passe.

Le sport, n’y a-t-il que cela à retenir, j’en entends parler tous les lundis et puis plus rien. Moi, j’étais hébertiste et Corinne trouvait cette idée très enthousiasmante. On retient souvent le cliché, d’ailleurs entretenu par G. Hébert lui-même, que la méthode naturelle a été construite à partir de l’observation des sauvages qu’Hébert a rencontrés lors de ses voyages. Or ces références n’apparaissent qu’en 1911, dans le Code de la force. C’est aussi dans cet ouvrage que pour la première fois Hébert nomme et définit la méthode naturelle : “ la Méthode naturelle d’éducation physique est un retour à la nature, raisonné et adapté aux conditions de la vie sociale actuelle ”. Un écolo, dirait-on aujourd’hui ? La fascination du public pour l’aventure coloniale et la diffusion du scoutisme (Baden Powell, Hip hip hip Hourrah !) sont certainement responsables de ce changement de référence opportuniste chez Georges Hébert . Il est alors facile de comprendre les origines de la construction du mythe de la nature dans son œuvre. La nature sauvage est à la mode, elle offre une alternative attrayante à la formation complète du citoyen, quel que soit son âge et son sexe (car il y a aussi des “ sauvages femelles ”, je suis bien, très bien placé pour en parler, tiens, si j’ai le temps, je vous raconte Barbara dans quelques instants) et elle répond aux nouvelles exigences médicales de la santé.

 

11 septembre 1986, oui le temps passe, Abdel Lejuste décède lors de l’incendie d’un grand magasin, Gisèle a très bien raconté cela dans son livre « La Colo ».; un certain Liarkos porte plainte pour le chèque sans provision de la Candy Medical et l’on reparle de ce qui s’est passé beaucoup plus tôt dans l’année, le sept janvier, l’assassinat à Rosières de Juan Mendes, cet ingénieur à la FN (Fabrique nationale d’armes de guerre de Herstal, danbs cette affaire, soupçonné puis acquitté le gendarme Bouhouche, septembre est toujours un bon mois, on y ressasse le passé et l’on y vit le présent avant que tombe les feuilles de maronniers. L'Espagne et le Portugal deviennent membres de la CEE au moment où Cory Aquino s’installe à la présidence des Philippines. Catastrophe à Tchernobyl et chute  du prix du pétrole. Bombardements américains, en est-il d’autres, en Libye tandis que des attentats islamistes à la bombe ont lieu à Paris. On assassine le premier ministre suédois Olof Palme et l’on décrète l’état d’urgence en Afrique du Sud. Jean-Claude Duvalier est destitué en Haïti et le monde ne s’en porte ni mieux ni moins bien.

 

 

Quatre-vingt-six, n’était-ce pas Barbara ? Ai-je le souvenir de Barbara dont je parlais il y a un moment ?

 

Elle ne pouvait être qu’Américaine, la belle fausse fleuriste ayant transporté une bombe dans son panier de roses et d'œillets Dès sa puberté elle rêva d'impossible, devenir championne du monde de savate, ou tortionnaire dans un camp de prisonniers au Laos, ou encore devenir aiguilleur du ciel ou vétérinaire pour éléphants. Elle avait toujours des idées étranges quand elle se fit la maîtresse d'un patron pécheur d'Islande de cinquante-deux ans qui passait un congé bien mérité à l'hôtel voisin, elle devint sa fée et il l'emmena vers les îles où elle fut reine ce qui ne l'étonna pas, elle avait toujours su qu'elle aurait un destin hors série.

Mariée à dix-huit ans avec un pilote facteur, elle quitta l'île pour habiter Auckland, elle trompa son mari avec un pasteur protestant, un horse-guard en congé de détente, un ladrone italien pickpocket et perceur de coffre forts. Son mari s'offrit un Winston pur Habana et l'alluma en frottant énergiquement l'allumette sur le bois du lit comme Red Ridder sur le meuble chez la Duchesse, rassuré sur sa virilité, il tapota son oreiller, se redressa, s'adossa et, dépliant le dernier New York Tribune à moins que ce ne fut le Herald, il commença une lecture profonde et patiente, il lisait lentement, syllabe après syllabe, ponctuant sa lecture de Oui, ah ah oh !

Elle revint en Europe, je dois l’avoir vu passer, repasser une chemise, dépasser un camion de trente-cinq tonnes à cent à l’heure, elle a eut quelques mecs, que je considérais invariablement comme d'infâmes connards, trouvant des défauts au meilleur d'entre tous, me réjouissant en secret de chacune de ses ruptures, alors que moi je restais stable avec ma copine. Nous nous croisions souvent dans des fêtes, parfois, sous l'effet de l'ivresse, nous nous étreignions, nous embrassions dans un couloir alors que nos réguliers s'entretenaient dans la pièce voisine.

Barbara, c’était quelque chose !

Après une bière prise dans un bar, je lui proposai une assiette de spaghettis dans une garçonnière que j’avais entre la place du samedi et le boulevard Pacheco, pâtes que nous avons accompagné d'une bouteille de vin, puis nous avons un peu fumé devant un film, qu'elle a regardé plus ou moins sur mes genoux, car je n’avis en ce pied-à-terre qu'un seul fauteuil. Je ne sais plus comment tout cela a démarré, ce n'était pas la première fois que nous étions un peu gais en tête à tête.

 

Le film cessa progressivement de nous intéresser, tandis que bêtement, très adolescents des années cinquante, nous ne pouvions cesser de nous regarder, en souriant bêtement, les yeux dans les yeux, mes mains sur ses hanches, ses jambes emballées dans un jeans. Probablement que nous nous étions embarqué dans une de ces discussions intimes qui naissent invariablement entre deux paires de jambes en Denim.

 

Alors, il semble que tout s’emballa, tout a rapidement dérapé, qui a embrassé l'autre en premier, je ne m'en rappelle pas. Toujours est-il que nous nous sommes retrouvés à nous mélanger les langues avidement, rattrapant toutes ces années de tension érotico-affective qui nous avaient rapprochés. Instinctivement, mes mains ont recherché sa peau, soulevant son pull pour lui caresser le ventre, la taille, le dos Ivre du contact de cette peau plus ou moins inconsciemment désirée depuis si longtemps, je m'attaquai à l'objet de ma haine, les attaches dorsales de soutien-gorge.

Trompettes de Jéricho, tambours de bronze, clarinettes et clavecins, le bidule sauta, le clip se démancha, les élastiques lâchèrent, les seins étaient là pour moi, je les pris à pleine mains, les malaxant, les triturant. J’en léchai un, l'embrassant en cercles concentriques, m'approchant lentement de l’aréole, ce téton, dernière chose existante à cet instant plein d'ivresse. Mon excitation croît d'un cran à l'écoute de ses halètements, elle se tortille, veut échapper à la caresse.

 

J’eus le temps d’entendre  :     
— J'avais envie que tu sois le premier, comme tu ne semblais pas comprendre, comme j'en avais assez de t'attendre, j'ai eu d'autres hommes. Je n'ai jamais été attirée par la sodomie, mais c'est la seule virginité qu'il me reste, alors si tu me veux vierge, il te faudra commencer par là !

 

Elle se met à quatre pattes, la tête au sol, les yeux fermés, les reins cambrés, offerte. Je promène mes doigts doucement le long de l’entrefessier, mon index devenant de plus en plus insistant.

 

Vous dire que le téléphone sonna alors que personne ne savait que j’étais ici que Barbara sursauta, me disant en trois mots qu’elle était un agent de la FDA que son job que ses amis que sa famille que tout est un cirque que la vie est parfois frustrante que le téléphone redonna du timbre après quatre clicloquetements, que Barbara n’eut pas le temps de répondre.

 

Un jour, je raconterai tout sur Barbara, il faudra bien que comme de Gaulle et Churchill, j’écrive mes mémoires.


13:26 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Vous passez ?

 

 

 

Comme beaucoup, vous venez voir, dans ma rue.

Si vous passez pour la première fois il faut commencer en cliquant sur les dates par ordre chronologique, au risque de vous y perdre, ma rue est un labyrinthe et il faut se rappeler que c’est le lundi 9 septembre 2002, Corinne marche, elle traverse la rue, elle vient me voir.

 

Qu’est ce que je raconte, nous sommes le onze, un combi de la nouvelle police vient se ranger en face de chez Abu, il est neuf heures moins le quart.


06:23 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

29/09/2003

Un Cessna s’écrase dans la chambre de Bill Clinton

 

 

 

Huit heures quarante cinq, il est temps de se recentrer, de convenir que les choses évoluent et qu’à nouveau la constatation, l’évidence : tout le monde n’est pas beau et gentil. L’inquiétude reste le lot commun. Oh ! habituellement, je ne fais pas très attention aux petites contrariétés, le plus souvent je souris, je pousse un peu le petit levier chromé et je roule léger au dessus du sol, genre dalaï lama pour pas écraser toutes les petites bêtes, ne pas brusquer, ne pas affoler les marcheurs, Montjoie saint Denis Omar Kahyam et Gaia, on martyrise ici un acarien, un reptilien, un papilionacé, vous êtes inhumain, quelle conduite mon ami, on va vous faire un procès vous traîner en justice et pas de pinochade, on ira jusqu’au bout, il faut que le monde sache que titans, cyclopes et flamands repartent à la conquête du monde, il faut vous couper la tête ainsi le dit Lao Tseu dans sa grande sagesse Oui, le monde est plein de gens qui veulent vous voler votre bonheur. On frappe à la porte, la gestapo, le type qui relève un compteur, un collecteur de bonbons pour Marc, un montreur d’Ours au chômage, achetez-moi des billets pour le bal des petits lits blanc, des cancéreux, des anciens du bois du casier de Jupiler...

Prudence ! Cette fois-ci, c’est plus sérieux, c’est souciant.   

 

Je pense aux amis qui sont partis, à Serge ; plus jeune, Serge avait volé un sac à main, c’est dans le dossier avait dit le procureur, sûr qu’il avait lutté, bien entendu qu’il ne s’était pas contenté d'arracher, le sac puis de le jeter après l’avoir vidé de son contenu, il avait tenté de trousser les jupes de la dame.

Serge était un malandrin, clair comme de l’eau de roche, le vol du sac n’était que prétexte, un acte isolé parcelle de l’intention globale, un chant, un poème, un million de clopes pour Kaji, quatre papes à la fois.

 

Je pense à Julie, qui l’a connue aussi bien que moi ? Julie se présenta pour le concours Miss Belgique, on parla dans le quartier de ressemblance avec Evangélista tandis qu'on compara Valérie, sa challenger principale, à Françoise Van de Moortel, je me demande bien pourquoi, qui la trouve belle ? Je veux dire bandante, enfin tous les goûts sont dans la nature. Catherine ressemble à ma sorcière bien aimée et Valérie est super menue taille 34, elle doit avoir une petite fente difficile à écarter. Isabelle Devos ressemble selon la presse à Françoise Fabian mais je ne connais pas celle là non plus, je devrais sans doute relire mes classiques en particulier tout ce que j'ai écrit sur les stars mais il est vrai que Brigitte a quasi pris tout mon temps.

 

Et Samira, elle ne voulait pas prendre l’avion, ni le train, rien. Elle avait une peau de pastourelle, des gestes laineux, une mousse de jolis rires brefs et aussi un je ne sais quoi, une façon mutine de courir à travers champs ou de lancer la balle dans le pré. Curieusement, elle n’était ni grosse ni maigre. Elle ressemblait à une petite saltimbanque, avec sa robe d’apparat gitan, l’onde noire de ses cheveux lui battant les reins. Pour elle, le temps d’une kermesse, j’aurais vendu mon âme. Je ne l’ai pas vendue mais soldée, en volant, pour les offrir à ma dulcinée, les pauvres bijoux de ma sœur.

J’ai même connu Samuel, qui sera torturé, oui, celui-là, Samuel Doe, président - dictateur du Liberia, fait prisonnier le 9 septembre 1990 par des rebelles à Monrovia après une longue et sanglante guerre civile, a été amené le onze, à cette heure-ci, devant le leader de la rébellion Prince Johnson et torturé à mort par celui-ci devant une caméra vidéo. La cassette deviendra un film culte en Afrique - notamment la scène où Prince Johnson coupe une oreille à Doe, encore vivant, et la mange...

 

Aujourd’hui, je roule souplement, passe entre le vaissellier et le petit guéridon chinois, ne pas le renverser, Boma ne serait pas contente, à la fenêtre je bouge lentement le rideau pour qu’il ne frissonne pas. Je regarde les agités, ils se démènent, l’homme à l’imperméable s’éloigne, il entre dans une vieille Peugeot tout cabossée, on n’entend pas le démarreur, tous les bruits de la rue sont assourdis par ce marteau-piqueur.

 

A la radio, ils disent que Christine Ockrent gagne 18.000 euros pour une matinée de prestation. Je ne suis pas encore habitué à l’euro, moi qui ai payé en roubles, en bats, en lires et en livres, en couronnes et shillings, j’ai du mal à m’y faire, et je ne tiens pas à m’encombrer l’esprit, la roue tourne, demain reviendrons les marks et les écus, les doublons et les escudos, les conquérants croyants vont bien nous arranger une nouvelle banqueroute, un moyen électronique, un monopoly géant.

 

On me dira que c’est ça la vie, que des coussins ne traînent pas partout, qu’à l’est d’Eden, le tramway nommé désir est arrivé au terminus.

 

Je monte le son, le journaleux annonce : Accidents de la circulation ce week-end: 4 morts en Flandre, c’est épatant, non, n’était-ce pas le week-end du cœur ?

 

Je monte encore le son dida belou la  je chantonne je murmure je gueule et quoi eh merde le Portugais. Ça s’arrête, le pic est tombé sur un os, une conduite de gaz, un adja enterré au siècle dernier.

 

Ah tout ce qu’ils disent et ne disent pas, j’aime la radio, le beau temps toujours au rendez-vous du discoureur météo du vendredi matin, les gags comme l’annonce : Le chef du gouvernement tchétchène, Anatoli Popov, adjoint du chef de l'administration pro-russe, a été hospitalisé d'urgence victime d'un poison non identifié, et se trouvait dimanche dans un état grave. M. Popov a été hospitalisé samedi soir après un banquet à Goudermes. Cet empoisonnement intervient à une semaine de la présidentielle tchétchène du 5 octobre, à laquelle le chef de l'administration pro-russe Akhmad Kadyrov, ouvertement soutenu par Moscou, est pratiquement sûr d'être élu.

 

Ça fait rêver, penser aux noces de Cana, à l’élection du candidat unique perpétuel de tous les partis démocratiques roses, sont roses maintenant qu’ils sont sans marteau, décroissance oblige et faucille cachée derrière le dos comme la petite serpette de Panoramix.

 

Ti ta tarada

 

Moquette chez saint Maclou, moins chères, frites surgelées chez Eugène en sacs de 10 kilos avec réduction pour familles nombreuses, trottinettes électrique et Marlboro qui nuisent gravement à la santé, le décalogue publicitaire , zut, fin des haricots.

 

Je tourne le bouton.

J’ai encore une radio avec des boutons et un fil qu’on met dans la prise, en fait, c’était le poste de Boma, je l’ai conservé, il est en bon état et il ne raconte pas plus de bêtises que les nouveaux combinés avec baffles et télécommande.

 

 

Corinne aimait bien tripoter les petites commandes qui lancent les ondes, chipoter aux hétérodynes, basculer les selfs, elle a été étonnée d’apprendre tout ce qui se cachait derrière les commandes des diodes, encore un peu elle y voyait des lampes à huile et Mister Jenny sans bouillir en sortir.

Elle avait beaucoup d’imagination.

 

Je raconterai peut-être un jour comment elle s’est retrouvée à délirer du levier du poste à celui de beep beep puis au mien, comment elle ne savait pas ce qui lui arrivait comme une autre, j’étais comme une autre dit-elle le lendemain du jour où ma dextre était dans sa culotte et ma senestre, dans un corsage bien rempli, la sienne, droite ou gauche, foin de la politique, active, créant de l’ampleur pour en finir en un engloutissement où le génial bascula dans le banal :

 

— Enfin, n’abîme pas mon Pérelle, ça coûte tu sais, enlève le si tu veux ...

 

Si tu veux est en lettre rouges l’incroyable mensonge féminin.

Que voulait-elle ?

J’ai chanté la foire à la farfouille, bousculé l’élastique qui tenait la queue de cheval, libéré la crinière, envoyé des millions de moi-même.

 

On ne peut pas toujours tout avaler dit-elle en observant l’eau de l’infusion menthe verveine Lipton frémir au-dessus du gros ressort du chauffe-eau.

 

Un grand boucan, un bruit, une immense clameur, c’est la sono du fils du couple de concierges de la résidence Beau séjour. Corinne en a eu les sangs retournés. C’est toujours surprenant quand arrive un événement inattendu, comme un ballon qui brise la vitre de la chambre et tombe sur les fesses nues d’une personne qui crie non non ou encore comme en 1994, un onze septembre la frayeur de Bill Clinton qui ne fumait pas le cigare mais qui vit distinctement le Cessna du pilote amateur et voleur Frank Corder s’écraser sur la pelouse de la Maison Blanche après avoir survolé Baltimore sans encombres et les monuments historiques de Washington en rase mottes. Les débris frappent la façade où se trouve la chambre à coucher présidentielle, ouf sans causer plus de mal que de frayeur.

 

La Peugeot grise, sale a quitté son emplacement, elle roule lentement, vers le contrôle technique peut-être ? Moderne tout de même, je vois que l’occupant tient le volant d’une main, le combiné d’un téléphone de l’autre, il faudra que je lui suggère le mains libres, les policiers du quartier sont  vachement accrocs pour t’écrire un petit mot de bienvenue pour le fisc, domaines et recettes de l’état.

 

 

Je vois aussi Huguette qui sort du garage, ai-je dit qu’elle passe ce soir chez moi ?

 


05:26 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

28/09/2003

Palumbo

 

 

 

Mais quel potin ce Portugais, et qu’est-ce cet autre qui tambourine à huit heures vingt sur le volet !

J’ouvre violemment pour me trouver nez à boucle de ceinture d’un trench gris clair tendance marron sale.

 

       Puis-je vous dire un mot ?

       Si l’on peut s’entendre dans le vacarme que font les ouvriers enthousiastes, sans doute trouveront-ils au bout de la journée un pot d’or, un diamant, le trésor caché des nazis, non, je ne crois pas que l’on puisse se parler, on ne s’ouït pas.

 

L’Italien, c’était manifestement un Italien malpoli, mégot à la lèvre pendante, marmonna à la manière de Sarkozy : « C’est vrai qu’ils font un vacarme épouvantable, préférez-vous être convoqué ? »

 

Comme Majax et Copperfield réunis, il sort de sa poche une petite carte plastifiée barrée d’un trait triple et coloré, de grandes lettres « Arial 14 » POLICE POLITIE.

 

— Je m’appelle Palumbo, dit-il plus distinctement, je suis chargé de faire une petite enquête sur la disparition de Madame Delouvain.

— Elle morte

— Je sais, je sais. Mais n’est-ce pas intrigant ? J’en ai parlé à ma femme qui avait une amie qui la connaissait bien, elle m’a dit, ma femme, je ne connais pas toute ces amies et celle là en plus ne raconte jamais que des recettes de cuisine, une très bonne d’ailleurs, l’autre jour nous avons ainsi pu déguster des cannelloni ...

— D’accord, moi aussi, j’aime les raviolis mais ...

— Cannelloni

— Cannelloni ?

— Oui, ma femme avait préparé des cannelloni.

— Est-ce de cela qu’est décédée madame Delouvain, dis-je, hautain pour ramener la conversation à son point de départ ... Madame Delouvain était sportive, elle mangeait bio, elle avait une vision heureuse de la vie, comment dire, agréable, gaie, pinsonnante, libre, naturiste même, c’est vrai qu’elle avait un peu changé, ces derniers temps, on lui avait expliqué je ne sais où qu’il fallait être sérieuse, avoir des projets, construire son avenir,  il n’y a pas de traces de cannelloni ici et le soir où l’accident est arrivé, nous avions tous mangé force blanc bleu belges vitello prosciutto et autres viandes cuite sur le barbecue de Jean.

 

Palumbo m’a regardé de haut en bas, je veux dire sans l’habituelle condescendance qu’ont les debouts pour parler aux assis forcés.

 

— N’est-ce pas vous qui l’avez aperçue en dernier lieu ? reprend le petit poulet.

— Je ne saurais dire, comme vous le constatez, je me meus difficilement, c’est vache, mais, c’est le sort.

 

Fieu, avais-je envie de lui dire tu m’emmerdes, j’ai autre chose à faire, les spéléologues, là, ils cherchent quoi, en bordure de mon jardin, des indices ? Va-t-on voir arriver les pelleteuses de Deckok ? La rue va-t-elle devenir un bourbier dans lequel ma voiturette ne pourrait plus avancer ? S’il m’énerve, je téléphone à Jeanne.

 

Jeanne, depuis la rentrée, c’est la nouvelle assistante sociale qui s’occupe de moi. Je ne sais pas encore si j’étais amoureux d’elle, mais j’avais été séduit. Peut-être un petit côté Éliane ou Corinne, ne rien dire, ne jamais faire d’alluvions, elles n’aiment jamais que le long fleuve tranquille balance plusieurs barques ... Juste une chose, celle-là, elle était une militante. Je ne sais pas au juste de quoi, du vert des arbres de la forêt équatoriale qu’on coupe ou du sang des braves communistes métallos de You khoun khoun, elle militait et ne daigna pas sourire quand je lui ai balancé du Jean Yanne :

L’idéologie, c’est le déodorant intellectuel des classes laborieuses, plus ils s’en foutent sous le poil, moins elles sentent la puanteur de leur salopette.

 

Chef, chef  dit en criant un gaillard que je connais bien, le Dodu ! Chef, on a trouvé quelque chose.

Je regarde ma montre, onze septembre 2003, 8h35 pétantes. Je me recule, claque la porte tandis que le Rital enjambe la clôture.

 

Dodu explique que Marie-Jeanne et Babette sont en route pour débloquer Xian et que l’on a retrouvé un bout d’élastique de queue de cheval sur lequel un policier a flairé du L’Oréal ™ Silverstone antirides et pellicules combiné, le favori de teint roux de Corinne Delouvain.


15:13 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

André Torrent en avait parlé sur RTL, l'aventure reste "au

André Torrent en avait parlé sur RTL, l'aventure reste "au goût du jour" sinon d'actualité(s).
Promo gratuite pour une dépense de 5 euros (voir dans la marge et cliquer sur l'image ci-dessous)

14:42 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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14:40 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

27/09/2003

11 septembre 1985, une autre vie, il est 8h1/4

 

 

 

Qu’importe l’heure, elle change tout le temps et puis même, un ami bien informé m’a dit que ce n’était pas la même heure à Tokyo. Cela me paraît normal, ces gens-là comme les Anglais roulent à gauche et boivent du thé, c’est tout dire. Et puis, nul besoin de courir au bout du monde, hier encore.

Hier, je demande à André, quelle heure est-il ?

— Huit heures dix.

Je regarde ma Rolleiflex™ à bracelet magnétisé et laser incorporé, un cadeau de M., il est huit heures douze. Donc, même à trois pas, l’heure n’est pas la même.

Un instruit du club de boules m’a dit que c’était en relation avec les fuseaux. Je l’admets volontiers surtout que depuis la belle au bois dormant, méfiance, méfiance. On s’endort pour cent ans, on te cryogénise, on te momifie et mille ans sont passés. Tu te rends compte, dis-je à Corinne, tu te rends compte si nous arrivions comme deux beaux bébés dans mille ans.

 

— J’en ai vu un dans la vitrine chez Juca répond-elle.

 

— Un bébé ?

 

— Mais non, sot, un pantalon fuseau, azur clair, cela m’irait très bien.

 

Je regarde ses jambes que j’imagine emballées dans ce tissu, c’est toujours difficile d’imaginer une femme autrement que nue, sauf pour les modistes pompillonants et ceux qui font des caricatures dans les journaux, eux, il n’y a que la tête que les intéresse.

Que faisait-elle, bout de chou délicieux, elle, en 1985 ?

 

Étrange la vie, tout s’achète et tout se vend, même les mémoires. Il vient juste de publier les siennes, le héros de 1985. Le secrétaire général du parti communiste soviétique, un démocrate quoi, un général, avec sa tache rouge sur le haut du crâne, il avait l’air d’un faux Raimu. Je l’aimais bien, enfin, je veux dire, j’ai toujours bien aimé ces hommes qui poussent leur femme en avant, John, mais là je n’ai pas pu faire grand-chose, l’olympique fairways était plus séduisant, Richard, Albert, Gorbi, je l’appelais Gorbi, elle aussi, Raïssa, brune partout, des fesses subtiles. Elle est morte. Comme le temps passe.

 

Jean aussi, je veux dire, non il n’est pas mort, Jean aussi poussait sa femme, vas-y, laisse moi, je travaille.

Je travaille, le grand mot, le grand maux, ils travaillent tous, on a même essayé de me faire travailler, un coup de l’assistante, une petite boulote qui en voulait. Pendant que les uns travaillent, d’autres se jettent set et match. Coulé le rainbow warrior ! Jean disait à Corinne qui me le racontait : « Vas-y, passe chez Henri, il est tout de même un peu seul. ».

 

Corinne est très chic, bon genre, sérieuse, civilisée, aimable, serviable, un homme comme moi mérite de l’attention, son attention, les gestes qui touchent, j’ai aimé me laisser toucher et j’ai mis longtemps avant de la toucher. C’est arrivé à cause de Mike Brandt, cela arrive toujours à cause de quelqu’un, ces choses là, la main qui explique les petits jours, les étreintes calfeutrées, la main qui fait comprendre la beauté intérieure alors qu’au-dehors ce sont que misères tristesses froid glacial souvent, dehors, le cœur est sans vie, comment le cœur de la dactylo peut-il s’emballer sur la boule de l’IBM ?

 

 

Un bruit confus me rappelle qu’il faut que je fasse arranger le volet, quelqu’un toucherait-il au volet ? Il faudrait que je dépose le Walthery PPK que je viens de saisir. Un cadeau de Corinne, je lui avais dit : « Je vais m’inscrire dans un club de tir ».

Il suffisait de lui dire quelque chose, et hop, féerique.

Elle était féerique, actuelle et sportive. Elle faisait de la danse, du taekwondo, du jogging, et mille autres discipline, elle nageait comme Arielle.

 

Et puis, elle aimait bien la Kriek, la vraie, avec bouchon fermé sous un fil tordu.

 

Je suis en retard.

Elle disait souvent je suis en retard et c’est alors qu’elle repassait sa culotte, se trompant de jambe ou de côté, dès qu’elle disait je suis en retard, elle embrouillait tout, le rouge à lèvres n’était pas de la bonne couleur, le trait avait ripé, les escarpins se tordaient sur leurs talons, la clé de la nouvelle Fiat était entre la plinthe et le tapis chinois, une tache !

— Tu as fait une tache de lait sur ma jupe !

— De lait, tu crois disais-je en riant.

 

Le facteur passe, il a déposé son vélo à l’entrée du square, il n’a pas la chance d’être en 4L comme son collègue qui distribue les journaux, à sept heures moins le quart. Il est un peu plus de huit heures un quart, il y aura les trois Suisses, dont le directeur m’aime beaucoup, il m’écrit souvent pour me dire que j’ai gagné quelque chose, c’est chouette, il y a deux armoires emplies de cadeaux, comme ça, quand quelqu’un vient me dire bonjour à l’improviste, je peux offrir quelque chose. Il y a souvent un monsieur à lunettes, de Test Achat, qui m’écrit pour me dire de me méfier des offres publicitaires par correspondance, on ne sait jamais, des lettres à l’anthrax, un faux billet d’entrée au concert de Johnny, il ne faut pas se laisser impressionner par les marketteurs directs, moi, je lis tout et je vois bien qu’ils essayent de nous tromper.

 

Je l’ai dit à Corinne.

 

— Regarde, j’ai reçu un échantillon de Nivea™ ou ® pour une plus belle peau, j’en ai mis, qu’est ce que tu en penses ?

 

On s’est marré comme des bossus, la peau était restée tout fripée, comme depuis bien longtemps.

 

 

Bon sang, mais oui, on tripote au volet !

Je quitte la cuisine sans bruit et me dirige vers la porte fenêtre du côté de la pergola.


08:04 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |