25/08/2003

Orient express

Le baladin avait chanté le lundi au soleil. Pour m’en trouver un peu, je suis descendu à la cave où Boma avait fait ranger des années durant les surplus de ses achats chez Nicolas. Il y avait ici des bouteilles et des barriques, une cave étonnante à la frontière d’un pays de bières breughéliennes. Flacons fioles carafes fillettes canettes petites grandes bossues tordues de chianti exaspérant, rouge sang de ce haut médoc que je débouche à la canadienne, mouton à cinq pattes qui pisse. Flop. Entre les murs noirs, le tirebouchon arrache chaque fois le liège avec cet étrange bruit. Superbe nez d'épices, de figues, de fruits rouges mûrs et cuits. Du nez dans le verre, la bouche suit, les lèvres rencontrent le cristal, pourquoi ne boirais-je pas dans ces nouveaux saint Lambert du vallon, je retrouve beaucoup de saveurs et le vin fougue à l'attaque. La finale est longue, le vin satisfait. Je rote.

 

La nuit ne passe pas, je suis sur la terrasse ombragée avec vue panoramique, une lumière d’en face, Brigitte à la fenêtre, lundi est venu. Le baron noir survole la ville en biplan jaune. Cocu au soleil. Sea sex and sun. Un instant j’ai pensé téléphoner à Isabelle.

Pour une ballade rapide vers la péniche Concorde Atlantique, le rendez-vous des vacanciers sur les bords de la Seine. Le rêve s’est immobilisé au grelot incessant de la sonnerie entre deux galaxies. Peut-être n’y avait-il plus d’abonné au numéro. Appétit de moins loin alors, et si je trouvais entre Sainctelette et Picard une exotique aux jambes un peu épaisses, la porte d’un bistrot dans le vent. Mais ne m’a-t-on pas dit que le vent est tombé, météo nulle face à Townplage. Inexorable, le lundi se pointe, lever du soleil 5h32, marée haute à 7heures. Lundi sur mars ?

 

Je me demande si j’ai renversé sur moi. C’est gênant quand les gens voient des taches sur votre vêture, ils disent que c’est négligé, certains ajoutent : Tu deviens sale.

Va-t-faire niquer, y a rien à voir, la nuit, je suis tout nu.

 

Je me suis réveillé pour la troisième ou quatrième fois, je ne suis pas certain de m’être endormi, je suis tout habillé sur le lit, désorienté. Est-il tard dans la matinée ? Les dernières aventures de Malko étaient par terre et je ne me souvenais même pas d’avoir corné la page habituelle, la trente-deux, quand le prince autrichien encule la négresse blonde. Je ne suis pas tout nu. C’est forcément inhabituel. Je n’aime pas les changements, je suis un homme d’habitudes. Le matin, je m’éveille nu. Si je m’éveille emballé dans du beau linge, c’est que ce n’est pas le matin, c’est qu’il n’y a pas eu de nuit.

 

La nuit est parfois trop courte. Surtout depuis ce vendredi treize, la rencontre avec le conseiller Cajot, le samedi qui n’arrête pas de suivre le jour de recueillement des musulmans, l’écoute attentive de la grande nouvelle, la joie de ce type-là que je ne connaissais même pas, un copain de Corinne, la joie de Corinne, je suis parti tranquillement, mon butin sous le bras. Je suis sorti du parc, j’ai tourné à gauche, la grande église sous sa coupole de cuivre donnait de l’allure à mon errance. J’avais transpiré plus de coutume. J’ai attendu la pluie, j’allais rencontrer Corinne, la fête kermesse au cœur, flamberge au vent dans quelques instants. J’ai franchi un porche au hasard pour me retrouver dans une cour pavée, l’ancienne boulangerie industrielle était le bon endroit pour voir. J’étais le dernier joueur de poker. Les quatre façades qui m’entouraient étaient aveugles. Je m'installe dans un coin tel John Wayne à la table ronde, saloon de la duchesse. Je ne me suis pas trompé, l’adresse était bonne, le renseignement correct, le type parfait, j’ai déverrouillé les petits clapets de la mallette.

J'ai tout mon temps. Ne pas s'énerver. Il ne pleuvra pas.

 

Tout lâche d'un coup et le couvercle verticalisé révèle un intérieur d’écrin cuir et or. Du beau travail. C'est un trésor. Un Delvaux free of taxes. Des liasses bien rangées, je transpire, je pense à Corinne, je bande, mes doigts m’échappent, douceur de la bandelette de la banque nationale, félicité du grain d’un cinq cent que je tire avec lenteur, douceur, prudence.

 

Prudence. Je lève les yeux, un bruit, un malfrat ? Ils sont partout. On parle de bande de jeunes, on dit que le quartier n’est pas sûr, certains ont vu des étrangers. Fulgurante, ma dextre saisit la crosse dans le holster.

Je tire mon mouchoir et m’essuie le front.

Les façades sourient. La duchesse entre en robe de taffetas à froufrous, William Averell propose une tournée générale, je remballe mon bien. Personne ne pourra me l'arracher. Sarabande folle d’images de Corinne, l’usine me rejette sur le boulevard, la valda tombe, je franchis le carrefour de l’avenue, une patrouille de la police municipale collective recherche les incendiaires de véhicules communaux, la garde veille, dormez bonnes gens.

Une nuit blanche.

Dur à remettre au diapason, deux noires à trouver.

 

Retour au quartier. Vais-je passer en douceur devant le chalet, l’enseigne danoise avait cessé de clignoter mais Irribaren est encore sur le pas de porte de la boîte de nuit. Souvent, je m’arrête et je lui parle, c’est un brave gosse genre Obélix en plus poilu, un tatami dans ses basques, il est surtout là les mardi et le vendredi qui sont les jours d’attentat à notre dignité d’homme civilisé : entrée gratuite pour le filles, quid de l’égalité ?

 

Je rentre par la rue de la colline, c’est plus discret. Il y a de la lumière, en face. Une vieille onze légère avec phares Marchal qui monte comme une fleur à du cent trente kilomètres à l'heure crisse de ses quatre pneus dans le giratoire.

 

Dans le salon, la lucarne brille encore, Sophie qui ne veut pas qu’on en parle les montre bien, j’aime bien les seins de Sophie. J’aime bien les seins de Corinne.

 

Je nous imaginais sur le quai, gare du midi, l’Orient Express. Je lui aurais caressé les fesses et les seins comme un jeune détraqué ne comprenant rien aux femmes. Je me serais frotté contre elle comme un jeune chien qui éjacule sur la jambe tendue de sa maîtresse.

Dans le wagon restaurant, magret et cuisse en confit sur une sauce framboise et fraise des bois, du gâteau ! Autour de nous, des adipeux, des Teutons, le train escale à la fabrique 4511, des faux rupins dans les affaires qui espèrent un peu d’Italie avec deux confettis sur les nibards et une ficelle améliorée qu’on pourra mettre sur la note de frais, un Turc qu’on reconnaît à sa moustache, un autre couple d’amoureux, ma main sous la jupe, longue mais large, de Corinne, qui se resserre, pas folle la guêpe, un cointreau dont l'unique raison d'être est de mettre un goût sucré sur les lèvres.

Un peu de miel pour la bonne bouche.

 

 

J’aimais bien Corinne.

 

Le chien du libraire gueule comme si des maudits envahissaient la baraque. Six heures, une heure après Paris, le quartier s’éveille. L’heure c’est l’heure, faut se lever matin si on veut décoincer son portefeuille et remuer sa viande dans un loft de plus de dix mètres carrés.

 

Corinne, j’allais lui offrir Versailles, Chambord, Palazzo Pitti, Kremlin-Bicêtre.

 

Avant de partir naviguer dans les trous de la rue de la légalité, je vais me taper un petit canon. Un de ces beaujolpif qui vous lance la journée comme une rocket.

 

En face, c’est éteint, l’aurore lève l’ancre, Haddock gueule sur les mousses. Je lave mon verre. J’aime que les choses restent propres. Faudrait pas qu’on dise que je donne du boulot à Boma.


06:21 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

24/08/2003

Dernière invitation de l’été ?

23 aout

 

 

Comme tous les dimanches, je suis chez des amis à midi, nous déjeunons dehors, le temps est merveilleux, c’est si rare. Ainsi que me l’a appris le conseiller Cajot, je me mêle à la conversation sans attirer l’attention, je laisse mon opinion à gauche et à droite, rarement au centre. Il avait dit, l’idéal c’est de parler politique, boucherie, télévision, éviter surtout le foot et le badminton, parfois se risquer vers le coquin voire plus si affinité mais avec prudence, les archers du roy sont partout à vérifier les cartes d’identité à la recherches de mineurs et autres travailleurs au noir. Nous parlons donc politique et boucherie, cela se ressemble tellement, on se dit qu’un sieur Vieira de Mello, le super prédateur en chef de l’organisation de nullité universelle sera inhumé à Genève, à côté de divers banquiers, et qu’un dispositif couplé à une bonbonne de gaz a explosé derrière le mur du bureau de l'ayatollah Sayyed Mohammad Saïd Hakim atchoum au moment où il y entrait Allah sait où, après la prière de midi. J’ai suçoté une olive grecque avant de cracher le noyau, oups, juste aux pieds d’une évanescente, j’ai empli ma main gauche de pommes de terres coupées en fines tranches, frites et salées, une mode pour s’obliger à trouver la bonne raison d’engloutir deux J&B et un peu de Zizi coincoin. Le zizi, ça c’est très bon, tu bois, tu goûtes rien, tu rebois, tu bois encore, tu connais plus personne. A propos de personne, on ne me croira pas, c’est pourtant vrai, le poulet au curry est dans l’air du temps.

Une espèce (masculin féminin, qu’importe maintenant) de feuille de pâte rose genre kroekpoek rose est chiffonné sur le coin de l’assiette et contient une ballottine de machins forestiers, la maîtresse de maison y a fourgué un peu de tout, des trucs dont le marchand de primeurs du quartier se débarrasse... Le verre de rouge est plein, je le vide. Superbe nez de cassis, framboises et de violettes.  La bouche suit, on dirait croquer dans une violette et un bol plein de fruits rouges des bois !  Rustique, ce vin possède une belle structure, avec des tanins souples et une texture tout en dentelle, un équilibre parfait. Moyennement long en bouche, on goûte des épices comme le poivre en final.  Il remplissait fort bien sa tâche d’accompagner la suite qui enchanta ma voisine, cuisses de canard confites, poitrine de veau farcie, cervelle de lapin mijotée. Je lui parle entre deux gouleyes, elle me répond entre deux bouchées, elle s'intéresse à tout et a rien, jeux de rôle, plaisir du palais des yeux un peu de la main la serviette qui s’égare sourire complaisant, pour la forme, pour la politesse.

Le but à atteindre, selon l’expert Cajot, était donc de « partager leur lourd sommeil dans la plus parfaite jouissance d'un quotidien tendrement banal.. ».

Avec Corinne, cela n’avait pas été aussi relax, avec bien d’autres, j’ai eu beaucoup d’ennuis, surtout à cause de Boma. Il faudra que je vous raconte.

Attention ! N’allez pas croire, parfois, je m’amuse bien, je sais rire mais, il y a un tout pour tout, non ?

On ne peut pas rire de tout, on ne peut pas toujours rire, ainsi j’entends que l’enfant à quitté la maternité, je me sens concerné, ce prince Gabriel, prince déjà, comment fait-on pour être prince après 1789, n’est-ce pas dangereux ? Donc, l’enfant est foutu l’camp semble dire le commentateur, le diseur de bonne aventure, le raconteur prolifique, l’homme du poste. Le type en veine de confidences annonce aussi sec : 150.000 flagellant à la procession et sans me laisser le temps d’y penser, il éructe qu’un nouveau réseau terroriste a été éradiqué entre Etron et Nazreth et même qu’Angélina Lara très jolie est contre le retour des réfugiés tchèques.

 

C’est vrai cela, pourquoi leur faire faire demi-tour, laissons marcher vers la mer, au bout...


18:53 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

23/08/2003

vitre ternie

21 août

 

 

Ce matin en me levant, j’ai regardé comme d’habitude vers la petite maison d’en face. Au premier, derrière la vitre dépolie, j’ai cru apercevoir la silhouette de Corinne. Cela m’a fait sursauter.

Tout de suite, nous avons sympathisés quand les Delouvain sont venus s’installer dans le quartier, c’était l’année dernière, un an déjà, comme le temps passe.

 

J’aime bien regarder de leur côté, la vue est magnifique, un peu de ville, un peu de campagne et au premier étage, derrière une vitre opaline, la salle de bains, à côté, leur chambre, et une troisième fenêtre plus petite à l’entresol montant, le bureau de Philippe.

Corinne se lève tôt, elle se penche à la fenêtre de la chambre qui est restée ouverte toute la nuit. Ils ont un peu des mœurs de scouts. Elle s’étire, se tourne et se retourne, parfois s’approche du lit ou Philippe se cache sous les draps. Il est plutôt lève tard, à l’inverse de Corinne. Celle-ci passe alors dans la salle de bains et s’est régal de voir sa silhouette en contre jour, il n’y a qu’a fermer les yeux et se boucher les oreilles pour voir l’eau ruisseler de la pomme de douche à sa peau de pêche, entendre la pluie de gouttes qui s’amoncelle sur la chevelure, dégoulinne des épaules et des seins, roule sur les fesses et les hanches.

Grandes manœuvres à coup d’essuie éponge, retour dans la chambre, porte du placard, bouleversement de lingeries, regard vers Philippe, le geste compliqué de l’attache du soutien-gorge, pas tous les jours, choix d’une blouse ou d’un chemisier, à d’autres saisons, le pull, jupe ou jeans secoué, culotte slip string rien, une fois même un porte-jarretelles et des nylon fumés.

 

Une demi-heure plus tard la porte de rue s’ouvre, mouvement de bras, télécommande, rien n’est plus comme avant. Bruit étouffé de quatre-vingts chevaux maîtrisés. Point route FM musique déjà. Embouteillages, elles est partie, le rond-point... la ville ailleurs...

 

 

 

 

22 aout

 

Il y a deux mois, quelque part un abruti superstitieux préparait avec ferveur un bulletin de Lotto qui lui a rapporté 2 millions d'euros. Fumier avait pensé l’ami Cajot se préparant à la plus grande cuite de sa vie. Malheureusement, je n’ai pas pu participer aux réjouissances, la voiturette qui devait apporter amour délice et orgue était premio en panne de batterie deuxio à plat de la roue gauche ! Je me suis contenté cette soirée-là de quelques spéciales Palm, le petit cheval hennissant me donne des pensées coquines parfois lubriques même. C’est ce jour-là que le flash avait fonctionné avec Corinne. Corinne, rue de la colline, le sourire aux lèvres, j’y pense encore en tremblant un peu.


11:10 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

20/08/2003

Quelqu’un pose une question

 

 

 

 

Foutue journée     ! Rien que des contrariétés et ça n’arrête pas.

J’entre chez Toni, à l’heure d’affluence, je fais la queue au comptoir, déjà cela m’irrite et d’habitude mes soupirs suffisent à ce qu’un pequenot dise : allez-y , passez devant. Que dalle, ce soir, ils sont tous plus pressés que moi. La télé ou quoi ? Juste à mon tour, le téléphone sonne et voilà que le petit con de vendeur préfère largement répondre au téléphone qu’il imagine prioritaire plutôt qu'à ma petite demande toute simple, c'est fou, non ?

Tout de même, il s’occupe de moi et ajoute classiquement, avec ça ce sera tout ? Tiens, vous la connaissiez, vous Corinne ? Curieux l’accident, non ? C’était ça au bigophone, un curieux qui demandait si elle venait souvent ici.

J’en ai marre, je coupe court – et ding dong dans la file derrière un autre téléphone. Le télé et la télé sont partout, simple constatation, du coup une connaissance fait semblant de taper sur son petit clavier plutôt que de m’aider.

Quelle journée ! j'en profite donc pour constater à la fois l’indifférence et l’insatiable curiosité de mes contemporains.

Je suis rentré, j’ai englouti mon thon curry, et, allongé sur un lit trop dur pour mon dos fragile, je zappe, je rezappe, à n'en plus finir jusqu'à ne pas dormir.


17:35 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19/08/2003

Corps étranger

Remontant en bande la rue de la légalité, — c’est la grande artère de notre Cité, je réfléchissais à la manière dont j’allais bien pouvoir vivre maintenant. Beaucoup de choses avaient changé depuis que j’avais acheté cette voiturette électrique. Tout le monde m’avait félicité, c’est la première fois. Une première fois, il paraît que ça compte, que ça ne s’oublie jamais.

 

Madame Laubez a même dit : « Quelle mécanique » lorsque j’ai montré comment je pouvais faire marche arrière, sans même tourner la tête grâce à un petit radar intégré, qui, en même temps lance un bip bip. François plus terre à terre a bêtement dit que c’était comme sur le chariot élévateur du machiniste, au sous-sol.

Sur ce, j’ai payé à tout le bureau une tournée générale de café. Avais-je dit que nous avions une machine à café, cela fonctionne avec des jetons que l’on peut se procurer chez Nestor, le sous-chef. Avec le bénéfice annuel, il organise une fête, je ne vous raconte pas comment on s’amuse !

 

A cause de la canicule, la conversation a rapidement dévié et chacun de donner son avis sur le dernier décès dans sa famille ou chez les voisins. C’est vrai que le gouvernement ne fait rien pour nous aider. Comment peuvent-ils être aussi imprévoyant alors que nous avons élu les meilleurs d’entre nous et qu’ils revalorisent régulièrement leurs salaires. Ne peut-on vacciner contre les effets nocifs de cette canicule ? Est-ce réellement contagieux ? Comment les effets secondaires s’attrapent -il ?

Que fait Georges Bush ? Nous cache-t-on que notre pays détient des armes de destruction massive dont l’usage serait mal contrôlé ? Ainsi, du coq à l’âne et de brut en blanc chacun a rejoint son bureau en proie à des réflexions amères sur les fins de week-end. Tous ces morts sur autoroute et dans les hôpitaux ne démontrent-ils pas l’incompétence de nos gouvernants, de nos chefs.

Nestor a refermé sa porte assez violemment.

 

C’est au moment où MadameJeannot a ramassé les gobelets en carton, — nous n’achetons plus de gobelets en plastique pour préserver la couche d’ozone, que je me suis rendu compte de la présence d’une silhouette qui ne m’étais pas familière.

Qui est-ce ? ai-je demandé à mi-voix.

Madame Jeannot a relevé la tête, secoué un peu sa crinière, bombé un peu le torse comme elle fait chaque fois qu’elle m’adresse la parole.

On ne sait pas au juste, c’est une parachutée « d’ en-haut », elle est arrivée la semaine dernière, il paraît qu’elle doit superviser le département, vérifier les approvisionnements en pointes Bic, la consommation de l’encre et du papier recyclé, elle a dit qu’ailleurs on s’appelait par son prénom, que c’était sympa, qu’elle c’était Juju.

En me casant entre les tiroirs Newlock et l’armoire des anciennes fiches 425, j’ai observé la nouvelle. La saison est propice aux observations surtout que cette Juju remuait beaucoup, parlait fort. La flexion et les mouvements d’ensemble que créaient ses déplacements laissaient imaginer des seins harmonieux, un corps flexible comme je les aime.

J’ai pensé à Corinne, c’est dommage, cet accident.

Je me suis demandé si la canicule aurait des conséquences sur Juju, c’est curieux, ces gens qui attrapent toutes sortes de choses. Comme j’étais en pleine réflexion fondamentale, je me suis dit que je trouverais une bonne explication dans ma bécane. J’ai tapé « can.... »...

J’ai eu un de ces fous rires étouffés qui vous font tousser pendant un quart d’heure, ainsi donc à cause du défaut de prononciation de ma mère, j’ai toujours confondu canule et canicule..


06:40 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

18/08/2003

Mon quartier n’est pas désert

 

 

Comme je parle beaucoup de moi, on pourrait croire que je vis seul.

Pas du tout ! Le quartier est très vivant.

 

Très remuant, parfois même bruyant mais cela ne dérange pas. J’ai mon intimité dans la grande maison, parfois, je pense à Norman et je me dis que je pourrais même y installer une activité genre bed and breakfast, je suis très sociable et j’aime bien rendre service.

 

Ce week-end a vraiment été formidable, jeudi soir j’étais allé voir comment ça va chez le marchand de mobylettes, celui qui avait habité un moment chez Serge, au 293. C’est chouette chez lui, il est en train de creuser un grand trou au fond du jardin, il va construire une piscine. Une piscine, c’est bien, surtout que pour le moment, il fait chaud. C’est vraiment un grand trou. Il m’a dit qu’on installerait des baffles autour d’un bar en rotin, ainsi on aurait autre chose comme fond sonore, ça changerait des automobiles qui passent sur la bretelle menant à l’autoroute. Sa femme est allée chez Wang, on a mangé chacun un numéro 52. Les Chinois, c’est une gastronomie spéciale. Souvent, je me paye le 154 mais le 41 est aussi un met raffiné que je conseille.

 

Vendredi midi, c’était barbecue chez Willy, un grand qui a connu Julie, celle qui logeait au deuxième, à droite, on s’en souvient, au 293. La mère de Willy avait fait des saucisses, du riz cantonais, des pousses de bambous et un plat de germes de soja organiquement modifié avec de la mayonnaise aux œufs, celle de chez Devos. C’était délicieux. J’ai raconté que je venais de rencontrer, au coin du bloc 3 ( allée huit ), un gus avec une mauvaise tête, un genre reporter envoyé spécial qu’on aurait testé au napalm, je crois que son clébard est mort, il a voulu me rendre visite mais j’ai coupé court, je pense qu’il se nomme Jeanmi, quand il n’a rien à dire, il chante noir c’est noir, c’est une belle mélodie, je me souviens qu’on la fredonnait en traversant l’ Hudson, dans le temps, quand on mangeait du pain tout le temps. C’était l’bon temps.

 

Vraiment, j’adore le quartier comme il est devenu. Avec Colas qui a fait l’Afrique et qui est, dit-il même allé à Givet, on a causé de Julie et de Barbara qui habitaient il y a quelques années au 293. Des filles extras. Colas m’a invité vendredi soir, c’est super-sympa, une grosse bouffe autour d’une poêlée de champignons noirs et verts qu’il avait ramené de la rue du sampan avec des patates douces et du porc aigre-doux, c’est pour ça qu’on n’avait pas invité Samira.

 

Samedi, l’ambiance a été terrible, j’ai revu une photo du bon temps où c’étaient les quatre cent coups avec André Zalinsky, du 293. On en a parlé avec Corinne et Jean qui m’avaient dit de venir prendre l’apéro, je suis resté jusqu’à cinq heures, on avait mangé un peu trop de lychees au dessert, on a fait la sieste au soleil. J’ai aidé Corinne a se passer du Supersol, elle n’a pas hésité à se mettre fort nue pour être tout bronzée pour lundi. Elle recommence à travailler lundi. Jean riait tout le temps. Il apprécie fort ce petit rosé de Shanghai que je n’ai pas arrêté de lui servir.

J’aime bien Corinne.

Le soir, comme Jean dormait, nous sommes allés chez les Delouvain, c’était extra, je me suis amusé comme un fou, j’ai mangé des loempias à toutes les sauces. Corinne m’a ramené au petit matin.

J’aime bien Corinne.

Je trouve qu’on parle beaucoup de la Chine en ce moment.

 

J’habite avec Boma.


07:14 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

17/08/2003

J’habite près du rond-point

17 août 2003

 

 

 

Merci, merci bien, merci beaucoup, salut, courbette, révérence, bonjour, ave, hochement de tête et bonnet opiné.

De vieilles rues dégagent vers l’est ; sous le bitume des traces de railways montrent aux archéologues du futur que le boerentram avait circulé autrefois par ici. Vers l’ouest, au début du vallon, le cimetière a gagné du terrain, on meurt plus qu’avant, il y a le cancer de la peau, les thromboses galopantes et la nourriture bio qui s’installent définitivement. Le quartier où se mélangent sur la colline les vieilles bâtisses comme celle où j’habite ou, en contrebas, le bric-à-brac de la vieille Anna Rice est encore verdoyant, parfois même coloré, ainsi du côté de l’ancien marécage les balcons des nouvelles habitations légères et sociales sont fleuris de géraniums et de fanions péesses.

Au-delà de l’alignement archaïque des anciennes rues, quelques maisons ont été construites dans un ordre incertain, totalement approuvé par le dernier règlement de l’administration de l’urbanisme qui s’occupe bien de nous. La numérotation un peu à l’italienne depuis le carrefour nouvellement aménagé en rond-point et l’érection accélérée de petits immeubles béton, argex, isolation, double vitrage, concierge dans l’escalier, vide poubelles interdit et pelouse idem, huit à dix étages ne facilite pas le travail du facteur qui passe tous les matins avant sept heures comme le ministre l’a annoncé à la télévision.

Près des grands immeubles s’est installée une station-service moderne, on y vend avec gentillesse des résidus de pétrole raffiné et teinté pour éviter les fraudes. Une boutique adjacente offre un choix constant de produits de première nécessité, des compacts, des portables, du matos, des brolls, des petits pains mous jambon fromage à emporter au bureau et des cannettes de soma.

En sortant convenablement et à vitesse raisonnable du parcours giratoire, on peut arriver à se garer le long de trottoirs où il fait bon marcher avec son chien, le soir. Plus loin, c’est stress, c’est la ville...

 

L’étincelante et orgueilleuse grande Cité ne nous domine pas vraiment, de là-bas, nous devons être un petit point vert et quelques lumignons. Entre les pavés porphyre de l’ancienne rue de la montagne rebaptisée Kerkhof, du nom d’un admirable bourgmestre qui paraît-il sauva des Juifs durant l’occupation allemande ( c’est du passé, du temps où nous étions tous occupés ), poussent des mauvaises herbes qui ravissent Madame Duharent, l’infirmière qui vient, à vélo, faire sa piqûre quotidienne à Monsieur Flup, encore un ancien qui a connu ce temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. (Connaissent jamais rien les iceusses)

 

Moi, j’habite le quartier depuis un moment, les gens se sont habitués à m’y voir circuler en voiturette. Un certain Jérôme au nom imprononçable doit habiter près d’chez moi, il dit des bêtises et ça me fait rire, par exemple : La différence entre le sexe et la mort, c'est que mourir, vous pouvez le faire seul, et personne ne se moquera de vous. C’est vachement tarte, ça. Moi, je peux bien dire que le sexe tout seul je peux faire, des tas de trucs, et que personne ne se moque de moi. Presque personne ne s’est moqué de moi. Quasi personne. Enfin, une fois. Je l’ai raconté à Boma. Et plus personne ne le racontera. Personne ne se moque d’Henri.

 

Je suis même en train de me faire des copains, j’existe m’a dit Bugs, le pilote qui aime les blondes. Je suis bien content que ce Bugs Danny me cause, bien que les blondes, avec tout ce qu’on en dit... mais Bugs murmure qu’il aime bien les brunes aussi. J’aime autant ça.


05:22 Écrit par Xian | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |